Toute notre connaissance repose sur l’expérience. Ce que nous appelons connaissance inférentielle, par laquelle nous passons du moins général au plus général, ou du général au particulier, a l’expérience pour fondement. Dans ce qu’on appelle les sciences exactes, les gens découvrent aisément la vérité, parce qu’elle fait appel aux expériences particulières de chaque être humain. Le savant ne vous demande pas de croire quoi que ce soit, mais il possède certains résultats issus de ses propres expériences et, lorsqu’il nous demande de croire à ses conclusions, il s’appuie sur un raisonnement fondé sur ces expériences et en appelle à une expérience universelle de l’humanité. Toute science exacte repose sur un fondement commun à toute l’humanité, de sorte que nous pouvons immédiatement discerner la vérité ou la fausseté des conclusions qui en sont tirées. La question est maintenant : la religion repose-t-elle sur un tel fondement, ou non ? Je devrai répondre à cette question par l’affirmative et par la négative.
La religion, telle qu’elle est généralement enseignée partout dans le monde, est réputée reposer sur la foi et la croyance ; dans la plupart des cas, elle ne consiste qu’en divers ensembles de théories, et c’est pourquoi nous voyons toutes les religions se quereller entre elles. Ces théories, à leur tour, reposent sur la croyance. Un homme dit qu’un grand Être est assis au-dessus des nuages et gouverne tout l’univers, et il me demande de le croire sur la seule autorité de son affirmation. De même, je peux avoir mes propres idées et demander aux autres d’y croire ; mais s’ils me demandent une raison, je ne peux leur en donner aucune. Voilà pourquoi la religion et la philosophie métaphysique ont mauvaise réputation de nos jours. Tout homme instruit semble dire : « Oh, ces religions ne sont que des amas de théories, sans aucun critère permettant de les juger, chacun prêchant ses idées favorites. » Pourtant, il existe dans la religion un fondement de croyance universelle qui régit toutes les différentes théories et toutes les idées diverses des différentes sectes des différents pays. En remontant à leur fondement, nous découvrons qu’elles aussi reposent sur des expériences universelles.
La religion, telle qu’elle est généralement enseignée partout dans le monde, est réputée reposer sur la foi et la croyance ; dans la plupart des cas, elle ne consiste qu’en divers ensembles de théories, et c’est pourquoi nous voyons toutes les religions se quereller entre elles. Ces théories, à leur tour, reposent sur la croyance. Un homme dit qu’un grand Être est assis au-dessus des nuages et gouverne tout l’univers, et il me demande de le croire sur la seule autorité de son affirmation. De même, je peux avoir mes propres idées et demander aux autres d’y croire ; mais s’ils me demandent une raison, je ne peux leur en donner aucune. Voilà pourquoi la religion et la philosophie métaphysique ont mauvaise réputation de nos jours. Tout homme instruit semble dire : « Oh, ces religions ne sont que des amas de théories, sans aucun critère permettant de les juger, chacun prêchant ses idées favorites. » Pourtant, il existe dans la religion un fondement de croyance universelle qui régit toutes les différentes théories et toutes les idées diverses des différentes sectes des différents pays. En remontant à leur fondement, nous découvrons qu’elles aussi reposent sur des expériences universelles.
En premier lieu, si vous analysez toutes les différentes religions du monde, vous constaterez qu’elles se répartissent en deux catégories : celles qui ont un livre et celles qui n’en ont pas. Celles qui ont un livre sont les plus puissantes et comptent le plus grand nombre d’adeptes. Celles qui n’ont pas de livre ont pour la plupart disparu, et les quelques religions nouvelles n’ont que très peu d’adeptes. Pourtant, dans toutes, nous trouvons une opinion commune : les vérités qu’elles enseignent sont le fruit des expériences de personnes particulières. Le chrétien vous demande de croire en sa religion, de croire au Christ et de croire qu’il est l’incarnation de Dieu, de croire en un Dieu, en une âme et en un état supérieur de cette âme. Si je lui demande ses raisons, il me répond qu’il y croit. Mais si vous remontez à la source du christianisme, vous constaterez qu’il repose sur l’expérience. Le Christ disait avoir vu Dieu ; les disciples disaient avoir senti Dieu, et ainsi de suite. De même, dans le bouddhisme, tout repose sur l’expérience de Bouddha. Il fit l’expérience de certaines vérités, les vit, entra en contact avec elles, puis les prêcha au monde. Il en va de même pour les hindous. Dans leurs livres, les auteurs, que l’on appelle Rishis, ou sages, déclarent avoir fait l’expérience de certaines vérités, et les prêchent. Ainsi, il est clair que toutes les religions du monde se sont édifiées sur ce fondement universel et inébranlable de toute notre connaissance : l’expérience directe. Les maîtres ont tous vu Dieu ; ils ont tous vu leur propre âme, ils ont vu leur avenir, ils ont vu leur éternité, et ils ont prêché ce qu’ils avaient vu. Il n’y a qu’une différence : la plupart de ces religions, surtout à l’époque moderne, prétendent de façon singulière que de telles expériences sont désormais impossibles ; elles n’auraient été possibles que pour quelques hommes, les premiers fondateurs des religions qui ont ensuite porté leurs noms. À présent, ces expériences seraient devenues caduques et, par conséquent, nous devrions désormais accepter la religion par la foi. Je le nie absolument. S’il y a eu dans ce monde une expérience dans un domaine particulier de la connaissance, il s’ensuit nécessairement que cette expérience a été possible des millions de fois auparavant et qu’elle se répétera éternellement. L’uniformité est la loi rigoureuse de la nature ; ce qui s’est produit une fois peut toujours se produire.
Les maîtres de la science du Yoga déclarent donc que la religion ne repose pas seulement sur l’expérience des temps anciens, mais qu’aucun homme ne peut être religieux tant qu’il n’a pas lui-même les mêmes perceptions. Le Yoga est la science qui nous enseigne comment obtenir ces perceptions. Il ne sert guère à parler de religion tant qu’on ne l’a pas ressentie. Pourquoi y a-t-il tant de troubles, tant de luttes et de querelles au nom de Dieu ? Il y a eu plus d’effusions de sang au nom de Dieu que pour toute autre cause, parce que les hommes ne sont jamais remontés à la source ; ils se contentaient de donner leur assentiment mental aux coutumes de leurs ancêtres et voulaient que les autres fassent de même. De quel droit un homme prétend-il avoir une âme s’il ne la ressent pas, ou affirme-t-il qu’il y a un Dieu s’il ne Le voit pas ? S’il y a un Dieu, nous devons Le voir ; s’il y a une âme, nous devons la percevoir ; sinon, mieux vaut ne pas croire. Mieux vaut être un athée franc que d’être hypocrite. D’un côté, l’idée moderne, chez les « savants », est que la religion, la métaphysique et toute recherche de l’Être suprême sont vaines ; de l’autre, chez les personnes à demi instruites, l’idée semble être que ces choses n’ont en réalité aucun fondement et que leur seule valeur tient au fait qu’elles fournissent de puissants mobiles pour faire le bien dans le monde. Si les hommes croient en un Dieu, ils peuvent devenir bons et moraux, et ainsi faire de bons citoyens. On ne peut leur reprocher de nourrir de telles idées, puisque tout l’enseignement qu’ils reçoivent consiste simplement à croire à une éternelle litanie de mots, sans rien de substantiel derrière eux. On leur demande de se nourrir de mots ; le peuvent-ils ? S’ils le pouvaient, je n’aurais pas la moindre estime pour la nature humaine. L’homme veut la vérité, veut faire lui-même l’expérience de la vérité ; quand il l’a saisie, réalisée, ressentie au plus profond de son cœur, alors seulement, déclarent les Védas, tous les doutes s’évanouissent, toute obscurité se dissipe et tout ce qui est tortueux devient droit. « Ô enfants de l’immortalité, vous qui vivez dans la sphère la plus élevée, la voie a été trouvée ; il existe une issue à toute cette obscurité, et c’est en Le percevant, Lui qui est au-delà de toute obscurité ; il n’y a pas d’autre voie. »
La science du Râja-Yoga se propose de présenter à l’humanité une méthode pratique et élaborée scientifiquement pour atteindre cette vérité. Tout d’abord, chaque science doit avoir sa propre méthode d’investigation. Si vous voulez devenir astronome et que vous vous asseyez en criant : « Astronomie ! Astronomie ! », elle ne viendra jamais à vous. Il en va de même pour la chimie. Il faut suivre une méthode précise. Vous devez vous rendre dans un laboratoire, prendre différentes substances, les mélanger, les combiner, expérimenter avec elles, et c’est ainsi que vous acquerrez une connaissance de la chimie. Si vous voulez devenir astronome, vous devez vous rendre dans un observatoire, prendre un télescope, étudier les étoiles et les planètes, et alors vous deviendrez astronome. Chaque science doit avoir ses propres méthodes. Je pourrais vous prêcher des milliers de sermons, mais ils ne vous rendraient pas religieux tant que vous ne pratiqueriez pas la méthode. Telles sont les vérités des sages de tous les pays, de toutes les époques, des hommes purs et désintéressés, qui n’avaient d’autre dessein que de faire du bien au monde. Tous déclarent avoir trouvé une vérité supérieure à ce que les sens peuvent nous apporter, et ils nous invitent à la vérifier. Ils nous demandent d’adopter la méthode et de la pratiquer honnêtement ; alors, si nous ne découvrons pas cette vérité supérieure, nous aurons le droit de dire que cette prétention ne repose sur aucune vérité. Mais avant de l’avoir fait, nous ne sommes pas fondés à nier la vérité de leurs affirmations. Nous devons donc travailler avec fidélité en suivant les méthodes prescrites, et la lumière viendra.
Pour acquérir des connaissances, nous faisons appel aux généralisations, et toute généralisation repose sur l’observation. Nous observons d’abord les faits, puis nous généralisons, et ensuite nous tirons des conclusions ou formulons des principes. La connaissance du mental, de la nature intérieure de l’homme, de la pensée, ne peut jamais être acquise tant que nous n’avons pas d’abord le pouvoir d’observer les faits qui se produisent en nous. Il est relativement facile d’observer les faits dans le monde extérieur, car de nombreux instruments ont été inventés à cette fin ; mais, dans le monde intérieur, nous ne disposons d’aucun instrument pour nous aider. Pourtant, nous savons qu’il nous faut observer pour parvenir à une véritable science. Sans une analyse correcte, toute science est vouée à l’échec : elle n’est que pure théorie. Voilà pourquoi tous les psychologues se querellent depuis la nuit des temps, à l’exception de ces quelques-uns qui ont découvert les moyens d’observer.
La science du Raja-Yoga se propose d’abord de nous fournir un tel moyen d’observer les états intérieurs. L’instrument est le mental lui-même. Le pouvoir de l’attention, lorsqu’il est correctement guidé et tourné vers le monde intérieur, analysera le mental et mettra les faits en lumière pour nous. Les pouvoirs du mental sont comme des rayons de lumière dispersés ; lorsqu’ils se concentrent, ils illuminent. C’est là notre unique moyen de connaissance. Tout le monde l’utilise, aussi bien dans le monde extérieur que dans le monde intérieur ; mais, pour le psychologue, il faut diriger vers le monde intérieur la même observation minutieuse que l’homme de science porte sur le monde extérieur, et cela exige beaucoup de pratique. Depuis notre enfance, on nous a appris à prêter attention uniquement aux choses extérieures, jamais aux choses intérieures ; aussi la plupart d’entre nous ont-ils presque perdu la faculté d’observer les mécanismes intérieurs. Tourner le mental, pour ainsi dire, vers l’intérieur, l’empêcher de se tourner vers l’extérieur, puis concentrer tous ses pouvoirs et les diriger sur le mental lui-même afin qu’il puisse connaître sa propre nature et s’analyser, est un travail très difficile. Pourtant, c’est la seule voie vers une approche véritablement scientifique du sujet.
La science du Raja-Yoga se propose d’abord de nous fournir un tel moyen d’observer les états intérieurs. L’instrument est le mental lui-même. Le pouvoir de l’attention, lorsqu’il est correctement guidé et tourné vers le monde intérieur, analysera le mental et mettra les faits en lumière pour nous. Les pouvoirs du mental sont comme des rayons de lumière dispersés ; lorsqu’ils se concentrent, ils illuminent. C’est là notre unique moyen de connaissance. Tout le monde l’utilise, aussi bien dans le monde extérieur que dans le monde intérieur ; mais, pour le psychologue, il faut diriger vers le monde intérieur la même observation minutieuse que l’homme de science porte sur le monde extérieur, et cela exige beaucoup de pratique. Depuis notre enfance, on nous a appris à prêter attention uniquement aux choses extérieures, jamais aux choses intérieures ; aussi la plupart d’entre nous ont-ils presque perdu la faculté d’observer les mécanismes intérieurs. Tourner le mental, pour ainsi dire, vers l’intérieur, l’empêcher de se tourner vers l’extérieur, puis concentrer tous ses pouvoirs et les diriger sur le mental lui-même afin qu’il puisse connaître sa propre nature et s’analyser, est un travail très difficile. Pourtant, c’est la seule voie vers une approche véritablement scientifique du sujet.
À quoi sert une telle connaissance ? Tout d’abord, la connaissance elle-même est la plus grande récompense de la connaissance ; ensuite, elle est également utile. Elle mettra fin à toutes nos souffrances. Lorsque, en analysant son propre mental, l’homme se trouve pour ainsi dire face à face avec quelque chose qui ne périt jamais, quelque chose qui, par sa nature même, est éternellement pur et parfait, il ne sera plus malheureux, plus jamais accablé. Toute souffrance vient de la peur, du désir insatisfait. L’homme découvrira qu’il ne meurt jamais et n’aura alors plus peur de la mort. Lorsqu’il saura qu’il est parfait, il n’aura plus de désirs vains ; ces deux causes étant absentes, il n’y aura plus de souffrance — il y aura une félicité parfaite, même en ce corps.
Il n’existe qu’une seule méthode pour parvenir à cette connaissance : celle que l’on appelle la concentration. Dans son laboratoire, le chimiste rassemble toutes les énergies de son mental en un seul point et les dirige vers les matières qu’il analyse ; il en découvre ainsi les secrets. L’astronome concentre toutes les énergies de son mental et les projette, à travers son télescope, vers les cieux ; les étoiles, le soleil et la lune lui livrent alors leurs secrets. Plus je peux concentrer mes pensées sur le sujet dont je vous parle, plus je peux vous éclairer. Vous m’écoutez, et plus vous concentrez vos pensées, plus vous saisirez clairement ce que j’ai à vous dire.
Il n’existe qu’une seule méthode pour parvenir à cette connaissance : celle que l’on appelle la concentration. Dans son laboratoire, le chimiste rassemble toutes les énergies de son mental en un seul point et les dirige vers les matières qu’il analyse ; il en découvre ainsi les secrets. L’astronome concentre toutes les énergies de son mental et les projette, à travers son télescope, vers les cieux ; les étoiles, le soleil et la lune lui livrent alors leurs secrets. Plus je peux concentrer mes pensées sur le sujet dont je vous parle, plus je peux vous éclairer. Vous m’écoutez, et plus vous concentrez vos pensées, plus vous saisirez clairement ce que j’ai à vous dire.
Comment toutes les connaissances du monde ont-elles été acquises, sinon par la concentration des pouvoirs du mental ? Le monde est prêt à livrer ses secrets, si seulement nous savons frapper à sa porte, lui porter le coup nécessaire. La force et la puissance de ce coup viennent de la concentration. Le pouvoir du mental humain est sans limites. Plus il est concentré, plus de puissance est appliquée à un seul point : voilà le secret.
Il est facile de concentrer le mental sur des choses extérieures : le mental se tourne naturellement vers l’extérieur ; mais il n’en va pas de même pour la religion, la psychologie ou la métaphysique, où le sujet et l’objet ne font qu’un. L’objet est intérieur, le mental lui-même est l’objet, et il est nécessaire d’étudier le mental lui-même — le mental étudiant le mental. Nous savons qu’il existe une faculté du mental appelée réflexion. Je vous parle. En même temps, je me tiens à l’écart, en quelque sorte comme une seconde personne, qui sait et entend ce que je dis. Vous agissez et réfléchissez en même temps, tandis qu’une partie de votre mental se tient en retrait et observe ce que vous pensez. Les facultés du mental doivent être concentrées et tournées vers lui-même ; et, de même que les endroits les plus sombres révèlent leurs secrets aux rayons pénétrants du soleil, ainsi ce mental concentré pénétrera ses propres secrets les plus intimes. Nous parviendrons ainsi au fondement de la croyance, à la religion véritable et authentique. Nous verrons par nous-mêmes si nous avons une âme, si la vie ne dure que cinq minutes ou si elle est éternelle, s’il y a un Dieu dans l’univers, ou plusieurs. Tout nous sera révélé. Voilà ce que le Raja-Yoga se propose d’enseigner. Le but de tout son enseignement est de nous apprendre à concentrer le mental, puis à découvrir les recoins les plus intimes de notre propre mental, puis à généraliser leur contenu et à en tirer nos propres conclusions. Il ne demande donc jamais quelle est notre religion, si nous sommes déistes ou athées, chrétiens, juifs ou bouddhistes. Nous sommes des êtres humains ; cela suffit. Tout être humain a le droit et le pouvoir de chercher la religion. Tout être humain a le droit de demander pourquoi, et d’obtenir lui-même une réponse à sa question, s’il s’en donne seulement la peine.
Jusqu’ici, nous voyons donc que l’étude de ce Raja-Yoga n’exige ni foi ni croyance. « Ne croyez rien avant de l’avoir découvert par vous-même » : voilà ce qu’il nous enseigne. La vérité n’a besoin d’aucun soutien pour tenir debout. Prétendez-vous que les faits de notre état de veille aient besoin de rêves ou d’imaginations pour être prouvés ? Certainement pas. L’étude du Raja-Yoga demande beaucoup de temps et une pratique constante. Une partie de cette pratique est physique, mais elle est essentiellement mentale. À mesure que nous avancerons, nous découvrirons à quel point le mental est intimement lié au corps. Si nous croyons que le mental n’est qu’une partie plus subtile du corps, et qu’il agit sur le corps, il s’ensuit que le corps doit agir en retour sur le mental. Si le corps est malade, le mental le devient aussi. Si le corps est en bonne santé, le mental reste sain et vigoureux. Lorsqu’une personne est en colère, le mental se trouble. De même, lorsque le mental est troublé, le corps l’est aussi. Chez la plupart des êtres humains, le mental est largement soumis au corps, car il est très peu développé. La grande masse de l’humanité est à peine éloignée des animaux. Bien plus, dans bien des cas, leur capacité de maîtrise n’est guère supérieure à celle des animaux inférieurs. Nous avons très peu d’empire sur notre mental. Pour parvenir à cette maîtrise, pour acquérir ce contrôle du corps et du mental, nous devons recourir à certains moyens physiques. Lorsque le corps est suffisamment maîtrisé, nous pouvons tenter d’agir sur le mental. En agissant sur le mental, nous pourrons le soumettre à notre contrôle, lui faire accomplir ce que nous voulons et le contraindre à concentrer ses pouvoirs comme nous le désirons.
Selon le Raja-Yogi, le monde extérieur n’est que la forme grossière du monde intérieur, ou subtil. Le plus fin est toujours la cause, le plus grossier, l’effet. Le monde extérieur est donc l’effet, le monde intérieur, la cause. De même, les forces extérieures ne sont que les parties les plus grossières dont les forces intérieures sont les aspects les plus subtils. L’homme qui a découvert les forces intérieures et appris à les manier soumettra toute la nature à son pouvoir. Le Yogi ne se donne pas de tâche moins grande que de maîtriser l’univers entier, de contrôler toute la nature. Il veut atteindre le point où ce que nous appelons les « lois de la nature » n’aura plus d’influence sur lui, où il pourra les dépasser toutes. Il sera maître de toute la nature, intérieure et extérieure. Le progrès et la civilisation du genre humain ne signifient rien d’autre que le contrôle de cette nature.
Les différentes races adoptent des méthodes différentes pour contrôler la nature. De même que, dans une même société, certains individus veulent contrôler la nature extérieure et d’autres la nature intérieure, certaines races veulent contrôler la nature extérieure et d’autres la nature intérieure. Les uns disent qu’en contrôlant la nature intérieure, nous contrôlons tout. Les autres, qu’en contrôlant la nature extérieure, nous contrôlons tout. Poussées à l’extrême, ces deux affirmations sont justes, car la nature ne comporte aucune division entre l’intérieur et l’extérieur. Ce sont là des limites fictives qui n’ont jamais existé. Les tenants de l’extérieur et ceux de l’intérieur sont destinés à se rejoindre au même point, lorsque les uns et les autres auront atteint les limites de leur savoir. De même que le physicien, lorsqu’il pousse son savoir à ses limites, le voit se dissoudre dans la métaphysique, le métaphysicien découvrira que ce qu’il appelle le mental et la matière ne sont que des distinctions apparentes, et que la réalité est Une.
Les différentes races adoptent des méthodes différentes pour contrôler la nature. De même que, dans une même société, certains individus veulent contrôler la nature extérieure et d’autres la nature intérieure, certaines races veulent contrôler la nature extérieure et d’autres la nature intérieure. Les uns disent qu’en contrôlant la nature intérieure, nous contrôlons tout. Les autres, qu’en contrôlant la nature extérieure, nous contrôlons tout. Poussées à l’extrême, ces deux affirmations sont justes, car la nature ne comporte aucune division entre l’intérieur et l’extérieur. Ce sont là des limites fictives qui n’ont jamais existé. Les tenants de l’extérieur et ceux de l’intérieur sont destinés à se rejoindre au même point, lorsque les uns et les autres auront atteint les limites de leur savoir. De même que le physicien, lorsqu’il pousse son savoir à ses limites, le voit se dissoudre dans la métaphysique, le métaphysicien découvrira que ce qu’il appelle le mental et la matière ne sont que des distinctions apparentes, et que la réalité est Une.
Le but et l’objectif de toute science sont de découvrir l’unité, l’Un dont procède le multiple, cet Un qui existe sous la forme du multiple. Le Raja-Yoga propose de commencer par le monde intérieur, d’étudier la nature intérieure et, par cette étude, de tout contrôler — aussi bien l’intérieur que l’extérieur. C’est une tentative très ancienne. L’Inde en a été le principal bastion, mais d’autres nations l’ont également tentée. Dans les pays occidentaux, on la considérait comme du mysticisme, et ceux qui voulaient la pratiquer étaient soit brûlés, soit tués comme sorciers et magiciens. En Inde, pour diverses raisons, elle est tombée entre les mains de personnes qui ont détruit quatre-vingt-dix pour cent du savoir et ont tenté de faire du reste un grand secret. À l’époque moderne, de nombreux prétendus maîtres sont apparus en Occident, pires que ceux de l’Inde, car ces derniers savaient quelque chose, tandis que ces représentants modernes ne savent rien.
Tout ce qui, dans ces systèmes de Yoga, relève du secret et du mystère doit être immédiatement rejeté. Dans la vie, la meilleure règle à suivre est la force. En religion comme dans tous les autres domaines, écartez tout ce qui vous affaiblit ; n’ayez rien à faire avec cela. Le goût du mystère affaiblit le cerveau humain. Il a presque détruit le Yoga — l’une des plus grandes sciences. Depuis sa découverte, il y a plus de quatre mille ans, le Yoga a été parfaitement exposé, formulé et enseigné en Inde. Il est frappant de constater que plus le commentateur est moderne, plus ses erreurs sont grandes, tandis que plus l’auteur est ancien, plus il est raisonnable. La plupart des auteurs modernes parlent de toutes sortes de mystères. Ainsi, le Yoga est tombé entre les mains de quelques personnes qui en ont fait un secret, au lieu de le soumettre pleinement à la lumière du jour et de la raison. Elles l’ont fait pour pouvoir garder les pouvoirs pour elles-mêmes.
Tout ce qui, dans ces systèmes de Yoga, relève du secret et du mystère doit être immédiatement rejeté. Dans la vie, la meilleure règle à suivre est la force. En religion comme dans tous les autres domaines, écartez tout ce qui vous affaiblit ; n’ayez rien à faire avec cela. Le goût du mystère affaiblit le cerveau humain. Il a presque détruit le Yoga — l’une des plus grandes sciences. Depuis sa découverte, il y a plus de quatre mille ans, le Yoga a été parfaitement exposé, formulé et enseigné en Inde. Il est frappant de constater que plus le commentateur est moderne, plus ses erreurs sont grandes, tandis que plus l’auteur est ancien, plus il est raisonnable. La plupart des auteurs modernes parlent de toutes sortes de mystères. Ainsi, le Yoga est tombé entre les mains de quelques personnes qui en ont fait un secret, au lieu de le soumettre pleinement à la lumière du jour et de la raison. Elles l’ont fait pour pouvoir garder les pouvoirs pour elles-mêmes.
Tout d’abord, il n’y a rien de mystérieux dans ce que j’enseigne. Je vous dirai le peu que je sais. Dans la mesure où je peux raisonner la question, je le ferai ; quant à ce que je ne sais pas, je vous dirai simplement ce que disent les livres. Il est mal de croire aveuglément. Vous devez faire appel à votre propre raison et à votre propre jugement ; vous devez pratiquer et voir si ces choses se produisent ou non. Tout comme vous entreprendriez l’étude de n’importe quelle autre science, vous devez entreprendre celle-ci exactement de la même manière. Il n’y a en cela ni mystère ni danger. Dans la mesure où c’est vrai, cela devrait être prêché dans les rues, en plein jour. Toute tentative de rendre ces choses mystérieuses est source d’un grand danger.
Avant de poursuivre, je vais vous exposer brièvement la philosophie Sânkhya, sur laquelle repose l’ensemble du Raja-Yoga. Selon la philosophie Sânkhya, la perception se produit comme suit : les impressions des objets extérieurs sont transmises par les organes externes à leurs centres cérébraux ou organes respectifs ; ceux-ci transmettent les impressions au mental, le mental à la faculté déterminative, puis le Purusha (l’âme) les reçoit, et la perception se produit. Ensuite, pour ainsi dire, il renvoie l’ordre aux centres moteurs afin qu’ils fassent le nécessaire. À l’exception du Purusha, tout cela est matériel, mais le mental est composé d’une matière bien plus subtile que celle des organes externes. La matière qui compose le mental sert aussi à former la matière subtile appelée les Tanmâtras. Ceux-ci deviennent grossiers et constituent la matière extérieure. Telle est la psychologie du Sânkhya. Ainsi, entre l’intellect et la matière plus grossière du monde extérieur, il n’y a qu’une différence de degré. Le Purusha est la seule chose immatérielle. Le mental est, pour ainsi dire, un instrument entre les mains de l’âme, par lequel celle-ci saisit les objets extérieurs. Le mental change et vacille constamment ; lorsqu’il est perfectionné, il peut s’attacher à plusieurs organes, à un seul ou à aucun. Par exemple, si j’écoute l’horloge avec une grande attention, il se peut que je ne voie rien, bien que mes yeux soient ouverts : cela montre que le mental n’était pas relié à l’organe de la vue, mais à celui de l’ouïe. Pourtant, le mental perfectionné peut être relié simultanément à tous les organes. Il possède le pouvoir réflexif de plonger le regard dans ses propres profondeurs. C’est ce pouvoir réflexif que le yogi cherche à atteindre ; en concentrant les facultés du mental et en les tournant vers l’intérieur, il cherche à connaître ce qui s’y passe. Il ne s’agit pas ici d’une simple croyance ; c’est l’analyse à laquelle sont parvenus certains philosophes. Les physiologistes modernes nous disent que les yeux ne sont pas l’organe de la vision, mais que celui-ci se trouve dans l’un des centres nerveux du cerveau ; il en va de même pour tous les sens. Ils nous disent aussi que ces centres sont constitués de la même matière que le cerveau lui-même. Les Sânkhyas nous disent la même chose. Les premiers se placent du point de vue physique, les seconds du point de vue psychologique ; pourtant, leurs affirmations sont identiques. Notre domaine de recherche se situe au-delà de cela.
Le yogi se propose d’atteindre cet état subtil de perception dans lequel il peut percevoir tous les différents états mentaux. Il doit y avoir une perception mentale de chacun d’eux. On peut percevoir comment la sensation se déplace, comment le mental la reçoit, comment elle parvient à la faculté déterminative, et comment celle-ci la transmet au Purusha. De même que chaque science exige certaines préparations et possède sa propre méthode, qu’il faut suivre avant de pouvoir la comprendre, il en va ainsi du Raja-Yoga.
Certaines règles concernant l’alimentation sont nécessaires ; nous devons consommer les aliments qui rendent le mental le plus pur. Si vous entrez dans une ménagerie, vous pourrez le constater aussitôt. Vous voyez les éléphants, ces animaux énormes, mais calmes et doux ; et si vous vous approchez des cages des lions et des tigres, vous les trouvez agités : cela montre combien l’alimentation fait de différence. Toutes les forces qui agissent dans ce corps proviennent des aliments ; nous le constatons chaque jour. Si vous commencez à jeûner, votre corps s’affaiblira d’abord et vos forces physiques en souffriront ; puis, après quelques jours, vos forces mentales en souffriront également. D’abord, la mémoire fera défaut. Puis viendra un moment où vous ne pourrez plus penser, et encore moins suivre un raisonnement. Nous devons donc veiller, au début, à la nature des aliments que nous consommons ; et lorsque nous aurons acquis suffisamment de force, lorsque notre pratique sera bien avancée, nous n’aurons plus besoin d’être aussi attentifs sur ce point. Tant que la plante pousse, il faut l’entourer d’une haie pour qu’elle ne soit pas endommagée ; mais lorsqu’elle devient un arbre, on enlève la haie. Elle est assez forte pour résister à toutes les attaques.
Certaines règles concernant l’alimentation sont nécessaires ; nous devons consommer les aliments qui rendent le mental le plus pur. Si vous entrez dans une ménagerie, vous pourrez le constater aussitôt. Vous voyez les éléphants, ces animaux énormes, mais calmes et doux ; et si vous vous approchez des cages des lions et des tigres, vous les trouvez agités : cela montre combien l’alimentation fait de différence. Toutes les forces qui agissent dans ce corps proviennent des aliments ; nous le constatons chaque jour. Si vous commencez à jeûner, votre corps s’affaiblira d’abord et vos forces physiques en souffriront ; puis, après quelques jours, vos forces mentales en souffriront également. D’abord, la mémoire fera défaut. Puis viendra un moment où vous ne pourrez plus penser, et encore moins suivre un raisonnement. Nous devons donc veiller, au début, à la nature des aliments que nous consommons ; et lorsque nous aurons acquis suffisamment de force, lorsque notre pratique sera bien avancée, nous n’aurons plus besoin d’être aussi attentifs sur ce point. Tant que la plante pousse, il faut l’entourer d’une haie pour qu’elle ne soit pas endommagée ; mais lorsqu’elle devient un arbre, on enlève la haie. Elle est assez forte pour résister à toutes les attaques.
Un Yogi doit éviter les deux extrêmes du luxe et de l’austérité. Il ne doit ni jeûner ni torturer sa chair. Celui qui agit ainsi, dit la Gita, ne peut être un Yogi : Celui qui jeûne, celui qui veille, celui qui dort beaucoup, celui qui travaille trop, celui qui ne travaille pas, aucun d’eux ne peut être un Yogi (Gita, VI, 16).