Selon la philosophie du Vedanta, l’homme se compose, pour ainsi dire, de trois substances. La plus extérieure est le corps, la forme grossière de l’homme, où se trouvent les instruments de la sensation, tels que les yeux, le nez, les oreilles, et ainsi de suite. Cet œil n’est pas l’organe de la vision ; il n’en est que l’instrument. Derrière lui se trouve l’organe. Ainsi, les oreilles ne sont pas les organes de l’ouïe ; ce sont les instruments, et derrière elles se trouve l’organe, ou ce que la physiologie moderne appelle le centre. En sanskrit, les organes sont appelés Indriyas. Si le centre qui commande aux yeux est détruit, les yeux ne verront pas ; il en va de même pour tous nos sens. Les organes, à leur tour, ne peuvent rien percevoir par eux-mêmes tant que quelque chose d’autre ne leur est pas relié. Cette chose, c’est le mental. Vous avez souvent remarqué que vous étiez profondément absorbé par une pensée particulière et que l’horloge sonnait sans que vous l’entendiez. Pourquoi ? L’oreille était là ; les vibrations y sont entrées et ont été transmises au cerveau, et pourtant vous ne les avez pas entendues, parce que le mental n’était pas uni à l’organe. Les impressions des objets extérieurs sont transmises aux organes et, lorsque le mental s’y attache, il reçoit les impressions et leur donne, pour ainsi dire, une coloration appelée l’ego, le « je ». Prenons le cas d’un moustique qui me pique le doigt alors que je suis occupé à quelque travail. Je ne le sens pas, car mon mental est uni à autre chose. Plus tard, lorsque mon mental s’unit à l’impression transmise aux Indriyas, une réaction se produit. Par cette réaction, je prends conscience du moustique. Ainsi, le mental qui s’unit aux organes ne suffit même pas ; il faut encore que se produise une réaction sous la forme de la volonté. Cette faculté d’où provient la réaction, la faculté de connaissance ou l’intellect, est appelée « Buddhi ». D’abord, il faut l’instrument extérieur ; ensuite, l’organe ; puis, le mental doit s’unir à l’organe ; enfin, la réaction de l’intellect doit se produire. Lorsque toutes ces conditions sont réunies, l’idée « moi et l’objet extérieur » jaillit aussitôt, et il y a perception, conception, connaissance. L’organe extérieur, qui n’est qu’un instrument, se trouve dans le corps ; derrière lui se trouve l’organe interne, plus subtil ; puis vient le mental, ensuite la faculté intellectuelle, puis l’ego, qui dit : « Je » — je vois, j’entends, et ainsi de suite. Tout le processus est accompli par certaines forces ; vous pouvez les appeler forces vitales ; en sanskrit, elles sont appelées Prâna. Cette partie grossière de l’homme, ce corps où se trouvent les instruments extérieurs, est appelée en sanskrit Sthula Sharira, le corps grossier ; derrière lui vient la série qui commence par les organes, le mental, l’intellect et l’ego. Ces éléments et les forces vitales forment un composé appelé le corps subtil, le Sukshma Sharira. Ces forces sont composées d’éléments très subtils, si subtils qu’aucun dommage infligé à ce corps ne peut les détruire ; elles survivent à tous les chocs subis par ce corps. Le corps grossier que nous voyons est composé de matière grossière et, à ce titre, il se renouvelle sans cesse et change continuellement. Mais les organes internes, le mental, l’intellect et l’ego sont composés de la matière la plus subtile, si subtile qu’ils subsistent durant des éternités et des éternités. Ils sont si subtils que rien ne peut leur résister ; ils peuvent traverser n’importe quel obstacle. Le corps grossier est dépourvu d’intelligence, tout comme le corps subtil, puisqu’il est composé de matière subtile. Bien que l’un de ces éléments soit appelé le mental, un autre l’intellect et le troisième l’ego, nous voyons d’emblée qu’aucun d’eux ne peut être le « Connaissant ». Aucun ne peut être le percevant, le témoin, celui pour qui l’action est