Hindouisme

Vedanta pratique et autres conférences — Le but

(Prononcé à San Francisco, le 27 mars 1900)
Nous constatons que l’homme, pour ainsi dire, est toujours entouré de quelque chose de plus grand que lui, et qu’il s’efforce d’en saisir le sens. L’homme cherchera toujours l’idéal le plus élevé. Il sait que celui-ci existe et que la religion est la recherche de l’idéal le plus élevé. Au début, toutes ses recherches se situaient sur le plan extérieur — il le plaçait au ciel, en différents lieux — selon sa compréhension de la nature totale de l’homme.
[Plus tard,] l’homme commença à s’observer d’un peu plus près et à découvrir que le véritable « moi » n’était pas le « moi » qu’il représente ordinairement. Ce qu’il paraît être aux sens n’est pas ce qu’il est réellement. Il commença à chercher en lui-même et découvrit que… le même idéal qu’il avait placé à l’extérieur de lui-même se trouve depuis toujours à l’intérieur ; ce qu’il adorait à l’extérieur était sa propre nature intérieure véritable. La différence entre le dualisme et le monisme est que, lorsque l’idéal est placé à l’extérieur de soi, il s’agit de dualisme. Lorsque Dieu est cherché à l’intérieur, il s’agit de monisme.
D’abord, l’ancienne question du pourquoi et de la raison d’être… Comment se fait-il que l’homme soit devenu limité ? Comment l’Infini est-il devenu fini, le pur impur ? Avant tout, vous ne devez jamais oublier que cette question ne peut recevoir de réponse au moyen d’aucune hypothèse dualiste.
Pourquoi Dieu a-t-il créé l’univers impur ? Pourquoi l’homme est-il si malheureux, lui qui a été créé par un Père parfait, infini et miséricordieux ? Pourquoi ce ciel et cette terre, dont la contemplation nous donne notre conception de la loi ? Personne ne peut imaginer quoi que ce soit qu’il n’ait pas vu.
Toutes les tortures que nous éprouvons dans cette vie, nous les plaçons ailleurs, et c’est là notre enfer . . . .
Pourquoi le Dieu infini a-t-il créé ce monde ? [Le dualiste répond :] De la même manière que le potier fait des pots. Dieu est le potier ; nous sommes les pots. . . . En termes plus philosophiques, la question est la suivante : comment tient-on pour acquis que la véritable nature de l’homme est pure, parfaite et infinie ? C’est la seule difficulté que l’on trouve dans tout système de monisme. Tout le reste est limpide et clair. Cette question ne peut recevoir de réponse. Les monistes disent que la question elle-même est contradictoire. Prenez le système du dualisme : on demande pourquoi Dieu a créé le monde. C’est contradictoire. Pourquoi ? Parce que — que signifie l’idée de Dieu ? Il est un être sur lequel rien d’extérieur ne peut agir.
Vous et moi ne sommes pas libres. J’ai soif. Il y a quelque chose appelé la soif, sur quoi je n’ai aucune maîtrise, [qui] me force à boire de l’eau. Chaque action de mon corps et même chaque pensée de mon mental me sont imposées. Je suis obligé de le faire. Voilà pourquoi je suis lié . . . . Je suis forcé de faire ceci, d’avoir cela, et ainsi de suite . . . . Et que signifient « pourquoi » et « pour quelle raison » ? [Être soumis à des forces extérieures.] Pourquoi buvez-vous de l’eau ? Parce que la soif vous y oblige. Vous êtes un esclave. Vous ne faites jamais rien de votre propre volonté, car vous êtes forcé de tout faire. Votre seul mobile d’action est une force quelconque. . . .
La terre, par elle-même, ne bougerait jamais si rien ne l’y contraignait. Pourquoi la lumière brûle-t-elle ? Elle ne brûle pas tant que quelqu’un ne vient pas y mettre le feu avec une allumette.
Dans toute la nature, tout est assujetti. L’esclavage, l’esclavage ! Être en harmonie avec la nature, c’est [être esclave]. Que gagne-t-on à être esclave de la nature et à vivre dans une cage dorée ? La loi et l’ordre les plus élevés résident dans [la connaissance que l’homme est essentiellement libre et divin]. Nous voyons maintenant que la question du pourquoi et du comment ne peut être posée que [dans l’ignorance]. Je ne peux être contraint à faire quelque chose que par autre chose.
[Vous dites] que Dieu est libre. Puis vous demandez pourquoi Dieu crée le monde. Vous vous contredisez. Le sens du mot Dieu est celui d’une volonté entièrement libre. Formulée en termes logiques, la question est la suivante : Qu’est-ce qui a contraint à créer le monde Celui que personne ne peut jamais contraindre ? Vous demandez, dans la même question : Qu’est-ce qui l’a contraint ? Cette question est absurde. Il est infini par sa nature même ; Il est libre. Nous répondrons à vos questions lorsque vous serez capables de les formuler en termes logiques. La raison vous dira qu’il n’y a qu’une seule Réalité, rien d’autre. Partout où le dualisme a surgi, le monisme a fini par l’emporter et l’a chassé.
Une seule difficulté fait obstacle à la compréhension de cela. La religion est une chose de bon sens, de tous les jours. L’homme de la rue la comprend si vous la lui expliquez dans son langage, et non [si vous la lui expliquez] dans le langage d’un philosophe. Il est dans la nature humaine de [se projeter]. Pensez à ce que vous ressentez pour l’enfant. [Vous vous identifiez à lui. Alors] vous avez deux corps. [De même,] vous pouvez ressentir à travers le mental de votre mari. Où pouvez-vous vous arrêter ? Vous pouvez ressentir à travers une infinité de corps.
Chaque jour, l’homme conquiert la nature. En tant que race, l’homme manifeste sa puissance. Essayez d’imaginer une limite à cette puissance de l’homme. Vous admettez que l’homme, en tant que race, possède une puissance infinie, un corps infini. La seule question est de savoir ce que vous êtes. Êtes-vous la race ou un individu ? Dès l’instant où vous vous isolez, tout vous fait souffrir. Dès l’instant où vous vous élargissez et éprouvez de la compassion pour les autres, vous recevez de l’aide. L’homme égoïste est le plus malheureux du monde. Le plus heureux est celui qui n’est pas égoïste du tout. Il est devenu la création entière, la race entière, et Dieu est en lui. . . . Ainsi, dans le dualisme — chrétien, hindou et dans toutes les religions —, le code moral . . . . est le suivant : Ne soyez pas égoïste . . . . faites des choses pour les autres ! Élargissez-vous ! . . . .
On peut faire comprendre cela très facilement aux ignorants, et encore plus facilement aux érudits. Mais l’homme qui n’a acquis qu’une parcelle de savoir, celui-là, Dieu lui-même ne peut pas le faire comprendre. [La vérité est que] vous n’êtes pas séparé de cet univers ; tout comme votre esprit n’est pas séparé du reste de vous-même. Sinon, vous ne pourriez rien voir, rien sentir. Nos corps ne sont que de petits tourbillons dans l’océan de la matière. La vie prend un détour et poursuit son cours sous une autre forme . . . . Le soleil, la lune, les étoiles, vous et moi ne sommes que de simples tourbillons. Pourquoi ai-je choisi un mental particulier comme étant le mien ? Il s’agit simplement d’un tourbillon mental dans l’océan du mental.
