Hindouisme

Tulsidas, Ramayana, Ayodhyâ-kând, Dohâ 135

En compagnie de Rama, Sita vivait si heureuse qu’elle avait perdu tout souvenir de la ville, de sa famille et de son foyer. Toujours attentive au visage lunaire de son Bien-Aimé, elle se réjouissait comme la perdrix dans la nuit ; et, voyant chaque jour croître l’affection de son seigneur, elle était heureuse comme le coucou au jour. Son cœur était si épris de lui que la forêt lui était mille fois plus chère qu’Avadh ; chère lui était la chaumière, avec la compagnie de son Bien-Aimé, chers lui étaient les faons et les oiseaux, désormais ses seuls compagnons ; les ermites et leurs épouses lui étaient comme le père et la mère de son mari, et les fruits et les racines sauvages avaient la douceur de l’ambroisie. Partagée avec son seigneur, une couche de feuilles était cent fois plus agréable que le propre lit de Kāma. Comment les plaisirs matériels pourraient-ils séduire celui dont la simple vue confère la souveraineté des sphères ?
Dohâ 135
En se souvenant de Rama, les hommes rejettent tous les plaisirs des sens comme ne valant pas mieux qu’un brin d’herbe ; il n’est donc pas étonnant qu’il en soit ainsi pour Sita, la bien-aimée de Rama lui-même, la mère du monde.
Chaupai
Tout ce qui pouvait plaire à Sita et à Lakshman, Raghunath le faisait, exactement comme ils le suggéraient. Il leur racontait des légendes et des récits des temps anciens, que Lakshman et Sita écoutaient avec grand plaisir. S’il lui arrivait de parler d’Avadh, ses yeux se remplissaient de larmes ; et lorsqu’il se rappelait son père et sa mère, sa famille et son frère, ainsi que toute l’affection et les attentions bienveillantes de Bharat, le Seigneur compatissant était profondément attristé, mais se contenait, sachant que les temps étaient troublés. À cette vue, Sita et Lakshman s’affligeaient eux aussi, comme l’ombre qui suit un homme. Quand Raghunandan remarquait l’émotion de son épouse et de son frère, lui qui se maîtrisait et était plein de tendresse, et dont la présence apaisait ses dévots comme le bois de santal appliqué sur la poitrine, il se mettait à raconter quelque histoire sacrée pour les distraire.
Dohâ 136
Rama et Lakshman, avec Sita dans leur hutte de feuillage, resplendissaient autant qu’Indra, dans la cité céleste, avec son épouse Sachi et leur fils Jayanta.
Chaupai
Le Seigneur veillait sur Sita et son jeune frère comme les paupières sur la pupille de l’œil ; tandis que Lakshman prenait soin de Sita et de Raghubir comme un insensé prend soin de son propre corps. Ainsi le Seigneur vivait heureux dans la forêt, comblant de joie les oiseaux, les bêtes et les pieux ascètes. Je vous ai maintenant raconté l’exil de Râma dans la forêt ; écoutez comment Sumanta parvint à Avadh. Le Nishad revint après avoir escorté son Seigneur et aperçut le ministre et le char. Aucune parole ne saurait décrire le désarroi qui l’étreignit lorsqu’il trouva le ministre accablé de douleur. Criant « Râma, Râma, Sita, Lakshman », celui-ci était tombé à terre, totalement accablé, tandis que les chevaux regardaient vers le sud et hennissaient aussi douloureusement qu’un oiseau qui a perdu ses ailes.
Dohâ 137.
Ils ne voulaient ni manger d’herbe ni boire d’eau, et leurs yeux versaient des larmes. À la vue des chevaux de Râma, tous les Kishada furent profondément affligés.
Chaupai.
Enfin, rassemblant son courage, le Nishad dit : « À présent, Sumanta, cesse de te lamenter ; tu es un homme instruit et un philosophe, accepte patiemment l’adversité. » Par ces paroles bienveillantes, il le fit monter dans le char, qu’il le veuille ou non ; mais il était si bouleversé par le chagrin qu’il ne pouvait conduire, tant son cœur souffrait de la perte de Râma. Les chevaux se cabraient et refusaient d’avancer ; on aurait dit des cerfs sauvages attelés, qui ruaient, se couchaient et se retournaient pour regarder derrière eux, accablés d’une douleur cuisante à cause de la perte de Râma. Si quelqu’un prononçait le nom de Râma, de Lakshman ou de Sita, les chevaux hennissaient aussitôt et le regardaient ; leur manière d’exprimer leur chagrin est indescriptible, comme celle d’un serpent qui a perdu son joyau frontal.
Doha 138.
À la vue du ministre et des chevaux, le Nishad fut très affligé. Il désigna quatre palefreniers de confiance et un cocher pour les accompagner.
Chaupai.
Après avoir confié le cocher, Guha regagna sa demeure, le cœur plus lourd encore que les mots ne sauraient le dire. Les Nishads prirent la route d’Avadh ; plongé à chaque instant dans une détresse plus profonde, Sumanta, torturé par les regrets et accablé de chagrin, s’écria : « Maudit soit le jour où je vis sans Raghu-bir ! Ce vil corps doit finir par périr ; privé de Raghu-bir, il a perdu toute sa splendeur et n’est plus qu’un repaire d’infamie et de crime ; pourquoi ne s’en va-t-il pas ? Ah ! quelle folie : il a manqué sa chance, puisque aujourd’hui mon cœur ne s’est pas brisé en deux. » Se tordant les mains et se frappant la tête dans son repentir, il poursuivit sa route comme un avare dépouillé de ses richesses, ou comme un guerrier de haute renommée, un champion illustre, contraint de fuir le champ de bataille.
Doha 139.
Le chagrin du ministre était pareil à celui d’un Brâhman érudit, versé dans les Vedas, homme de bonne réputation, intègre et de noble naissance, qui se serait laissé entraîner à boire.
Chaupai.
Ou à celui d’une dame de noble naissance, vertueuse et avisée, entièrement dévouée à son seigneur, mais que le Destin a forcée à l’abandonner ; telle était la cruelle torture qui déchirait le cœur du ministre. Ses yeux étaient si pleins de larmes qu’il pouvait à peine voir ; ses oreilles étaient sourdes, ses sens tout confondus, ses lèvres sèches, sa langue collée à son palais ; seul le frein de la promesse de Râma de revenir retenait son souffle vital. Toute couleur avait disparu de son visage ; il avait l’air d’un homme qui aurait tué son père et sa mère. Son âme était si accablée par l’ampleur de sa perte et par le remords qu’il aurait pu être quelque grand pécheur tremblant au seuil de la mort. Les mots ne venaient pas, mais il gémit en lui-même : « Comment pourrai-je regarder Avadh en face ? Quand ils verront le char sans Râma dedans, ils se tourneront vers moi, égarés. »
Doha 140.
Quand les citoyens bouleversés accourront pour m’interroger et que je devrai leur répondre, mon cœur sera fendu en deux comme par la foudre.
Chaupai.
Quand les reines-mères éplorées m’interrogeront, bon Dieu ! que pourrai-je leur dire ? Quand la mère de Lakshman m’interrogera, quelle bonne nouvelle pourrai-je lui annoncer ? Quand la mère de Râma accourra, comme une vache qui pense à son veau tout juste sevré, et m’interrogera, je ne pourrai que répondre : « Râma, Lakshman et Sita sont partis dans la forêt. » Qui que ce soit qui m’interroge, je devrai répondre ainsi : voilà l’accueil qui m’attend à Avadh. Quand le roi affligé, dont la vie tient à Râma, m’interrogera, de quel front pourrai-je lui répondre : « J’ai vu les princes en sûreté jusqu’au terme de leur voyage et je suis revenu. » Quand le roi apprendra la nouvelle concernant Lakshman, Sita et Râma, il rejettera sa vie, qui ne vaut pas un fétu.
Doha 141.