accomplie et qui voit l’action. Tous ces mouvements du mental, de la faculté intellectuelle ou de l’ego doivent exister pour quelqu’un d’autre. Étant composés de matière subtile, ils ne peuvent être lumineux par eux-mêmes. Leur luminosité ne peut résider en eux. La manifestation de cette table, par exemple, ne peut être due à quelque chose de matériel. Il doit donc y avoir quelqu’un derrière tout cela, qui est le véritable manifestateur, le véritable voyant, le véritable jouissant ; en sanskrit, Il est appelé l’Atman, l’Âme de l’homme, le véritable Soi de l’homme. C’est Lui qui voit réellement les choses. Les instruments extérieurs et les organes recueillent les impressions et les transmettent au mental ; le mental les transmet à l’intellect, et l’intellect les réfléchit comme dans un miroir ; derrière lui se trouve l’Âme, qui les contemple et donne ses ordres et ses directives. Elle est le maître de tous ces instruments, le maître de la maison, le roi assis sur son trône dans le corps. La faculté de l’ego, la faculté intellectuelle, la faculté de penser, les organes, les instruments, le corps, tous obéissent à ses commandements. C’est Elle qui les manifeste tous. Tel est l’Atman de l’homme. De même, nous pouvons comprendre que ce qui existe dans une petite partie de l’univers doit aussi se trouver dans l’univers entier. Si la conformité est une loi de l’univers, chaque partie de l’univers doit avoir été bâtie selon le même plan que le tout. Nous pensons donc naturellement que derrière la forme matérielle grossière que nous appelons notre univers, il doit exister un univers de matière plus subtile, que nous appelons la pensée ; et derrière celui-ci doit se trouver une Âme, qui rend toute cette pensée possible, qui commande, qui est le roi assis sur son trône dans cet univers. Cette âme qui se trouve derrière chaque mental et chaque corps est appelée Pratyagâtman, l’Atman individuel ; et cette Âme qui se trouve derrière l’univers, pour le guider, le gouverner et le diriger, est Dieu.
Il nous faut ensuite examiner d’où viennent toutes ces choses. La réponse est :
Que signifie « venir » ? Si cela signifie que quelque chose peut être produit à partir de rien, c’est impossible. Toute cette création, cette manifestation, ne peut être produite à partir du néant. Rien ne peut être produit sans cause, et l’effet n’est que la cause reproduite. Voici un verre. Supposons que nous le brisions, le réduisions en poudre et, au moyen de produits chimiques, l’anéantissions presque. Retournerait-il au néant ? Certainement pas. Sa forme disparaîtrait, mais les particules dont il est constitué seraient toujours là ; elles échapperaient à nos sens, mais elles subsisteraient, et il serait tout à fait possible de fabriquer un autre verre à partir de ces matériaux. Si cela est vrai dans un cas, cela le sera dans tous les cas. Quelque chose ne peut être fait à partir de rien. Pas plus que quelque chose ne peut retourner au néant. Cela peut devenir de plus en plus subtil, puis de nouveau de plus en plus grossier. La goutte de pluie est puisée dans l’océan sous forme de vapeur et dérive dans l’air jusqu’aux montagnes ; là, elle redevient eau et s’écoule sur des centaines de kilomètres pour rejoindre l’océan maternel. La graine produit l’arbre. L’arbre meurt, ne laissant que la graine. Celle-ci donne de nouveau naissance à un arbre, qui à son tour finit par laisser une graine, et ainsi de suite. Regardez l’oiseau : de l’œuf, il éclot, devient un bel oiseau, vit sa vie, puis meurt, ne laissant que d’autres œufs, qui contiennent les germes des oiseaux à venir. Il en va de même pour les animaux, et pour les hommes. Tout commence, pour ainsi dire, par certaines graines, certains rudiments, certaines formes subtiles, puis devient de plus en plus grossier en se développant ; enfin, tout retourne à cette forme subtile et s’y résorbe. L’univers entier suit ce cours. Il vient un temps où cet univers tout entier se dissout et devient plus subtil, puis finit par disparaître entièrement, pour ainsi dire, tout en subsistant sous forme de matière extrêmement subtile. Nous savons, grâce aux sciences modernes et à l’astronomie, que la Terre se refroidit et qu’avec le temps elle deviendra très froide ; alors, elle se brisera en morceaux et deviendra de plus en plus subtile, jusqu’à redevenir éther. Pourtant, les particules subsisteront toutes et formeront la matière à partir de laquelle une autre Terre sera projetée. Celle-ci disparaîtra à son tour, et une autre apparaîtra. Ainsi, cet univers retournera à ses causes, puis ses matériaux se rassembleront de nouveau et prendront forme, comme la vague qui retombe, se soulève à nouveau et prend forme. Les mouvements de retour aux causes et de réapparition sous une forme sont appelés en sanskrit Sankocha et Vikâsha, ce qui signifie contraction et expansion. L’univers entier, pour ainsi dire, se contracte, puis se dilate de nouveau. Pour employer les termes plus couramment admis de la science moderne, il s’agit d’involution et d’évolution. Vous entendez parler d’évolution, de la manière dont toutes les formes se développent à partir de formes inférieures, s’élevant lentement toujours plus haut. C’est tout à fait vrai, mais toute évolution présuppose une involution. Nous savons que la somme totale de l’énergie manifestée dans l’univers est toujours la même, et que la matière est indestructible. Il vous est impossible d’enlever une seule particule de matière. Vous ne pouvez ni retirer ni ajouter un pied-livre d’énergie. La somme totale est toujours la même. Seule la manifestation varie, passant de l’involution à l’évolution. Ainsi, ce cycle est l’évolution issue de l’involution du cycle précédent, et ce cycle s’involuera à son tour, devenant de plus en plus subtil ; de là naîtra le cycle suivant. L’univers entier suit ce cours. Nous constatons donc qu’il n’y a pas de création au sens où quelque chose serait créé à partir de rien. Le mot le plus juste est manifestation, et Dieu est celui qui manifeste l’univers. L’univers, pour ainsi dire, émane de lui, puis se résorbe en Lui, et de nouveau il le projette. Les Védas donnent une très belle comparaison : « Cet Éternel respire cet univers, puis le reprend en Lui. » Tout comme nous pouvons expirer une petite particule de poussière, puis la réinspirer. Tout cela est fort bien, mais on peut demander : Comment se fait-il que nous en soyons au premier cycle ? La réponse est : que signifie « premier cycle » ? Il n’y en a jamais eu. Si vous pouvez assigner un commencement au temps, la notion même de temps se trouvera détruite. Essayez de penser à une limite où le temps aurait commencé : vous devrez penser à du temps au-delà de cette limite. Essayez de penser à l’endroit où l’espace commence : vous devrez penser à de l’espace au-delà. Le temps et l’espace sont infinis ; ils n’ont donc ni commencement ni fin. C’est une idée plus juste que celle selon laquelle Dieu aurait créé l’univers en cinq minutes, puis se serait endormi et dormirait depuis lors. Cette idée, au contraire, nous présente Dieu comme le Créateur éternel. Voici une suite de vagues qui s’élèvent et retombent, et Dieu dirige ce processus éternel. De même que l’univers est sans commencement ni fin, Dieu l’est aussi. Nous voyons qu’il doit nécessairement en être ainsi, car si nous disons qu’il fut un temps où il n’y avait pas de création, ni sous une forme grossière ni sous une forme subtile, alors il n’y avait pas de Dieu, puisque Dieu nous est connu comme Sâkshi, le Témoin de l’univers. Lorsque l’univers n’existait pas, lui non plus n’existait pas. Une notion découle de l’autre. C’est de l’idée d’effet que nous tirons celle de cause ; s’il n’y a pas d’effet, il n’y aura pas de cause. Il s’ensuit naturellement que, puisque l’univers est éternel, Dieu est éternel.