Comment est-il autrement possible que ma vibration vous parvienne à l’instant même ? Si vous jetez une pierre dans le lac, elle provoque une vibration et [met] l’eau en vibration. Je plonge mon mental dans l’état de béatitude et cette tendance consiste à éveiller la même béatitude dans votre mental. Combien de fois, dans votre mental ou dans votre cœur, [avez-vous pensé quelque chose] et, sans [communication] verbale, [d’autres ont-ils reçu votre pensée] ? Partout, nous ne faisons qu’un. . . . Voilà ce que nous ne comprenons jamais. L’univers entier est composé de temps, d’espace et de causalité. Et Dieu [apparaît sous la forme de cet univers]. . . . Quand la nature a-t-elle commencé ? Lorsque vous [avez oublié votre vraie nature et] êtes devenu [lié par le temps, l’espace et la causalité].
Voilà le cercle [rotatif] de vos corps, et pourtant, cela est votre nature infinie. . . . Voilà bien la nature : le temps, l’espace et la causalité. C’est tout ce que signifie la nature. Le temps a commencé lorsque vous avez commencé à penser. L’espace a commencé lorsque vous avez reçu un corps ; autrement, il ne pourrait y avoir d’espace. La causalité a commencé lorsque vous êtes devenu limité. Il nous faut une réponse, quelle qu’elle soit. La voici. [Notre limitation] est un jeu. Juste pour s’amuser. Rien ne vous lie ; rien ne vous contraint [à quoi que ce soit. Vous n’avez] jamais été lié. Nous jouons tous les rôles dans ce [jeu] que nous avons inventé nous-mêmes.
Mais abordons une autre question au sujet de l’individualité. Certaines personnes ont si peur de perdre leur individualité. Ne vaudrait-il pas mieux que le cochon perde son individualité de cochon s’il peut devenir Dieu ? Oui. Mais le pauvre cochon ne voit pas les choses ainsi sur le moment. Quel est l’état dans lequel réside mon individualité ? Quand j’étais un bébé étendu par terre, essayant d’avaler mon pouce ? Est-ce cette individualité que je devrais regretter de perdre ? Dans cinquante ans, je considérerai mon état actuel et je rirai, tout comme je considère [maintenant] l’état de bébé. Laquelle de ces individualités dois-je conserver ? . . .
Nous devons comprendre ce que signifie cette individualité. . . . [Il existe deux tendances opposées :] l’une consiste à protéger l’individualité, l’autre à désirer ardemment sacrifier l’individualité. . . . La mère renonce à toute sa volonté pour le bébé qui a besoin d’elle. . . . Quand elle porte le bébé dans ses bras, l’appel de l’individualité, de l’instinct de conservation, ne se fait plus entendre. Elle mangera les pires aliments, mais ses enfants auront les meilleurs. Ainsi, nous sommes prêts à mourir pour tous ceux que nous aimons.
[D’un côté] nous luttons avec acharnement pour préserver cette individualité ; de l’autre, nous essayons de la détruire. Pour quel résultat ? Tom Brown peut lutter avec acharnement. Il [se bat] pour son individualité. Tom meurt et pas la moindre ondulation ne se forme à la surface de la terre. Il y a dix-neuf cents ans, un Juif est né, et il n’a jamais levé le petit doigt pour préserver son individualité. . . . Songez-y ! Ce Juif n’a jamais lutté pour protéger son individualité. C’est pourquoi il est devenu le plus grand au monde. Voilà ce que le monde ignore.
Avec le temps, nous devons devenir des individus. Mais en quel sens ? Qu’est-ce que l’individualité de l’homme ? Ce n’est pas Tom Brown, mais Dieu dans l’homme. Voilà la [véritable] individualité. Plus l’homme s’en est approché, plus il a renoncé à sa fausse individualité. Plus il essaie de tout accumuler et de tout obtenir [pour lui-même], moins il est un individu. Moins il a pensé à [lui-même], plus il a sacrifié toute individualité au cours de sa vie, . . . plus il est un individu. Voilà un secret que le monde ne comprend pas.
Nous devons d’abord comprendre ce que signifie l’individualité. C’est atteindre l’idéal. Vous êtes homme aujourd’hui, [ou] vous êtes femme. Vous changerez sans cesse. Pouvez-vous vous arrêter ? Voulez-vous garder vos mentaux tels qu’ils sont maintenant — les anges, les haines, les jalousies, les querelles, toutes les innombrables choses qui s’y trouvent ? Voulez-vous dire que vous les garderez ? . . . Vous ne pouvez vous arrêter nulle part . . . tant que la conquête parfaite n’a pas été accomplie, tant que vous n’êtes pas purs et parfaits.
Vous n’éprouvez plus de colère lorsque vous êtes tout amour, béatitude et existence infinie. . . . Quels corps garderez-vous ? Vous ne pouvez vous arrêter nulle part avant d’accéder à une vie qui ne prend jamais fin. Une vie infinie ! C’est là que vous vous arrêtez. Vous avez maintenant un peu de connaissance et vous cherchez toujours à en acquérir davantage. Où vous arrêterez-vous ? Nulle part, jusqu’à ce que vous ne fassiez qu’un avec la vie elle-même. . . .
Beaucoup veulent le plaisir [comme] but. Pour ce plaisir, ils ne recherchent que les sens. Sur les plans supérieurs, il y a beaucoup de plaisir à rechercher. Puis, sur les plans spirituels. Puis en lui-même — Dieu en lui. L’homme dont le plaisir est à l’extérieur de [lui-même] devient malheureux lorsque cette chose extérieure disparaît. Vous ne pouvez dépendre de rien dans cet univers pour ce plaisir. Si tous mes plaisirs sont en moi-même, je dois éprouver du plaisir en permanence, car je ne peux jamais perdre le Soi. . . . Mère, père, enfant, épouse, corps, richesse — je peux tout perdre, sauf mon soi . . . félicité dans le Soi. Tout désir est contenu dans le Soi. . . . C’est cette individualité qui ne change jamais, et elle est parfaite.
. . . Et comment l’obtenir ? Ils découvrent ce qu’ont découvert les grandes âmes de ce monde — tous les grands hommes et toutes les grandes femmes — [par une discrimination soutenue]. . . . Que penser de ces théories dualistes qui parlent de vingt dieux, de trente dieux ? Peu importe. Elles avaient toutes la même vérité : cette fausse individualité doit disparaître. . . . Ainsi, cet ego — moins il y en a, plus je suis proche de ce que je suis réellement : le corps universel. Moins je pense à mon propre mental individuel, plus je suis proche du mental universel. Moins je pense à mon âme propre, plus je suis proche de l’âme universelle.
Nous vivons dans un seul corps. Nous éprouvons quelque douleur, quelque plaisir. Pour le peu de plaisir que nous procure notre vie dans ce corps, nous sommes prêts à tuer tout l’univers afin de nous préserver. Si nous avions deux corps, ne serait-ce pas bien mieux ? Et ainsi de suite, jusqu’à la béatitude. Je suis en chacun. J’agis par toutes les mains ; je marche par tous les pieds. Je parle par toutes les bouches ; je vis dans tous les corps. Mes corps sont infinis, mes mentaux infinis. J’ai vécu en Jésus de Nazareth, en Bouddha, en Mohammed — en tous les grands et les bons du passé et du présent. Je vais vivre en tous ceux [qui] viendront par la suite. Est-ce une théorie ? [Non, c’est la vérité.]
Si vous pouvez le réaliser, quel plaisir infiniment plus grand cela vous procurera. Quelle extase de joie ! Quel corps unique est si grand que nous ayons besoin ici de quoi que ce soit [du] corps… Après avoir vécu dans tous les corps des autres, dans tous les corps qui existent en ce monde, que devenons-nous ? [Nous ne faisons qu’un avec l’Infini. Et] tel est le but. C’est la seule voie. Un [homme] dit : « Si je connais la vérité, je vais fondre comme du beurre. » J’aimerais que les gens fondent ainsi, mais ils sont trop coriaces pour fondre si vite !
Que devons-nous faire pour être libres ? Vous êtes déjà libre… Comment celui qui est libre pourrait-il jamais être lié ? C’est un mensonge. [Vous n’avez] jamais été lié. Comment l’illimité pourrait-il jamais être limité par quoi que ce soit ? L’infini divisé par l’infini, ajouté à l’infini, multiplié par l’infini [demeure] infini. Vous êtes infini ; Dieu est infini. Vous êtes tous infinis. Il ne peut y avoir deux existences, mais une seule. L’Infini ne peut jamais devenir fini. Vous n’êtes jamais lié. Voilà tout… Vous êtes déjà libre. Vous avez atteint le but — tout ce qu’il y a à atteindre. Ne laissez jamais le mental penser que vous n’avez pas atteint le but… Nous devenons tout ce que nous [pensons]. Si vous pensez être de misérables pécheurs, vous vous hypnotisez vous-mêmes : « Je suis un misérable ver rampant. » Ceux qui croient à l’enfer s’y trouvent lorsqu’ils meurent ; ceux qui disent qu’ils iront au ciel [iront au ciel].
Tout n’est qu’un jeu… [Vous pouvez dire :] « Nous devons faire quelque chose ; faisons le bien. » [Mais] qui se soucie du bien et du mal ? Jouez ! Dieu tout-puissant joue. Voilà tout… Vous êtes le Dieu tout-puissant qui joue. Si vous voulez jouer à l’écart et tenir le rôle d’un mendiant, vous ne devez pas [en rejeter la responsabilité sur quelqu’un d’autre pour avoir fait ce choix]. Vous aimez être le mendiant. Vous connaissez votre vraie nature [divine]. Vous êtes le roi et vous jouez au mendiant… Tout cela n’est qu’amusement. Sachez-le et jouez. Voilà tout. Puis mettez-le en pratique. L’univers entier est un vaste jeu. Tout est bien parce que tout est amusement. Cette étoile arrive et s’écrase contre notre terre, et nous voilà tous morts. [Cela aussi est amusant.] Vous ne trouvez amusantes que les petites choses qui réjouissent vos sens !…
[On nous dit qu’il y a] un dieu bon ici, et un dieu mauvais là-bas, toujours aux aguets pour me saisir dès que je commets une erreur. . . . Lorsque j’étais enfant, quelqu’un m’a dit que Dieu observe tout. Je me suis couché, j’ai regardé en l’air et je m’attendais à ce que le plafond de la pièce s’ouvre. [Rien ne se produisit.] Personne ne nous observe, sauf nous-mêmes. Aucun Seigneur, sauf notre [propre Soi] ; aucune nature, sauf celle que nous ressentons. L’habitude est une seconde nature ; elle est aussi la première nature. Elle constitue toute la nature. Je répète [quelque chose] deux ou trois fois ; cela devient ma nature. Ne soyez pas malheureux ! Ne vous repentez pas ! Ce qui est fait est fait. Si vous vous brûlez, [assumez-en les conséquences].
. . . Soyez raisonnables. Nous faisons des erreurs ; et alors ? Tout cela n’est qu’un jeu. Ils deviennent fous à propos de leurs péchés passés, gémissant, pleurant, et tout le reste. Ne vous repentez pas ! Après avoir accompli une tâche, n’y pensez plus. Continuez ! Ne vous arrêtez pas ! Ne regardez pas en arrière ! Que gagnerez-vous à regarder en arrière ? Vous ne perdez rien, vous ne gagnez rien. Vous ne fondrez pas comme du beurre. Les cieux et les enfers, les incarnations — tout cela n’est que sottise !
Qui naît et qui meurt ? Vous vous amusez, vous jouez avec des mondes et tout le reste. Vous gardez ce corps aussi longtemps que vous le souhaitez. Si vous n’en voulez pas, ne l’ayez pas. L’Infini est réel ; le fini est le jeu. Vous êtes à la fois le corps infini et le corps fini. Sachez-le ! Mais la connaissance ne changera rien ; le jeu continuera. . . . Deux mots — âme et corps — ont été réunis. La connaissance [partielle] en est la cause. Sachez que vous êtes toujours libres. Le feu de la connaissance réduit en cendres toutes les [impuretés et limitations]. Je suis cet Infini. . . .
Tu es aussi libre que tu l’étais au commencement, que tu l’es maintenant et que tu le seras toujours.
Celui qui sait qu’il est libre est libre ; celui qui sait qu’il est lié est lié.
Qu’advient-il de Dieu, du culte et de tout le reste ? Tout cela a sa place. Je me suis divisé en Dieu et en moi ; je deviens celui qu’on adore et je m’adore moi-même. Pourquoi pas ? Dieu, c’est moi. Pourquoi ne pas adorer mon Soi ? Le Dieu universel — Il est aussi mon Soi. Tout cela n’est qu’un jeu. Il n’y a pas d’autre but.
Quelle est la fin et le but de la vie ? Aucun, car je [sais que je suis l’Infini]. Si vous êtes des mendiants, vous pouvez avoir des buts. Je n’ai aucun but, aucun désir, aucune intention. Je viens dans votre pays et je donne des conférences — juste pour le plaisir. Rien d’autre. Quel sens cela pourrait-il avoir ? Seuls les esclaves agissent pour quelqu’un d’autre. Vous n’agissez pour personne d’autre. Quand cela vous convient, vous adorez. Vous pouvez vous joindre aux chrétiens, aux musulmans, aux Chinois, aux Japonais. Vous pouvez adorer tous les dieux qui ont jamais existé et qui existeront jamais. . . .
Je suis dans le soleil, la lune et les étoiles. Je suis avec Dieu et je suis en tous les dieux. J’adore mon Soi.
Il y a un autre aspect à cela. Je l’ai gardé en réserve. Je suis l’homme qui va être pendu. Je suis tous les méchants. Je suis puni dans les enfers. Cela [aussi] est un jeu. Tel est le but de la philosophie [savoir que je suis l’Infini]. Les buts, les motifs, les intentions et les devoirs restent à l’arrière-plan. . . .
Cette vérité doit d’abord être écoutée, puis méditée. Raisonnez, débattez-en par tous les moyens. Les êtres éclairés n’en savent pas davantage.
Sachez avec certitude que vous êtes en toute chose. C’est pourquoi vous ne devez faire de mal à personne, car en lui faisant du mal, vous vous en faites à vous-même. . . . [Enfin,] il faut méditer sur cela. Réfléchissez-y. Pouvez-vous concevoir qu’un jour tout s’effondrera dans la poussière et que vous resterez seul ? Ce moment de joie extatique ne vous quittera jamais. Vous découvrirez en réalité que vous êtes sans corps. Vous n’avez jamais eu de corps.
Je suis Un, seul, à travers toute l’éternité. De qui aurais-je peur ? Tout cela est mon Soi.
Il faut méditer continuellement sur cela. C’est ainsi que vient la réalisation. C’est par la réalisation que vous devenez une [bénédiction] pour les autres. . . .
« Ton visage rayonne comme [celui] de quelqu’un qui a connu Dieu. » Voilà le but. Cela ne doit pas être prêché comme je le fais. « Sous un arbre, je vis un maître, un garçon de seize ans ; le disciple était un vieillard de quatre-vingts ans. Le maître enseignait en silence, et les doutes du disciple s’évanouirent. » Et qui parle ? Qui allume une bougie pour voir le soleil ? Quand la vérité [se révèle], nul témoin n’est nécessaire. Vous le savez . . . . Voilà ce que vous allez faire : . . . le réaliser. [D’abord, réfléchissez-y. Raisonnez-y. Satisfaites votre curiosité. Puis, ne pensez à rien d’autre. J’aimerais que nous ne lisions jamais rien. Seigneur, aide-nous tous ! Voyez ce que devient un homme [érudit].
« Ceci est dit, et cela est dit… »
« Et toi, mon ami, que dis-tu ? »
« Je ne dis rien. » [Il cite] la pensée de tous les autres ; mais lui, il ne pense
rien. Si c’est là de l’éducation, qu’est-ce que la folie ? Regardez tous ces hommes
qui ont écrit !… Ces écrivains modernes n’ont pas deux phrases à eux ! Que
des citations…
Les livres ont peu de valeur, et la religion [de seconde main] n’en a aucune.
C’est comme manger. Votre religion ne me satisferait pas. Jésus a vu Dieu et
Bouddha a vu Dieu. Si vous n’avez pas vu Dieu, vous ne valez pas mieux que
l’athée. Lui seul garde le silence, tandis que vous parlez sans cesse et troublez le
monde par vos paroles. Les livres, les bibles et les Écritures ne servent à rien. J’ai
rencontré un vieil homme quand j’étais enfant ; [il n’avait étudié aucune écriture,
mais il transmettait la vérité de Dieu par un simple toucher].
Silence, vous qui enseignez au monde. Silence, vous les livres. Seigneur, Toi seul
parle, et que Ton serviteur écoute… Si la vérité n’est pas là, à quoi sert cette vie ?
Nous croyons tous que nous allons la saisir, mais nous n’y parvenons pas. La
plupart d’entre nous ne saisissent que de la poussière. Dieu n’est pas là. S’il n’y a
pas de Dieu, à quoi sert la vie ? Y a-t-il un lieu de repos dans l’univers ? [C’est à
nous de le trouver] ; seulement, nous ne le [cherchons pas avec ardeur. Nous
sommes] comme un petit morceau de bois porté par le courant.
S’il y a cette vérité, s’il y a un Dieu, il doit être en nous. . . . [Je dois pouvoir dire :] « Je l’ai vu de mes yeux. » Sinon, je n’ai pas de religion. Les croyances, les doctrines, les sermons ne font pas la religion. C’est la réalisation, la perception de Dieu [qui, seule, constitue la religion]. Quelle est la grandeur de tous ces hommes que le monde vénère ? Dieu n’était pas davantage une doctrine [pour eux. Croyaient-ils] parce que leur grand-père y croyait ? Non. C’était la réalisation de l’Infini, supérieur à leur propre corps, à leur mental et à tout le reste. Ce monde est réel dans la mesure où il contient une parcelle du reflet de ce Dieu. Nous aimons l’homme de bien parce que son visage en reflète un peu plus la lumière. Nous devons le saisir nous-mêmes. Il n’y a pas d’autre voie. Tel est le but. Luttez pour l’atteindre ! Ayez votre propre Bible. Ayez votre propre Christ. Sinon, vous n’êtes pas religieux. Ne parlez pas de religion. Les hommes parlent et parlent. « Certains d’entre eux, plongés dans les ténèbres, croient, dans l’orgueil de leur cœur, détenir la lumière. Et non seulement [cela], ils proposent de porter les autres sur leurs épaules, et tous tombent dans le gouffre. » . . .
Aucune Église n’a jamais sauvé par elle-même. Il est bon de naître dans un temple, mais malheur à celui qui meurt dans un temple ou une église. Sortez-en ! . . . C’était un bon début, mais quittez-le ! C’était le lieu de votre enfance . . . mais qu’il en soit ainsi ! . . . Allez directement à Dieu. Ni théories, ni doctrines. Alors seulement tous les doutes disparaîtront. Alors seulement tout ce qui est tordu sera redressé. . . .
Au milieu de la multiplicité, celui qui voit l’Un ; au milieu de cette mort infinie, celui qui voit cette vie unique ; au milieu de la multiplicité, celui qui voit ce qui ne change jamais dans sa propre âme — à lui appartient la paix éternelle.

Source Swami Vivekananda, The Complete Works, Volume 2, en.wikisource.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire