Hindouisme

Tulsidas, Ramayana, Bâl-kând, Dohâ 135

Alors le grand Dieu, d’un air austère mais en termes flatteurs, dit :
« La vanité et l’orgueil enivrant que l’amour a fait naître périront à ce souvenir. »
Sache, ô saint, que l’illusion s’empare d’une âme dépourvue de sagesse et de maîtrise de soi ; mais quelle souffrance l’Amour pourrait-il causer à quelqu’un d’aussi ferme dans l’ascèse que toi ? Narad dit avec orgueil : « Tout est dû à votre faveur, mon Seigneur. » Le Compatissant lut dans son cœur et pensa en lui-même : « L’orgueil a poussé dans son âme comme un arbre immense ; il me faut l’arracher aussitôt jusqu’à la racine. Soulager sans cesse mes serviteurs, telle est la promesse que j’ai faite. Je trouverai à coup sûr quelque stratagème plaisant pour le bien du saint. » Alors Narad inclina la tête aux pieds de Hari et prit congé, gonflé d’orgueil, tandis que Vishnu donnait ses ordres à l’esprit de l’illusion. Écoute maintenant ses étranges agissements.
Il bâtit sur la route une ville de cent lieues de circonférence, plus parfaite encore que la propre capitale de Vishnu,
et peuplée d’hommes et de femmes si gracieux que tu les aurais tous pris pour des incarnations de Kamadeva et de Rati. Le roi de la ville, nommé Silanidhi, possédait des chevaux, des éléphants et des troupes en nombre incalculable ; sa pompe royale égalait celle de cent Indras ; il était lui-même un centre de puissance, de politique et de magnificence. Sa fille Visva-mohani était si belle que Lakshmi elle-même en eût rougi, et, par le pouvoir illusoire de Hari, si parfaite en tout point qu’aucun mot ne pouvait la décrire. Comme la princesse choisissait un époux, des rois innombrables se présentèrent en prétendants. Le saint, lui aussi, arriva dans cette ville féerique et se mit à interroger les habitants. Ayant appris tout ce qui se passait, il se rendit au palais, où le roi lui offrit très respectueusement un siège,
puis lui amena sa fille afin qu’il la vît, en disant : « Dites-moi, bon maître, après mûre réflexion, tout ce qu’elle a de bon ou de mauvais. »

Source The Râmâyana of Tulsi Dâs, trad. F. S. Growse, 1883, archive.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire