Ali est le maître de la vérité, le chef possesseur de droiture, la montagne de la douceur, l'océan de la science, le pôle de la religion. Il est l'échanson qui verse à boire l'eau du Kauçar, l'imâm qui montre le vrai chemin, le cousin de Mahomet, le lion de Dieu, le choisi, l'élu, l'époux de la vierge, le chaste seigneur, le gendre du Prophète. Il est venu expliquer la direction ; il est venu dévoiler le secret de demandez-moi ; il est le directeur plein de mérite de la religion ; il en est le juge absolu. Comme Ali est le seul confident des secrets de Dieu, on ne peut éprouver aucun doute sur sa science éminente. D'après une sentence de Mahomet, Ali connaît l'essence divine ; que dis-je ! il en fait partie. Si quelqu'un fut ressuscité par le souffle de Jésus, Ali par une parole guérit une main coupée. Dans la caaba il fut agréé de Dieu ; il en brisa les idoles jusque sur le dos et les épaules du Prophète. Son cœur contenait les secrets du mystère ; il aurait pu retirer de son sein sa main blanche. S'il n'avait eu sa main vraiment blanche, comment l'épée Zulfikar s’y serait-elle reposée ? Tantôt il était en émotion à cause de ses préoccupations, tantôt il disait à voix basse des secrets dans un puits ; il ne trouva dans les horizons personne dont il pût faire son compagnon ; il entra dans le sanctuaire et il n'y eut pas de mahram.
Ô toi qui es en proie au fanatisme, toi qui restes tantôt dans la haine, tantôt dans l’amour ! Si tu te flattes d’avoir de l’intelligence et du cœur, pourquoi donner dans le fanatisme ? Ô ignorant ! il n’y a pas de déviation dans le khalifat ; car comment penser qu’elle ait pu avoir lieu de la part d’Abû Bekr et d’Omar ? Si elle avait eu lieu dans ces deux chefs, tous les deux auraient désigné leur fils pour leur successeur, et, bien que ces deux éminents personnages eussent fait porter témoignage de la vérité par des gens dignes de confiance, les autres auraient mis empêchement. Or comme personne n’y mit obstacle, c’est qu’il n’y eut pas de prétentions opposées. Si donc personne ne vint empêcher Abû Bekr d’être proclamé khalife, veux-tu démentir tout le monde ? Mais si tu démens les compagnons du Prophète, tu n’agrées pas le discours du Prophète lui-même, qui dit : « Chacun de mes amis est un astre lumineux, et ma tribu est la meilleure tribu. Les meilleurs hommes sont mes amis ; ils sont mes alliés et mes affectionnés. » Si le meilleur devient pour toi le plus mauvais, comment peut-on t’appeler clairvoyant ? Peux-tu admettre que les compagnons du Prophète eussent accepté de bon cœur des gens indignes pour les faire asseoir à la place de Mahomet ? Cela n’est pas admissible pour les compagnons du Prophète. Si le choix de la majorité n’a pas été bon, dans ce cas la collection du Coran en volume n’a pas été meilleure. Or tout ce que les compagnons du Prophète ont fait, ils l’ont fait justement et convenablement. En méconnaissant l’élection d’une personne, vous en condamnez trente-trois mille. Celui qui a mis son espoir en Dieu seul n’a pas lié le genou de son chameau. S’il est en suspens dans cette affaire, comment peut-il recevoir la vérité de Dieu ? N’aie donc pas une telle opinion.
Si la déviation avait eu lieu en faveur d’Abû Bekr, aurait-il jamais dit : « Tuez-moi ? » Si elle avait eu lieu pour Omar, aurait-il tué son enfant en le blessant avec un bâton ? Abû Bekr a toujours été l’homme de la voie spirituelle, insouciant de tout et assidu à la cour céleste. Il donna à Mahomet son bien et sa fille ; il se dévoua à lui, et, tout timide qu’il était, il ne le trahit jamais ; il était pur de l’écorce des fictions, car il était dans la moelle de la véritable connaissance. Si l’on considère comme il convient la chaire du khalifat, on voudra y placer Abû Bekr. Quand on réfléchit sur tout ce qui s’est passé avant et après, comment pouvoir appeler injuste cet éminent personnage ?
Puis vient Omar, le séparateur, qui n’avait en vue que la justice. Tantôt il remuait des briques, et tantôt il ramassait des épines ; tantôt il portait du bois sur son dos ; tantôt, étant dans la ville, il demandait son chemin. Chaque jour il était activement occupé, et il ne prenait pour toute nourriture que quelques bouchées de pain. Ceux qui partageaient son pain à sa table ne recevaient rien du trésor public. Lorsqu’il dormait, le sable était son lit, et la terre de la vallée son oreiller. Il se chargeait d’une outre d’eau comme un porteur d’eau, et portait à une vieille femme de l’eau à boire pendant qu’elle dormait. Il allait de nuit veiller avec ardeur sur son armée. Il disait à Khadija : « Ô toi qui es clairvoyante ! as-tu vu en Omar la moindre hypocrisie ? C’est en vain qu’on me déguise mes défauts que je connais, et qu’on m’offre des présents ! »
Si Omar avait obtenu le khalifat injustement, pourquoi aurait-il porté un vêtement qui pesait dix-sept manns ? Il n’avait ni robe, ni tapis, et il recousait ensemble deux morceaux de cuir pour raccommoder sa ceinture déchirée. Celui qui exerça de cette manière une royauté si considérable n’aurait pu se rendre coupable de partialité.
Lui qui tantôt portait des briques, et tantôt remuait l'argile, n'aurait-il pas alors fait en vain ces durs travaux ? Mais, s'il avait jeté aux vents le khalifat, du moins devait-il accepter le sultanat. En effet, de son temps, les villes des infidèles furent, en son nom, vides de l'infidélité. Si tu fais une opposition fanatique à Omar, tu n'as pas d'équité ; meurs de ta colère à ce sujet. Omar a péri par le poison, et toi, combien de fois ne meurs-tu pas de colère à cause de lui, bien que tu n'aies pas avalé comme lui du poison ? Ô ignorant qui méconnais la justice ! ne juge pas le khalifat d'après ta propre manière de voir. S'il en était ainsi, cent feux tomberaient sur ton cœur par suite de ce chagrin. Dans tous les cas, en supposant qu'un des trois premiers khalifes eût usurpé le khalifat, il se serait chargé du fardeau de cent espèces de maux qu'ils ont soufferts. Il n'est pas facile, quand l'âme est dans le corps, d'être chargé d'une chose dont une autre personne devait être chargée.
Lui qui tantôt portait des briques, et tantôt remuait l'argile, n'aurait-il pas alors fait en vain ces durs travaux ? Mais, s'il avait jeté aux vents le khalifat, du moins devait-il accepter le sultanat. En effet, de son temps, les villes des infidèles furent, en son nom, vides de l'infidélité. Si tu fais une opposition fanatique à Omar, tu n'as pas d'équité ; meurs de ta colère à ce sujet. Omar a péri par le poison, et toi, combien de fois ne meurs-tu pas de colère à cause de lui, bien que tu n'aies pas avalé comme lui du poison ? Ô ignorant qui méconnais la justice ! ne juge pas le khalifat d'après ta propre manière de voir. S'il en était ainsi, cent feux tomberaient sur ton cœur par suite de ce chagrin. Dans tous les cas, en supposant qu'un des trois premiers khalifes eût usurpé le khalifat, il se serait chargé du fardeau de cent espèces de maux qu'ils ont soufferts. Il n'est pas facile, quand l'âme est dans le corps, d'être chargé d'une chose dont une autre personne devait être chargée.