Que signifie « venir » ? Si cela signifie que quelque chose peut être produit à partir de rien, c’est impossible. Toute cette création, cette manifestation, ne peut être produite à partir du néant. Rien ne peut être produit sans cause, et l’effet n’est que la cause reproduite. Voici un verre. Supposons que nous le brisions, le réduisions en poudre et, au moyen de produits chimiques, l’anéantissions presque. Retournerait-il au néant ? Certainement pas. Sa forme disparaîtrait, mais les particules dont il est constitué seraient toujours là ; elles échapperaient à nos sens, mais elles subsisteraient, et il serait tout à fait possible de fabriquer un autre verre à partir de ces matériaux. Si cela est vrai dans un cas, cela le sera dans tous les cas. Quelque chose ne peut être fait à partir de rien. Pas plus que quelque chose ne peut retourner au néant. Cela peut devenir de plus en plus subtil, puis de nouveau de plus en plus grossier. La goutte de pluie est puisée dans l’océan sous forme de vapeur et dérive dans l’air jusqu’aux montagnes ; là, elle redevient eau et s’écoule sur des centaines de kilomètres pour rejoindre l’océan maternel. La graine produit l’arbre. L’arbre meurt, ne laissant que la graine. Celle-ci donne de nouveau naissance à un arbre, qui à son tour finit par laisser une graine, et ainsi de suite. Regardez l’oiseau : de l’œuf, il éclot, devient un bel oiseau, vit sa vie, puis meurt, ne laissant que d’autres œufs, qui contiennent les germes des oiseaux à venir. Il en va de même pour les animaux, et pour les hommes. Tout commence, pour ainsi dire, par certaines graines, certains rudiments, certaines formes subtiles, puis devient de plus en plus grossier en se développant ; enfin, tout retourne à cette forme subtile et s’y résorbe. L’univers entier suit ce cours. Il vient un temps où cet univers tout entier se dissout et devient plus subtil, puis finit par disparaître entièrement, pour ainsi dire, tout en subsistant sous forme de matière extrêmement subtile. Nous savons, grâce aux sciences modernes et à l’astronomie, que la Terre se refroidit et qu’avec le temps elle deviendra très froide ; alors, elle se brisera en morceaux et deviendra de plus en plus subtile, jusqu’à redevenir éther. Pourtant, les particules subsisteront toutes et formeront la matière à partir de laquelle une autre Terre sera projetée. Celle-ci disparaîtra à son tour, et une autre apparaîtra. Ainsi, cet univers retournera à ses causes, puis ses matériaux se rassembleront de nouveau et prendront forme, comme la vague qui retombe, se soulève à nouveau et prend forme. Les mouvements de retour aux causes et de réapparition sous une forme sont appelés en sanskrit Sankocha et Vikâsha, ce qui signifie contraction et expansion. L’univers entier, pour ainsi dire, se contracte, puis se dilate de nouveau. Pour employer les termes plus couramment admis de la science moderne, il s’agit d’involution et d’évolution. Vous entendez parler d’évolution, de la manière dont toutes les formes se développent à partir de formes inférieures, s’élevant lentement toujours plus haut. C’est tout à fait vrai, mais toute évolution présuppose une involution. Nous savons que la somme totale de l’énergie manifestée dans l’univers est toujours la même, et que la matière est indestructible. Il vous est impossible d’enlever une seule particule de matière. Vous ne pouvez ni retirer ni ajouter un pied-livre d’énergie. La somme totale est toujours la même. Seule la manifestation varie, passant de l’involution à l’évolution. Ainsi, ce cycle est l’évolution issue de l’involution du cycle précédent, et ce cycle s’involuera à son tour, devenant de plus en plus subtil ; de là naîtra le cycle suivant. L’univers entier suit ce cours. Nous constatons donc qu’il n’y a pas de création au sens où quelque chose serait créé à partir de rien. Le mot le plus juste est manifestation, et Dieu est celui qui manifeste l’univers. L’univers, pour ainsi dire, émane de lui, puis se résorbe en Lui, et de nouveau il le projette. Les Védas donnent une très belle comparaison : « Cet Éternel respire cet univers, puis le reprend en Lui. » Tout comme nous pouvons expirer une petite particule de poussière, puis la réinspirer. Tout cela est fort bien, mais on peut demander : Comment se fait-il que nous en soyons au premier cycle ? La réponse est : que signifie « premier cycle » ? Il n’y en a jamais eu. Si vous pouvez assigner un commencement au temps, la notion même de temps se trouvera détruite. Essayez de penser à une limite où le temps aurait commencé : vous devrez penser à du temps au-delà de cette limite. Essayez de penser à l’endroit où l’espace commence : vous devrez penser à de l’espace au-delà. Le temps et l’espace sont infinis ; ils n’ont donc ni commencement ni fin. C’est une idée plus juste que celle selon laquelle Dieu aurait créé l’univers en cinq minutes, puis se serait endormi et dormirait depuis lors. Cette idée, au contraire, nous présente Dieu comme le Créateur éternel. Voici une suite de vagues qui s’élèvent et retombent, et Dieu dirige ce processus éternel. De même que l’univers est sans commencement ni fin, Dieu l’est aussi. Nous voyons qu’il doit nécessairement en être ainsi, car si nous disons qu’il fut un temps où il n’y avait pas de création, ni sous une forme grossière ni sous une forme subtile, alors il n’y avait pas de Dieu, puisque Dieu nous est connu comme Sâkshi, le Témoin de l’univers. Lorsque l’univers n’existait pas, lui non plus n’existait pas. Une notion découle de l’autre. C’est de l’idée d’effet que nous tirons celle de cause ; s’il n’y a pas d’effet, il n’y aura pas de cause. Il s’ensuit naturellement que, puisque l’univers est éternel, Dieu est éternel.
L’âme doit également être éternelle. Pourquoi ? Tout d’abord, nous voyons que l’âme n’est pas matière. Elle n’est ni un corps grossier, ni un corps subtil, que nous appelons mental ou pensée. Elle n’est ni un corps physique, ni ce que, dans le christianisme, on appelle un corps spirituel. Le corps grossier et le corps spirituel sont sujets au changement. Le corps grossier change presque à chaque minute et meurt, tandis que le corps spirituel perdure de longues périodes, jusqu’à ce que l’on devienne libre ; alors, Lui aussi disparaît. Quand un homme devient libre, le corps spirituel se dissout. Le corps grossier se désagrège chaque fois qu’un homme meurt. Comme l’âme n’est constituée d’aucune particule, elle doit être indestructible. Qu’entendons-nous par destruction ? La destruction est la désagrégation des matières dont une chose est composée. Si ce verre est brisé en morceaux, les matières se désagrégeront, et ce sera la destruction du verre. La désagrégation des particules, voilà ce que nous entendons par destruction. Il s’ensuit naturellement que rien de ce qui n’est pas composé de particules ne peut être détruit, ne peut jamais se désagréger. L’âme n’est composée d’aucune matière. Elle est une unité indivisible. Elle doit donc être indestructible. Pour les mêmes raisons, elle doit également être sans commencement. Ainsi, l’âme est sans commencement ni fin.
Il existe trois entités. Voici la nature, qui est infinie, mais changeante. Toute la nature est sans commencement ni fin, mais elle connaît en son sein des changements multiples. Elle ressemble à un fleuve qui coule vers la mer depuis des milliers d’années. C’est toujours le même fleuve, mais il change à chaque instant ; les particules d’eau changent constamment de place. Il y a ensuite Dieu, immuable, le souverain ; et il y a l’âme, immuable comme Dieu, éternelle, mais soumise au souverain. L’un est le maître, l’autre le serviteur, et la troisième est la nature.
Puisque Dieu est la cause de la projection, de la perpétuation et de la dissolution de l’univers, la cause doit être présente pour produire l’effet. Mais ce n’est pas tout : la cause devient l’effet. Le verre est produit à partir de certaines matières et de certaines forces employées par le fabricant. Le verre contient ces forces ainsi que les matières. Les forces employées sont devenues la force d’adhésion ; si cette force disparaît, le verre se brisera. Les matières, elles aussi, se trouvent indubitablement dans le verre ; seule leur forme a changé. La cause est devenue l’effet. Partout où vous voyez un effet, vous pouvez toujours le ramener à une cause : la cause se manifeste sous la forme de l’effet. Il s’ensuit que, si Dieu est la cause de l’univers et que l’univers est l’effet, Dieu est devenu l’univers. Si les âmes sont l’effet et Dieu la cause, Dieu est devenu les âmes. Chaque âme est donc une partie de Dieu. « De même qu’une multitude d’étincelles jaillissent d’une masse de feu, ainsi, de l’Éternel, tout cet univers d’âmes est issu. »
Puisque Dieu est la cause de la projection, de la perpétuation et de la dissolution de l’univers, la cause doit être présente pour produire l’effet. Mais ce n’est pas tout : la cause devient l’effet. Le verre est produit à partir de certaines matières et de certaines forces employées par le fabricant. Le verre contient ces forces ainsi que les matières. Les forces employées sont devenues la force d’adhésion ; si cette force disparaît, le verre se brisera. Les matières, elles aussi, se trouvent indubitablement dans le verre ; seule leur forme a changé. La cause est devenue l’effet. Partout où vous voyez un effet, vous pouvez toujours le ramener à une cause : la cause se manifeste sous la forme de l’effet. Il s’ensuit que, si Dieu est la cause de l’univers et que l’univers est l’effet, Dieu est devenu l’univers. Si les âmes sont l’effet et Dieu la cause, Dieu est devenu les âmes. Chaque âme est donc une partie de Dieu. « De même qu’une multitude d’étincelles jaillissent d’une masse de feu, ainsi, de l’Éternel, tout cet univers d’âmes est issu. »
Nous avons vu qu’il existe le Dieu éternel, la nature éternelle, et aussi un nombre infini d’âmes éternelles. C’est le premier stade de la religion ; on l’appelle le dualisme : le stade où l’homme se voit éternellement séparé de Dieu, où Dieu est une entité distincte en lui-même, l’homme une entité distincte en lui-même et la nature une entité distincte en elle-même. C’est le dualisme, qui soutient que le sujet et l’objet s’opposent l’un à l’autre en toute chose. Quand l’homme regarde la nature, il est le sujet et la nature est l’objet. Il voit le dualisme entre le sujet et l’objet. Quand il regarde Dieu, il voit Dieu comme objet et lui-même comme sujet. Ils sont entièrement séparés. C’est le dualisme entre l’homme et Dieu. C’est généralement la première conception de la religion.
Vient ensuite une autre conception que je viens de vous exposer. L’homme commence à comprendre que si Dieu est la cause de l’univers et l’univers son effet, Dieu lui-même doit être devenu l’univers et les âmes, et que l’homme n’est qu’une particule dont Dieu est le tout. Nous ne sommes que de petits êtres, des étincelles de cette masse de feu, et l’univers entier est une manifestation de Dieu lui-même. C’est l’étape suivante. En sanskrit, on l’appelle Vishishtâdvaita. De même que j’ai ce corps, que ce corps enveloppe l’âme, et que l’âme est dans ce corps et le pénètre, de même cet univers entier, composé d’une infinité d’âmes et de la nature, forme pour ainsi dire le corps de Dieu. Lorsque vient la période d’involution, l’univers devient de plus en plus subtil, mais demeure le corps de Dieu. Lorsque vient la manifestation grossière, l’univers demeure aussi le corps de Dieu. De même que l’âme humaine est l’âme du corps et du mental humains, Dieu est le Soi de nos âmes. Vous avez tous entendu cette expression dans toutes les religions : « Soi de nos âmes ». Voilà ce qu’elle signifie. Il réside pour ainsi dire en elles, les guide et les gouverne toutes. Dans la première conception, celle du dualisme, chacun de nous est un individu, éternellement séparé de Dieu et de la nature. Dans la deuxième conception, nous sommes des individus, mais non séparés de Dieu. Nous sommes comme de petites particules flottant dans une masse unique, et cette masse est Dieu. Nous sommes des individus, mais ne faisons qu’un en Dieu. Nous sommes tous en Lui. Nous sommes tous des parties de Lui et, par conséquent, nous sommes Un. Et pourtant, entre l’homme et l’homme, entre l’homme et Dieu, il existe une individualité rigoureuse : distincts et pourtant non séparés.
Vient ensuite une question encore plus subtile. La question est la suivante : l’infini peut-il avoir des parties ?
Que signifie parler de parties de l’infini ? Si vous y réfléchissez, vous verrez que c’est impossible. L’infini ne peut être divisé, il demeure toujours infini. S’il pouvait être divisé, chaque partie serait infinie. Or, il ne peut y avoir deux infinis. Supposons qu’il y en ait deux : l’un limiterait l’autre, et tous deux seraient finis. L’infini ne peut être qu’un, indivisible. On parviendra ainsi à la conclusion que l’infini est un et non multiple, et qu’une seule Âme infinie se reflète à travers des milliers et des milliers de miroirs, apparaissant comme autant d’âmes différentes. C’est cette même Âme infinie, qui est le fondement de l’univers, que nous appelons Dieu. Cette même Âme infinie est aussi le fondement du mental humain, que nous appelons l’âme humaine.
Que signifie parler de parties de l’infini ? Si vous y réfléchissez, vous verrez que c’est impossible. L’infini ne peut être divisé, il demeure toujours infini. S’il pouvait être divisé, chaque partie serait infinie. Or, il ne peut y avoir deux infinis. Supposons qu’il y en ait deux : l’un limiterait l’autre, et tous deux seraient finis. L’infini ne peut être qu’un, indivisible. On parviendra ainsi à la conclusion que l’infini est un et non multiple, et qu’une seule Âme infinie se reflète à travers des milliers et des milliers de miroirs, apparaissant comme autant d’âmes différentes. C’est cette même Âme infinie, qui est le fondement de l’univers, que nous appelons Dieu. Cette même Âme infinie est aussi le fondement du mental humain, que nous appelons l’âme humaine.