Mon cœur privé de son bien-aimé est comme le jour vidé de son eau, mais il ne se brise pas : je sais maintenant combien ce corps que Dieu m’a donné est capable d’endurer les tourments. »
Ainsi se lamentant en chemin, il arriva rapidement en char au bord de la Tamasā. Là, il congédia courtoisement les Nishāds qui, après s’être prosternés à ses pieds, s’éloignèrent le cœur lourd. Le ministre était aussi accablé en entrant dans la ville que celui qui aurait tué son propre maître spirituel, un brahmane ou une vache. Il passa la journée assis sous un arbre et, au crépuscule, saisit l’occasion d’entrer dans Avadh à la faveur de l’obscurité. Il se glissa dans sa maison, laissant le char à la porte. Tous ceux qui avaient appris la nouvelle se rendirent chez le roi pour voir le char ; l’ayant reconnu et ayant remarqué l’affliction des chevaux, ils fondirent comme la grêle au soleil. Tous les citoyens étaient aussi accablés que des poissons lorsque les eaux se sont asséchées.
Dohā 142.
Quand elles apprirent l’arrivée du ministre, toutes les dames de la cour furent bouleversées. Le palais lui inspira autant d’effroi qu’une demeure hantée.
Chaupāī
Toutes les reines l’interrogèrent avec une grande agitation ; aucune réponse ne vint, sa voix était tout entrecoupée. Sans oreilles pour entendre ni yeux pour voir, il ne pouvait que demander à tous ceux qu’il rencontrait : « Dites-moi où est le roi. » Voyant son trouble, les suivantes le conduisirent aux appartements de Kausalyā. En entrant, Sumanta trouva le roi dans l’état de la lune lorsque tout son éclat s’est évanoui. À jeun, privé de sommeil, dépouillé de tout ornement, il gisait à terre dans le plus profond dénuement, soupirant aussi pitoyablement que Yayāti après avoir été précipité du ciel, le cœur à chaque instant près d’éclater de chagrin, tel Sampāti tombant les ailes brûlées, répétant avec tendresse : « Rāma, Rāma, Rāma », puis encore : « Rāma, Lakshman, Sītā. »
Dohā 143.
À sa vue, le ministre s’écria : « Salut à toi ! » et se prosterna jusqu’à terre. Au son de sa voix, le roi se redressa vivement et s’exclama : « Ô Sumanta, où est Rāma ? »
Chaupāī
Le roi serra Sumanta contre sa poitrine, comme un homme qui se noie et vient de saisir un appui. Il le fit asseoir avec affection à ses côtés et, les yeux pleins de larmes, lui demanda : « Dis-moi, cher ami, comment va Rāma : où sont Raghunāth, Lakshman et Sītā ? Les as-tu ramenés, ou ont-ils gagné la forêt ? » À ces mots, les yeux du ministre se remplirent de larmes. Accablé d’inquiétude, le roi demanda encore : « Donne-moi des nouvelles de Sītā, Rāma et Lakshman. » Se rappelant la beauté, les talents et l’amabilité de Rāma, il s’affligea davantage encore : « Je lui ai promis le royaume, puis je lui ai imposé l’exil ; il a obéi, l’âme égale dans la joie comme dans la peine. Je peux pourtant vivre privé d’un tel fils : quel monstre aussi coupable que moi ?
Dohā 144.
Emmène-moi, mon ami, là où se trouvent Rāma, Sītā et Lakshman. Sinon, je te le dis en toute vérité, mon âme s’envolera à l’instant. »
Chaupāī
À maintes reprises, il l’implora : « Ami, donne-moi des nouvelles de mon fils. Écoute, compagnon ; trouve un moyen de me montrer bientôt Rāma, Lakshman et Sītā. » Rassemblant son courage, le ministre répondit doucement : « Sire, Votre Majesté est un érudit et un philosophe, un modèle de courage et d’endurance, et un fidèle assidu des assemblées saintes. La vie et la mort ; le plaisir, la douleur et toutes les jouissances ; la perte et le gain ; la compagnie des amis et leur perte ; tout cela est gouverné par le temps et le destin, aussi inéluctablement que l’alternance du jour et de la nuit. Les sots triomphent dans la prospérité et s’abattent dans l’adversité ; les sages tiennent les deux pour égales. Réfléchissez sagement à la situation et prenez courage ; le bien de tous dépend de vous ; cessez vos vains regrets,
Dohā 145.
Leur première halte fut à la Tamasā ; la seconde, sur la rive du Gange, où les deux héros et Sītā se baignèrent et s’arrêtèrent pour boire de l’eau.
Chaupāī
Les bateliers leur firent grand accueil, et ils passèrent la nuit à Sringavera. À l’aube, ils demandèrent du lait du figuier et nouèrent leurs cheveux en un chignon au sommet de la tête, semblable à une couronne. Puis l’ami de Rāma fit venir la barque ; après y avoir fait monter sa bien-aimée, Rāma monta lui-même, puis, avec la permission de son Seigneur, Lakshman y monta à son tour, muni de son arc et de ses flèches. Voyant mon désarroi, Raghubir maîtrisa son émotion et m’adressa ces paroles bienveillantes : « Père, présente mes salutations à mon père et embrasse encore et encore ses pieds pareils au lotus. Là, à ses pieds, supplie-le en toute humilité, en disant : “Père, ne t’afflige pas pour moi ; mon exil dans la forêt m’est agréable et profitable, et, de ta part, c’est une grâce, une faveur et une œuvre méritoire. »
Chhand 5.
Par Ta faveur, père, je pars dans la forêt, où je goûterai un bonheur parfait. Après avoir accompli Ton commandement, je reviendrai sain et sauf contempler Tes pieds. » Puis, prosterné aux pieds de chacune des reines mères, console-les et supplie-les de tout faire pour que le roi de Kosala vive heureux.
Sorathâ 5.
Embrassant encore et encore les pieds pareils au lotus de mon maître spirituel, transmets-lui ce message de ma part : « Exhorte ainsi le roi, afin qu’il cesse de s’affliger à mon sujet. »
Chaupâi.
Après t’être incliné devant tous les citoyens et les gens de la cour, fais-leur connaître, maître, cette requête de ma part : « Celui qui veille au bonheur du roi est mon meilleur ami. » Dis aussi à Bharat, quand il viendra : « Maintenant que tu as obtenu la dignité royale, n’oublie pas une sage politique. Chéris tes sujets en paroles, en pensée et en actes, et obéis à toutes les reines mères sans faire de différence. Accomplis ton devoir, frère, en tant que frère, et montre-toi dévoué envers ton père, ta mère et tes proches ; prends grand soin du roi, maître, afin qu’il ne regrette jamais mon absence. » Lakshman laissa échapper quelques paroles de colère, mais Râma le retint et me pria à plusieurs reprises, m’adjurant par sa propre personne de ne pas mentionner son emportement enfantin.
Dohâ 146.
Sîtâ présenta ses respects et aurait voulu en dire davantage, mais ne le put ; sa voix trembla, ses yeux se remplirent de larmes et son corps frémit d’émotion.
Chaupâi.
Alors, sur un signe de Raghubar, le passeur poussa la barque vers l’autre rive. Ainsi, la Gloire de la lignée de Raghu poursuivit son chemin, tandis que je restais à regarder, le cœur aussi dur que le diamant. Comment décrire mon propre tourment, moi qui suis revenu vivant, porteur du message de Râma ? » À ces mots, le ministre cessa de parler, accablé par l’affection, le remords et la douleur. Quand il eut entendu le récit de Sumanta, le roi tomba à terre, le cœur brisé par le chagrin, et, l’esprit égaré, se tordit comme un poisson emporté par le courant d’un ruisseau trouble. Toutes les reines pleuraient et se lamentaient ; comment décrire un si grand malheur ? Au son de leurs plaintes, le Chagrin lui-même devint chagrin, et l’Endurance ne put plus endurer.
S&O ATODHTA^
Dohâ 147.
Avadh fut bouleversée par les cris qui retentissaient dans le palais du roi, comme lorsqu’un cruel coup de foudre s’abat la nuit dans une forêt épaisse, pleine d’oiseaux.
Chaupâi.
Le souffle de vie vacillait aux lèvres du roi, désemparé comme un serpent privé de son joyau ; tous ses sens étaient frappés de stupeur, comme les lotus d’un lac dont l’eau s’est retirée. Quand Kausalyâ vit la détresse du roi — le Soleil de la race solaire semblant se coucher en plein midi —, la mère de Râma reprit courage et parla en des termes appropriés à la circonstance : « Réfléchissez, mon seigneur, et considérez que l’exil de Râma est semblable au vaste océan ; vous êtes le pilote du bon navire Avadh, et vos amis en sont les marchands et les passagers. Si vous avez du courage, vous parviendrez à traverser ; sinon, toute la famille sera engloutie. Prenez à cœur cette supplication, mon époux, et vous reverrez encore Sîtâ, Lakshman et Râma. »
Dohâ 148.
Entendant ces paroles tendres de son bien-aimé, le roi ouvrit les yeux et leva le regard, se tordant comme un malheureux poisson aspergé d’eau froide.
Chaupâi.
Le roi, au prix d’un effort, se redressa : « Dis-moi, Sumanta, où est mon généreux Râma ? Où est Lakshman ? Où est mon tendre Râma ? Où est ma chère belle-fille, la princesse de Videha ? » Ainsi gémissant misérablement, il lui sembla que la nuit durait un âge et ne finirait jamais. La malédiction de l’ermite aveugle lui revint à l’esprit, et il raconta toute l’histoire à Kausalyâ. À mesure qu’il relatait les circonstances, son agitation grandissait : « Privé de Râma,
J’en ai fini avec la vie et l’espoir ; pourquoi chérir un corps qui n’a pas su accomplir le vœu de mon amour ? Ah, Raghunandan, toi qui m’es plus cher que la vie, j’ai déjà vécu trop longtemps sans toi. Ah, Janaki et Lakshman ! Ah, Raghubir, clair de lune du cœur d’un père épris, semblable au chātaka !
Criant « Rama, Rama ! », puis encore « Rama ! », et une fois de plus « Rama, Rama, Rama ! », l’âme du roi, privée de Raghubar, quitta son corps et entra au ciel.
Ainsi Dasarath reçut sa récompense dans la vie comme dans la mort, et sa renommée sans tache s’est répandue à travers d’innombrables cycles de création. De son vivant, il vit la figure lunaire de Rama, et, mourant de l’avoir perdu, connut une mort glorieuse. Toutes les reines le pleurèrent dans une douleur déchirante et évoquèrent sa beauté, son affabilité, sa puissance et sa majesté. Elles se lamentèrent de mille façons, se jetant encore et encore à terre. Les serviteurs et les servantes le pleurèrent tristement ; et l’on entendit des sanglots dans chaque maison de la cité : « Aujourd’hui s’est couché le soleil de la race solaire, la perfection de la justice, le trésor de toutes les qualités. » Tous accablèrent Kaikeyi de reproches, elle qui avait privé le monde de ses propres yeux. Ainsi la nuit s’écoula dans les lamentations, jusqu’à l’arrivée de tous les grands sages érudits.
Alors le saint Vasishtha récita maintes légendes qui convenaient à l’heure, et apaisa ce chagrin par la sagesse dont il fit preuve.
Après avoir rempli d’huile une barque et y avoir déposé le corps du roi, il convoqua des messagers et leur dit : « Hâtez-vous de rejoindre Bharat et ne dites à personne un mot au sujet du roi ; dites seulement à Bharat, à votre arrivée : “Le guru vous mande, vous deux frères.” » Ayant reçu les ordres du saint, ils partirent aussitôt, avec une vitesse qui aurait fait honte aux chevaux les plus rapides. Dès que ces troubles avaient commencé à Avadh, Bharat fut assailli de mauvais présages ; la nuit, il vit en songe des visions effrayantes et, à son réveil, se livra à toutes sortes de funestes conjectures. Chaque jour, il régalait les brahmanes et faisait l’aumône ; selon un rituel minutieux, il versait de l’eau sur l’emblème de Mahadev et, dans de ferventes prières, implorait le dieu d’accorder la prospérité à ses parents, à sa famille et à ses frères.

Source The Râmâyana of Tulsi Dâs, trad. F. S. Growse, 1883, archive.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire