(Donnée à Londres, le 12 novembre 1896)
Je vais vous raconter une très ancienne histoire tirée de la Chhândogya Upanishad, qui nous dit comment un garçon acquit la connaissance. La forme de l’histoire est très rudimentaire, mais nous verrons qu’elle renferme un principe. Un jeune garçon dit à sa mère : « Je vais étudier les Vedas. Dis-moi le nom de mon père et ma caste. » Sa mère n’était pas mariée et, en Inde, l’enfant d’une femme qui n’a pas été mariée est considéré comme un exclu ; il n’est pas reconnu par la société et n’a pas le droit d’étudier les Vedas. La pauvre mère lui dit donc : « Mon enfant, je ne connais pas le nom de ta famille ; j’étais au service de plusieurs personnes, dans différents endroits ; je ne sais pas qui est ton père, mais je m’appelle Jabâlâ et toi, tu t’appelles Satyakâma. » Le petit garçon alla trouver un sage et lui demanda de le prendre comme élève. Le sage lui demanda : « Quel est le nom de ton père et quelle est ta caste ? » Le garçon lui répéta ce qu’il avait entendu de sa mère. Le sage dit aussitôt : « Seul un Brâhmin pourrait dire de lui-même une vérité aussi accablante. Tu es un Brahmin, et je vais t’enseigner. Tu n’as pas dévié de la vérité. » Il garda donc le garçon auprès de lui et lui donna une éducation.
Je vais vous raconter une très ancienne histoire tirée de la Chhândogya Upanishad, qui nous dit comment un garçon acquit la connaissance. La forme de l’histoire est très rudimentaire, mais nous verrons qu’elle renferme un principe. Un jeune garçon dit à sa mère : « Je vais étudier les Vedas. Dis-moi le nom de mon père et ma caste. » Sa mère n’était pas mariée et, en Inde, l’enfant d’une femme qui n’a pas été mariée est considéré comme un exclu ; il n’est pas reconnu par la société et n’a pas le droit d’étudier les Vedas. La pauvre mère lui dit donc : « Mon enfant, je ne connais pas le nom de ta famille ; j’étais au service de plusieurs personnes, dans différents endroits ; je ne sais pas qui est ton père, mais je m’appelle Jabâlâ et toi, tu t’appelles Satyakâma. » Le petit garçon alla trouver un sage et lui demanda de le prendre comme élève. Le sage lui demanda : « Quel est le nom de ton père et quelle est ta caste ? » Le garçon lui répéta ce qu’il avait entendu de sa mère. Le sage dit aussitôt : « Seul un Brâhmin pourrait dire de lui-même une vérité aussi accablante. Tu es un Brahmin, et je vais t’enseigner. Tu n’as pas dévié de la vérité. » Il garda donc le garçon auprès de lui et lui donna une éducation.
Venons-en maintenant à quelques-unes des méthodes particulières d’éducation dans l’Inde ancienne. Ce maître donna à Satyakama quatre cents vaches maigres et faibles à garder, puis l’envoya dans la forêt. Il s’y rendit et y vécut quelque temps. Le maître lui avait dit de revenir lorsque le troupeau aurait atteint le nombre de mille. Quelques années plus tard, un jour, Satyakama entendit un grand taureau du troupeau lui dire : « Nous sommes mille maintenant ; ramène-nous auprès de ton maître. Je vais t’enseigner un peu de Brahman. » « Parle, maître », dit Satyakama. Le taureau dit alors : « L’Est est une partie du Seigneur, de même que l’Ouest, le Sud et le Nord. Les quatre points cardinaux sont les quatre parties de Brahman. Le feu aussi t’enseignera quelque chose de Brahman. » Le feu était un grand symbole en ces temps-là, et chaque étudiant devait se procurer du feu et faire des offrandes. Le lendemain, Satyakama se mit donc en route vers la demeure de son Guru. Le soir, après avoir accompli son oblation et rendu hommage au feu, tandis qu’il était assis près de celui-ci, il entendit une voix s’élever du feu : « Ô Satyakama. » « Parle, Seigneur », dit Satyakama. (Vous vous souvenez peut-être d’une histoire très semblable dans l’Ancien Testament, où Samuel entend une voix mystérieuse.) « Ô Satyakama, je suis venu t’enseigner un peu de Brahman. Cette terre est une partie de ce Brahman. Le ciel et les cieux en sont des parties. L’océan est une partie de ce Brahman. » Le feu ajouta qu’un certain oiseau lui enseignerait aussi quelque chose. Satyakama poursuivit son chemin et, le lendemain, après avoir accompli son sacrifice du soir, un cygne vint à lui et lui dit : « Je vais t’enseigner quelque chose au sujet de Brahman. Ce feu que tu vénères, ô Satyakama, est une partie de ce Brahman. Le soleil en est une partie, la lune en est une partie, l’éclair en est une partie. Un oiseau appelé Madgu t’en dira davantage. » Le soir suivant, cet oiseau vint, et Satyakama entendit une voix semblable : « Je vais t’enseigner quelque chose au sujet de Brahman. Le souffle est une partie de Brahman, la vue en est une partie, l’ouïe en est une partie, le mental en est une partie. » Le garçon arriva alors chez son maître et se présenta devant lui avec le respect qui lui était dû. À peine le maître eut-il vu ce disciple qu’il remarqua : « Satyakama, ton visage rayonne comme celui d’un connaisseur de Brahman ! Qui donc t’a enseigné ? » « Des êtres autres que des hommes », répondit Satyakama. « Mais je souhaite que vous m’enseigniez, maître. Car j’ai entendu des hommes tels que vous dire que la connaissance acquise uniquement auprès d’un Guru conduit au bien suprême. » Le sage lui enseigna alors la même connaissance qu’il avait reçue des dieux. « Et rien ne fut omis, oui, rien ne fut omis. »
Maintenant, au-delà des allégories de ce que le taureau, le feu et les oiseaux enseignèrent, nous voyons la tendance de la pensée et la direction qu’elle prenait à cette époque. La grande idée dont nous voyons ici le germe est que toutes ces voix se trouvent en nous-mêmes. À mesure que nous comprenons mieux ces vérités, nous découvrons que la voix est dans notre propre cœur, et l’étudiant comprit qu’il avait entendu la vérité tout au long de son parcours ; mais son explication n’était pas juste. Il interprétait la voix comme venant du monde extérieur, alors qu’elle était depuis toujours en lui. La deuxième idée qui se dégage est celle de rendre pratique la connaissance de Brahman. Le monde cherche toujours les possibilités pratiques de la religion, et nous voyons, dans ces récits, comment elle devenait chaque jour plus pratique. La vérité se manifestait à travers tout ce qui était familier aux étudiants. Le feu qu’ils adoraient était Brahman, la terre était une partie de Brahman, et ainsi de suite.
L’histoire suivante est celle d’Upakosala Kâmalâyana, disciple de ce Satyakama, qui était venu recevoir son enseignement et avait vécu auprès de lui quelque temps. Or Satyakama partit en voyage, et l’élève devint très abattu ; lorsque la femme du maître vint lui demander pourquoi il ne mangeait pas, le garçon répondit : « Je suis trop malheureux pour manger. » Alors une voix s’éleva du feu qu’il adorait et dit : « Cette vie est Brahman, Brahman est l’éther, et Brahman est le bonheur. Connais Brahman. » « Je sais, maître, répondit le garçon, que la vie est Brahman, mais je ne sais pas que Cela soit l’éther et le bonheur. » Alors la voix lui expliqua que les deux mots « éther » et « bonheur » désignaient en réalité une seule et même chose, à savoir l’éther conscient (l’intelligence pure) qui réside dans le cœur. Ainsi, elle lui enseigna Brahman en tant que vie et en tant qu’éther dans le cœur. Puis le feu lui enseigna : « Cette terre, la nourriture, le feu et le soleil que tu adores sont des formes de Brahman. La personne que l’on voit dans le soleil, c’est moi. Celui qui sait cela et médite sur Lui voit tous ses péchés disparaître ; il jouit d’une longue vie et devient heureux. Celui qui réside dans les points cardinaux, la lune, les étoiles et les eaux, c’est moi. Celui qui réside dans cette vie, l’éther, les cieux et la foudre, c’est moi. » Ici encore, nous voyons la même idée de religion pratique. Les choses qu’ils adoraient, comme le feu, le soleil, la lune, et ainsi de suite, ainsi que la voix qui leur était familière, constituent le sujet de récits qui les expliquent et leur donnent un sens supérieur. Et c’est là le côté véritablement pratique du Vedanta. Il ne détruit pas le monde, mais l’explique ; il ne détruit pas la personne, mais l’explique ; il ne détruit pas l’individualité, mais l’explique en montrant l’individualité véritable. Il ne prétend pas que ce monde est vain et n’existe pas, mais il dit : « Comprends ce qu’est ce monde, afin qu’il ne puisse pas te faire de mal. » La voix ne dit pas à Upakosala que le feu qu’il adorait, ou le soleil, ou la lune, ou la foudre, ou quoi que ce soit d’autre, était entièrement erroné ; elle lui montra que le même esprit qui se trouvait à l’intérieur du soleil, de la lune, de la foudre, du feu et de la terre se trouvait aussi en lui, si bien que tout, pour ainsi dire, se transforma aux yeux d’Upakosala. Le feu, qui n’était auparavant qu’un feu matériel destiné aux offrandes, prit un nouvel aspect et devint le Seigneur. La terre fut transformée, la vie fut transformée, le soleil, la lune, les étoiles, la foudre, tout fut transformé et divinisé. Leur nature véritable fut connue. Le thème du Vedanta est de voir le Seigneur en toute chose, de voir les choses dans leur nature véritable, et non telles qu’elles semblent être. Un autre enseignement est donné dans les Upanishads : « Celui qui resplendit à travers les yeux est Brahman ; Il est le Beau, Il est le Resplendissant. Il resplendit dans tous ces mondes. » Selon un commentateur, une certaine lumière particulière qui apparaît chez l’homme pur est ce que désigne la lumière dans les yeux ; on dit que lorsque l’homme est pur, une telle lumière brille dans ses yeux, et que cette lumière appartient véritablement à l’Âme qui est en lui et qui est partout. C’est la même lumière qui brille dans les planètes, les étoiles et les soleils.
Je vais maintenant vous lire une autre doctrine de ces anciennes Upanishads, sur la naissance, la mort, etc. Elle vous intéressera peut-être. Shvetaketu se rendit auprès du roi des Panchâlas, et le roi lui demanda : « Sais-tu où vont les gens quand ils meurent ? Sais-tu comment ils reviennent ? Sais-tu pourquoi l’autre monde ne se remplit pas ? » Le garçon répondit qu’il ne le savait pas. Il alla alors trouver son père et lui posa les mêmes questions. Son père dit : « Je ne sais pas », et il se rendit auprès du roi. Le roi dit que cette connaissance n’avait jamais été connue des prêtres, qu’elle n’appartenait qu’aux rois, et que c’était la raison pour laquelle les rois régnaient sur le monde. Cet homme resta quelque temps auprès du roi, car celui-ci dit qu’il allait le lui enseigner. « L’autre monde, ô Gautama, est le feu. Le soleil en est le combustible. Les rayons en sont la fumée. Le jour en est la flamme. La lune en est les braises. Et les étoiles en sont les étincelles. Dans ce feu, les dieux versent une libation de foi, et de cette libation naît le roi Soma. » Il poursuit ainsi. « Il n’est pas nécessaire que tu fasses une offrande à ce petit feu : le monde entier est ce feu, et cette offrande, ce culte, se poursuit sans cesse. Les dieux, les anges et tous les êtres lui rendent un culte. L’homme est le plus grand symbole du feu : le corps humain. » Ici aussi, nous voyons l’idéal devenir pratique, et Brahman se manifester en toute chose. Le principe qui sous-tend tous ces récits est que les symboles inventés peuvent être bons et utiles, mais qu’il existe déjà de meilleurs symboles que tous ceux que nous pouvons inventer. Vous pouvez inventer une image pour adorer Dieu, mais il en existe déjà une meilleure : l’homme vivant. Vous pouvez bâtir un temple pour y adorer Dieu, et cela peut être bien, mais il en existe déjà un meilleur, un bien supérieur : le corps humain.
Vous vous souvenez que les Vedas ont deux parties, la partie rituelle et la partie consacrée à la connaissance. Avec le temps, les cérémonies s’étaient multipliées et étaient devenues si complexes qu’il était presque impossible de s’y retrouver ; aussi, dans les Upanishads, voyons-nous les cérémonies presque entièrement abandonnées, mais avec douceur, en les expliquant. Nous voyons qu’autrefois, on faisait ces oblations et ces sacrifices ; puis vinrent les philosophes qui, au lieu d’arracher des mains des ignorants les symboles, au lieu d’adopter une position négative, que l’on trouve malheureusement si souvent dans les réformes modernes, leur donnèrent quelque chose pour les remplacer. « Voici le symbole du feu, leur dirent-ils. Très bien ! Mais voici un autre symbole : la terre. Quel symbole grandiose ! Voici ce petit temple, mais l’univers entier est un temple ; on peut adorer partout. Il y a ces figures particulières que les hommes tracent sur la terre, et il y a les autels, mais voici le plus grand des autels : le corps humain vivant et conscient ; et adorer à cet autel est bien supérieur à l’adoration de symboles inanimés. »
Nous abordons maintenant une doctrine singulière. Moi-même, je n’en comprends pas grand-chose.
Si vous pouvez y comprendre quelque chose, je vais vous la lire. Quand meurt un homme qui, par la méditation, s’est purifié et a acquis la connaissance, il va d’abord vers la lumière, puis de la lumière vers le jour, du jour vers la moitié claire de la lune, de là vers les six mois où le soleil se dirige vers le nord, de là vers l’année, de l’année vers le soleil, du soleil vers la lune, de la lune vers l’éclair ; et, lorsqu’il atteint la sphère de l’éclair, il rencontre une personne qui n’est pas humaine, et cette personne le conduit vers Brahman (conditionné). Telle est la voie des dieux. Quand les sages et les personnes avisées meurent, ils empruntent cette voie et ne reviennent pas. Ce que signifient ce mois et cette année, et toutes ces choses, personne ne le comprend clairement. Chacun donne sa propre interprétation, et certains disent que tout cela est absurde. Ce que signifie aller dans le monde de la lune et du soleil, et cette personne qui vient aider l’âme après qu’elle a atteint la sphère de l’éclair, personne ne le sait. Les Hindous pensent que la lune est un lieu où existe la vie, et nous verrons comment la vie en est venue. Ceux qui n’ont pas atteint la connaissance, mais qui ont accompli de bonnes actions au cours de cette vie, passent d’abord, après leur mort, par la fumée, puis par la nuit, ensuite par les quinze jours sombres, puis par les six mois où le soleil se dirige vers le sud ; de là, ils vont dans la région de leurs ancêtres, puis dans l’éther, puis dans la région de la lune, où ils deviennent la nourriture des dieux ; plus tard, ils naissent comme dieux et y vivent aussi longtemps que leurs bonnes actions le leur permettent. Et lorsque les effets de leurs bonnes actions se sont épuisés, ils reviennent sur terre par la même voie. Ils deviennent d’abord éther, puis air, puis fumée, puis brume, puis nuage, et tombent ensuite sur la terre sous forme de gouttes de pluie ; ils pénètrent alors dans la nourriture, que les êtres humains mangent, et finissent par devenir leurs enfants. Ceux dont les actions ont été très bonnes naissent dans de bonnes familles, et ceux dont les actions ont été mauvaises connaissent de mauvaises naissances, même dans des corps animaux. Les animaux viennent sans cesse sur cette terre et la quittent. C’est pourquoi la terre n’est ni pleine ni vide.
Si vous pouvez y comprendre quelque chose, je vais vous la lire. Quand meurt un homme qui, par la méditation, s’est purifié et a acquis la connaissance, il va d’abord vers la lumière, puis de la lumière vers le jour, du jour vers la moitié claire de la lune, de là vers les six mois où le soleil se dirige vers le nord, de là vers l’année, de l’année vers le soleil, du soleil vers la lune, de la lune vers l’éclair ; et, lorsqu’il atteint la sphère de l’éclair, il rencontre une personne qui n’est pas humaine, et cette personne le conduit vers Brahman (conditionné). Telle est la voie des dieux. Quand les sages et les personnes avisées meurent, ils empruntent cette voie et ne reviennent pas. Ce que signifient ce mois et cette année, et toutes ces choses, personne ne le comprend clairement. Chacun donne sa propre interprétation, et certains disent que tout cela est absurde. Ce que signifie aller dans le monde de la lune et du soleil, et cette personne qui vient aider l’âme après qu’elle a atteint la sphère de l’éclair, personne ne le sait. Les Hindous pensent que la lune est un lieu où existe la vie, et nous verrons comment la vie en est venue. Ceux qui n’ont pas atteint la connaissance, mais qui ont accompli de bonnes actions au cours de cette vie, passent d’abord, après leur mort, par la fumée, puis par la nuit, ensuite par les quinze jours sombres, puis par les six mois où le soleil se dirige vers le sud ; de là, ils vont dans la région de leurs ancêtres, puis dans l’éther, puis dans la région de la lune, où ils deviennent la nourriture des dieux ; plus tard, ils naissent comme dieux et y vivent aussi longtemps que leurs bonnes actions le leur permettent. Et lorsque les effets de leurs bonnes actions se sont épuisés, ils reviennent sur terre par la même voie. Ils deviennent d’abord éther, puis air, puis fumée, puis brume, puis nuage, et tombent ensuite sur la terre sous forme de gouttes de pluie ; ils pénètrent alors dans la nourriture, que les êtres humains mangent, et finissent par devenir leurs enfants. Ceux dont les actions ont été très bonnes naissent dans de bonnes familles, et ceux dont les actions ont été mauvaises connaissent de mauvaises naissances, même dans des corps animaux. Les animaux viennent sans cesse sur cette terre et la quittent. C’est pourquoi la terre n’est ni pleine ni vide.
Nous pouvons également tirer de ce passage plusieurs idées et, plus tard peut-être, nous serons en mesure de mieux le comprendre et de spéculer un peu sur sa signification. La dernière partie, qui traite du retour de ceux qui ont séjourné au ciel, est peut-être plus claire que la première ; mais l’idée générale semble être qu’il n’existe pas de ciel permanent sans la réalisation de Dieu. Or, certaines personnes qui n’ont pas réalisé Dieu, mais qui ont accompli de bonnes œuvres en ce monde dans le but d’en jouir des fruits, traversent, après leur mort, tel ou tel lieu, jusqu’à atteindre le ciel. Là, elles renaissent comme nous ici-bas, enfants des dieux, et y vivent aussi longtemps que leurs bonnes œuvres le leur permettent. Il en découle une idée fondamentale du Vedānta : tout ce qui a un nom et une forme est transitoire. Cette terre est transitoire, parce qu’elle a un nom et une forme ; les cieux doivent donc l’être aussi, puisque le nom et la forme y demeurent également. Un ciel éternel serait une contradiction dans les termes, car tout ce qui a un nom et une forme doit commencer dans le temps, exister dans le temps et finir dans le temps. Ce sont là des doctrines établies du Vedānta ; aussi les cieux sont-ils abandonnés.
Nous avons vu dans le Samhitâ que le ciel était conçu comme éternel, tout comme chez les musulmans et les chrétiens. Les musulmans le décrivent avec un peu plus de précision. Ils disent que c’est un lieu où se trouvent des jardins, sous lesquels coulent des rivières. Dans le désert d’Arabie, l’eau est très précieuse ; aussi le musulman imagine-t-il toujours son ciel comme un lieu abondamment pourvu en eau. Je suis né dans un pays où il pleut six mois par an. J’imaginerais le ciel, je suppose, comme un lieu sec, et les Anglais aussi. Ces cieux du Samhita sont éternels ; les défunts ont de beaux corps et vivent avec leurs ancêtres, heureux pour toujours. Ils y retrouvent leurs parents, leurs enfants et leurs autres proches, et mènent une vie à peu près semblable à celle d’ici-bas, mais bien plus heureuse. Toutes les difficultés et les entraves au bonheur de cette vie ont disparu ; seuls en subsistent les bons côtés et les plaisirs. Cependant, si confortable que l’humanité puisse trouver cet état de choses, la vérité est une chose, le confort en est une autre. Il arrive que la vérité ne soit pas réconfortante jusqu’à ce que nous en atteignions le terme. La nature humaine est très conservatrice. Elle fait quelque chose, puis, une fois qu’elle l’a fait, peine à s’en détacher. Le mental refuse d’accueillir de nouvelles idées, parce qu’elles apportent de l’inconfort.
Dans les Upanishads, nous voyons s’opérer un changement considérable. Il est déclaré que ces cieux où les hommes vivent avec leurs ancêtres après la mort ne peuvent être permanents, puisqu’il est évident que tout ce qui a un nom et une forme doit mourir. S’il existe des cieux dotés de formes, ils doivent disparaître avec le temps ; ils peuvent durer des millions d’années, mais viendra nécessairement un moment où ils devront s’évanouir. De cette idée en est née une autre : ces âmes doivent revenir sur terre, et les cieux sont des lieux où elles jouissent des fruits de leurs bonnes œuvres ; une fois ces effets épuisés, elles reviennent à la vie terrestre. Une chose ressort clairement de cela : dès les premiers temps, l’humanité avait déjà une perception de la philosophie de la causalité. Plus tard, nous verrons comment nos philosophes l’exposent dans le langage de la philosophie et de la logique ; mais ici, c’est presque le langage des enfants. Vous remarquerez peut-être, en lisant ces livres, que tout relève de la perception intérieure. Si vous me demandez si cela peut être mis en pratique, je vous répondrai que cela a d’abord été mis en pratique, puis développé en philosophie. Vous pouvez voir que ces choses ont d’abord été perçues et réalisées, puis mises par écrit. Le monde parlait aux premiers penseurs. Les oiseaux leur parlaient, les animaux leur parlaient, le soleil et la lune leur parlaient ; et peu à peu, ils ont pris conscience des choses et pénétré au cœur de la nature. Ce n’est pas par la réflexion, ni par la force de la logique, ni en pillant les cerveaux d’autrui pour produire un gros livre, comme c’est la mode de nos jours, ni même comme je le fais, en prenant l’un de leurs écrits pour en tirer une longue conférence, mais par une recherche et une découverte patientes qu’ils ont trouvé la vérité. Sa méthode essentielle était la pratique, et il doit toujours en être ainsi. La religion est toujours une science pratique ; il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais, de religion théologique. C’est d’abord la pratique, puis la connaissance. L’idée du retour des âmes est déjà présente. Ceux qui accomplissent de bonnes œuvres dans l’espoir d’obtenir un résultat l’obtiennent, mais ce résultat n’est pas permanent. Nous y voyons très clairement exposée l’idée de causalité : l’effet n’est que proportionnel à la cause. Tel est le caractère de la cause, tel sera celui de l’effet. Si la cause est finie, l’effet doit être fini. Si la cause est éternelle, l’effet peut être éternel ; mais toutes ces causes — accomplir de bonnes œuvres et les autres actions — ne sont que des causes finies et ne peuvent donc produire un résultat infini.
Nous arrivons maintenant à l’autre aspect de la question. De même qu’il ne peut y avoir de ciel éternel, pour les mêmes raisons, il ne peut y avoir d’enfer éternel. Supposons que je sois un homme très méchant, faisant le mal à chaque instant de ma vie. Pourtant, toute ma vie ici-bas, comparée à ma vie éternelle, n’est rien. S’il existe un châtiment éternel, cela signifie qu’une cause finie produit un effet infini, ce qui est impossible. Si je fais le bien toute ma vie, je ne peux pas obtenir un ciel infini ; ce serait commettre la même erreur. Mais il existe une troisième voie, qui s’applique à ceux qui ont connu la Vérité, à ceux qui l’ont réalisée. C’est la seule manière de dépasser ce voile de Mâyâ : réaliser ce qu’est la Vérité ; et les Upanishads indiquent ce que signifie réaliser la Vérité.
Cela signifie ne reconnaître ni le bien ni le mal, mais savoir que tout vient du Soi ; le Soi est en toute chose. Cela signifie nier l’univers ; fermer les yeux sur lui ; voir le Seigneur en enfer aussi bien qu’au ciel ; voir le Seigneur dans la mort aussi bien que dans la vie. Telle est la ligne de pensée du passage que je vous ai lu : la terre est un symbole du Seigneur, le ciel est le Seigneur, le lieu que nous occupons est le Seigneur, tout est Brahman. Et cela doit être vu, réalisé, et non simplement évoqué ou pensé. Nous pouvons en voir la conséquence logique : lorsque l’âme a réalisé que tout est rempli du Seigneur, de Brahman, elle ne se souciera pas de savoir si elle va au ciel, en enfer ou ailleurs ; si elle renaît sur cette terre ou au ciel. Ces choses ont cessé d’avoir le moindre sens pour cette âme, car tout lieu est le même, tout lieu est le temple du Seigneur, tout lieu est devenu sacré et la présence du Seigneur est tout ce qu’elle voit au ciel, en enfer ou ailleurs. Ni le bien ni le mal, ni la vie ni la mort : seul existe l’unique Brahman infini.
Cela signifie ne reconnaître ni le bien ni le mal, mais savoir que tout vient du Soi ; le Soi est en toute chose. Cela signifie nier l’univers ; fermer les yeux sur lui ; voir le Seigneur en enfer aussi bien qu’au ciel ; voir le Seigneur dans la mort aussi bien que dans la vie. Telle est la ligne de pensée du passage que je vous ai lu : la terre est un symbole du Seigneur, le ciel est le Seigneur, le lieu que nous occupons est le Seigneur, tout est Brahman. Et cela doit être vu, réalisé, et non simplement évoqué ou pensé. Nous pouvons en voir la conséquence logique : lorsque l’âme a réalisé que tout est rempli du Seigneur, de Brahman, elle ne se souciera pas de savoir si elle va au ciel, en enfer ou ailleurs ; si elle renaît sur cette terre ou au ciel. Ces choses ont cessé d’avoir le moindre sens pour cette âme, car tout lieu est le même, tout lieu est le temple du Seigneur, tout lieu est devenu sacré et la présence du Seigneur est tout ce qu’elle voit au ciel, en enfer ou ailleurs. Ni le bien ni le mal, ni la vie ni la mort : seul existe l’unique Brahman infini.
Selon le Vedanta, lorsqu’un homme est parvenu à cette perception, il est devenu libre, et c’est le seul homme qui soit apte à vivre dans ce monde. Les autres ne le sont pas. L’homme qui voit le mal, comment peut-il vivre dans ce monde ? Sa vie est un amas de souffrances. L’homme qui voit les dangers mène une vie misérable ; l’homme qui voit la mort mène une vie misérable. Seul cet homme peut vivre dans ce monde, seul il peut dire : « Je jouis de cette vie, et je suis heureux dans cette vie. » Celui qui a vu la Vérité, et la Vérité en toute chose. À propos, je peux vous dire que l’idée de l’enfer n’apparaît nulle part dans les Vedas. Elle vient bien plus tard, avec les Purânas. Selon les Vedas, le pire châtiment consiste à revenir sur terre et à avoir une autre chance dans ce monde. Dès le début, nous voyons que l’idée prend une tournure impersonnelle. Les idées de châtiment et de récompense sont très matérielles, et elles ne s’accordent qu’avec l’idée d’un Dieu humain, qui aime les uns et hait les autres, comme nous le faisons. Le châtiment et la récompense ne sont admissibles qu’avec l’existence d’un tel Dieu. Ils avaient un tel Dieu dans le Samhita, et nous y voyons apparaître l’idée de la peur ; mais dès que nous arrivons aux Upanishads, l’idée de la peur s’évanouit et l’idée impersonnelle prend sa place. C’est naturellement la chose la plus difficile à comprendre pour l’homme, cette idée impersonnelle, car il s’accroche toujours à la personne. Même les gens que l’on tient pour de grands penseurs éprouvent du dégoût pour l’idée d’un Dieu impersonnel. Mais il me semble si absurde de penser à Dieu comme à un homme incarné. Quelle est l’idée la plus élevée : un Dieu vivant ou un Dieu mort ? Un Dieu que personne ne voit, que personne ne connaît, ou un Dieu connu ?
Le Dieu impersonnel est un Dieu vivant, un principe. Voici en quoi le personnel diffère de l’impersonnel : le personnel n’est qu’un homme, tandis que, dans l’idée impersonnelle, Il est l’ange, l’homme, l’animal, et pourtant quelque chose de plus encore, que nous ne pouvons voir, car l’impersonnel comprend toutes les personnalités, est la somme totale de tout ce qui existe dans l’univers, et infiniment davantage. « De même que le feu unique, en pénétrant dans le monde, se manifeste sous tant de formes, et pourtant est infiniment davantage », ainsi en va-t-il de l’Impersonnel.
Nous voulons adorer un Dieu vivant. Toute ma vie, je n’ai rien vu d’autre que Dieu, et vous non plus. Pour voir cette chaise, vous voyez d’abord Dieu, puis la chaise en Lui et à travers Lui. Il est partout et dit : « Je suis. » Dès l’instant où vous sentez « Je suis », vous avez conscience de l’existence. Où irions-nous chercher Dieu si nous ne pouvons pas Le voir dans notre propre cœur et en tout être vivant ? « Tu es l’homme, Tu es la femme, Tu es la jeune fille, et Tu es le garçon. Tu es le vieillard qui titube en s’appuyant sur un bâton. Tu es le jeune homme qui marche, fier de sa force. » Tu es tout ce qui existe, un Dieu vivant merveilleux, qui est la seule réalité de l’univers. Pour beaucoup, cela semble contredire terriblement le Dieu traditionnel, qui vit quelque part derrière un voile et que personne ne voit jamais. Les prêtres ne font que nous assurer que si nous les suivons, écoutons leurs avertissements et marchons dans la voie qu’ils nous tracent, alors, à notre mort, ils nous donneront un passeport qui nous permettra de voir le visage de Dieu ! Que sont toutes ces idées de paradis, sinon de simples variantes de ce charlatanisme sacerdotal absurde ?
Nous voulons adorer un Dieu vivant. Toute ma vie, je n’ai rien vu d’autre que Dieu, et vous non plus. Pour voir cette chaise, vous voyez d’abord Dieu, puis la chaise en Lui et à travers Lui. Il est partout et dit : « Je suis. » Dès l’instant où vous sentez « Je suis », vous avez conscience de l’existence. Où irions-nous chercher Dieu si nous ne pouvons pas Le voir dans notre propre cœur et en tout être vivant ? « Tu es l’homme, Tu es la femme, Tu es la jeune fille, et Tu es le garçon. Tu es le vieillard qui titube en s’appuyant sur un bâton. Tu es le jeune homme qui marche, fier de sa force. » Tu es tout ce qui existe, un Dieu vivant merveilleux, qui est la seule réalité de l’univers. Pour beaucoup, cela semble contredire terriblement le Dieu traditionnel, qui vit quelque part derrière un voile et que personne ne voit jamais. Les prêtres ne font que nous assurer que si nous les suivons, écoutons leurs avertissements et marchons dans la voie qu’ils nous tracent, alors, à notre mort, ils nous donneront un passeport qui nous permettra de voir le visage de Dieu ! Que sont toutes ces idées de paradis, sinon de simples variantes de ce charlatanisme sacerdotal absurde ?
Bien sûr, l’idée impersonnelle est très destructrice : elle ôte tout commerce aux prêtres, aux églises et aux temples. Il y a maintenant une famine en Inde, mais il y a des temples dans chacun desquels se trouvent des joyaux valant une rançon royale ! Si les prêtres enseignaient cette idée impersonnelle au peuple, leur métier disparaîtrait. Pourtant, nous devons l’enseigner sans égoïsme, sans cléricalisme. Tu es Dieu et moi aussi ; qui obéit à qui ? Qui adore qui ? Tu es le plus haut temple de Dieu ; je préférerais T’adorer plutôt que n’importe quel temple, image ou Bible. Pourquoi certaines personnes sont-elles si contradictoires dans leur pensée ? Elles sont comme des poissons qui nous glissent entre les doigts. Elles disent qu’elles sont des hommes pratiques au jugement solide. Très bien. Mais qu’y a-t-il de plus pratique que d’adorer ici, de t’adorer ? Je te vois, je Te sens, et je sais que tu es Dieu. Le musulman dit : il n’y a pas de Dieu si ce n’est Allah. Le Vedānta dit : rien n’existe qui ne soit Dieu. Cela en effraiera peut-être beaucoup parmi vous, mais vous le comprendrez peu à peu. Le Dieu vivant est en vous, et pourtant vous bâtissez des églises et des temples, et vous croyez toutes sortes d’absurdités imaginaires. Le seul Dieu à adorer est l’âme humaine dans le corps humain. Bien sûr, tous les animaux sont aussi des temples, mais l’homme est le plus élevé, le Taj Mahal des temples. Si je ne peux pas adorer dans celui-là, aucun autre temple ne me sera d’aucune utilité. Dès l’instant où j’ai réalisé que Dieu siège dans le temple de chaque corps humain, dès l’instant où je me tiens avec révérence devant chaque être humain et vois Dieu en lui — à cet instant, je suis libéré de l’asservissement, tout ce qui m’entrave disparaît, et je suis libre.
C’est la forme de culte la plus pratique qui soit. Elle n’a rien à voir avec les théories et les spéculations. Pourtant, elle effraie beaucoup de gens. Ils disent qu’elle n’est pas juste. Ils continuent à théoriser sur de vieux idéaux que leurs grands-pères leur ont transmis : quelque part dans le ciel, un Dieu aurait dit à quelqu’un qu’il était Dieu. Depuis lors, nous n’avons que des théories. Selon eux, voilà ce qu’est la pratique, tandis que nos idées seraient impraticables ! Il ne fait aucun doute que le Vedānta affirme que chacun doit suivre sa propre voie, mais la voie n’est pas le but. Le culte d’un Dieu dans le ciel et toutes ces choses ne sont pas mauvais, mais ce ne sont que des étapes vers la Vérité, et non la Vérité elle-même. Ils sont bons et beaux, et contiennent des idées merveilleuses, mais le Vedānta affirme à chaque instant : « Mon ami, Celui que vous adorez comme inconnu, je l’adore comme toi. Celui que vous adorez comme inconnu et que vous cherchez dans tout l’univers est avec vous depuis toujours. Vous vivez par Lui, et Il est le Témoin éternel de l’univers. Celui qu’adorent tous les Veda, bien plus, Celui qui est toujours présent dans le “Je” éternel. Parce qu’Il existe, l’univers entier existe. Il est la lumière et la vie de l’univers. Si le “Je” n’était pas en vous, vous ne verriez pas le soleil : tout serait une masse obscure. C’est Lui qui brille, et vous voyez le monde. »
Une question est généralement posée, et c’est celle-ci : cela pourrait engendrer d’immenses difficultés. Chacun de nous se dira : « Je suis Dieu, et tout ce que je fais ou pense doit être bon, car Dieu ne peut faire aucun mal. » Tout d’abord, même en admettant ce risque de mauvaise interprétation, peut-on prouver que le même risque n’existe pas de l’autre côté ? Les gens ont adoré un Dieu dans les cieux, séparé d’eux, dont ils ont grand-peur. Ils sont nés en tremblant de peur, et toute leur vie, ils continueront à trembler. Le monde en est-il devenu beaucoup meilleur ? Parmi ceux qui ont compris et adoré un Dieu personnel et ceux qui ont compris et adoré un Dieu impersonnel, de quel côté se trouvent les grands artisans du monde — les êtres d’une puissance gigantesque, les forces morales gigantesques ? Certainement du côté de l’impersonnel. Comment peut-on espérer que la moralité se développe par la peur ? C’est impossible. « Là où l’on voit un autre, où l’on en entend un autre, là est Māyā. Quand on ne voit plus d’autre, quand on n’entend plus d’autre, quand tout est devenu l’ātman, qui voit qui, qui perçoit qui ? » Tout est Lui, et tout est moi, en même temps. L’âme est devenue pure. Alors, et alors seulement, nous comprenons ce qu’est l’amour. L’amour ne peut naître de la peur ; il a pour fondement la liberté. Quand nous commençons vraiment à aimer le monde, nous comprenons ce que signifient la fraternité ou l’humanité, et pas avant.
Ainsi, il n’est pas juste de dire que l’idée impersonnelle entraînera une quantité considérable de mal dans le monde, comme si l’autre doctrine ne s’était jamais prêtée à des actes mauvais, comme si elle n’avait pas engendré le sectarisme, inondant le monde de sang et poussant les hommes à s’entre-déchirer. « Mon Dieu est le plus grand des dieux, décidons-en par un combat à mort. » Voilà le résultat du dualisme partout dans le monde. Venez au grand jour, sortez des sentiers étroits et étriqués, car comment l’âme infinie pourrait-elle se contenter de vivre et de mourir dans d’étroits ornières ? Venez dans l’univers de Lumière. Tout dans l’univers vous appartient, tendez les bras et embrassez-le avec amour. Si jamais vous avez senti que vous vouliez faire cela, vous avez senti Dieu.
Vous vous souvenez de ce passage du sermon de Bouddha, où il envoya une pensée d’amour vers le sud, le nord, l’est et l’ouest, vers le haut et vers le bas, jusqu’à ce que tout l’univers soit rempli de cet amour, si grand, si vaste et infini. Lorsque vous éprouvez ce sentiment, vous avez une véritable personnalité. Tout l’univers ne forme qu’une seule personne ; renoncez aux petites choses. Abandonnez le petit pour l’Infini, renoncez aux petits plaisirs pour la félicité infinie. Tout vous appartient, car l’Impersonnel englobe le Personnel. Dieu est donc à la fois personnel et impersonnel. Et l’Homme, l’Homme infini et impersonnel, se manifeste sous la forme d’une personne. Nous, l’infini, nous nous sommes, pour ainsi dire, limités à de petites parties. Le Vedanta affirme que l’infinité est notre vraie nature ; elle ne disparaîtra jamais, elle demeurera à jamais. Mais nous nous limitons par notre Karma, qui, telle une chaîne autour de notre cou, nous a entraînés dans cette limitation. Brisez cette chaîne et soyez libres. Foulez la loi aux pieds. Il n’y a pas de loi dans la nature humaine, il n’y a ni destinée ni fatalité. Comment pourrait-il y avoir une loi dans l’infini ? La liberté en est le mot d’ordre. La liberté est sa nature, son droit de naissance. Soyez libres, et prenez alors autant de personnalités que vous le souhaitez. Nous jouerons alors comme l’acteur qui monte sur scène et interprète le rôle d’un mendiant. Comparez-le au véritable mendiant qui arpente les rues. La scène est peut-être la même dans les deux cas, les paroles aussi, peut-être, mais quelle différence pourtant ! L’un prend plaisir à sa mendicité, tandis que l’autre en souffre misérablement. Et qu’est-ce qui fait cette différence ? L’un est libre, l’autre est lié. L’acteur sait que sa mendicité n’est pas réelle, qu’il l’a endossée pour jouer, tandis que le véritable mendiant croit que c’est là son état habituel et qu’il doit le supporter, qu’il le veuille ou non. Telle est la loi. Tant que nous ne connaissons pas notre vraie nature, nous sommes des mendiants, ballottés par toutes les forces de la nature et réduits en esclavage par tout ce qui est dans la nature ; nous appelons au secours partout dans le monde, mais jamais le secours ne vient ; nous implorons des êtres imaginaires, et pourtant il ne vient jamais. Mais nous continuons d’espérer que le secours viendra, et ainsi, dans les pleurs, les lamentations et l’espoir, une vie s’écoule, tandis que le même jeu se poursuit, encore et encore.
Soyez libre ; n’attendez rien de personne. Je suis certain que si vous repensez à vos vies, vous constaterez que vous avez toujours vainement cherché de l’aide auprès des autres, sans jamais en recevoir. Toute l’aide qui vous est parvenue venait de l’intérieur de vous-mêmes. Vous n’avez récolté que les fruits de vos propres efforts, et pourtant, étrangement, vous n’avez cessé d’espérer de l’aide. Le salon d’un homme riche est toujours plein ; mais si vous y prêtez attention, vous n’y retrouvez pas les mêmes personnes. Les visiteurs espèrent toujours obtenir quelque chose de ces hommes riches, mais ils n’y parviennent jamais. Ainsi se passent nos vies à espérer, espérer, espérer, sans que cela prenne jamais fin. Renoncez à l’espoir, dit le Vedanta. Pourquoi espérer ? Vous avez tout, bien plus, vous êtes tout. Qu’espérez-vous donc ? Si un roi devenait fou et courait partout à la recherche du roi de son pays, il ne le trouverait jamais, car il est lui-même le roi. Il pourrait parcourir chaque village et chaque ville de son royaume, chercher dans chaque maison, pleurer et se lamenter, mais il ne le trouverait jamais, car il est lui-même le roi. Mieux vaut savoir que nous sommes Dieu et renoncer à cette quête insensée pour Le trouver ; sachant que nous sommes Dieu, nous devenons heureux et satisfaits. Renoncez à toutes ces poursuites folles, puis jouez votre rôle dans l’univers, comme un acteur sur la scène.
La vision tout entière se transforme et, au lieu d’une prison éternelle, ce monde est devenu un terrain de jeu ; au lieu d’un lieu de compétition, c’est un lieu de félicité, où règne un printemps perpétuel, où les fleurs s’épanouissent et où les papillons voltigent. Ce monde même devient le ciel, lui qui était auparavant l’enfer. Aux yeux des êtres liés, c’est un immense lieu de tourments, mais aux yeux des êtres libres, il en va tout autrement. Cette vie-ci est la vie universelle ; les cieux et tous ces lieux se trouvent ici. Tous les dieux sont ici, les prototypes de l’homme. Les dieux n’ont pas créé l’homme à leur image ; c’est l’homme qui a créé les dieux. Et les prototypes sont ici : Indra est ici, Varuna est ici, ainsi que tous les dieux de l’univers. Nous avons projeté nos petits doubles, et nous sommes les originaux de ces dieux ; nous sommes les véritables, les seuls dieux dignes d’être adorés. Telle est la vision du Vedanta, et telle est sa mise en pratique. Lorsque nous serons devenus libres, nul besoin pour nous de sombrer dans la folie, de rejeter la société et de nous précipiter dans la forêt ou dans une grotte pour y mourir ; nous resterons là où nous étions, mais nous comprendrons toute la chose. Les mêmes phénomènes subsisteront, mais avec un sens nouveau. Nous ne connaissons pas encore le monde ; c’est seulement par la liberté que nous voyons ce qu’il est et que nous comprenons sa nature. Nous verrons alors que cette prétendue loi, ou ce prétendu destin, n’occupait qu’une part infime de notre nature. Ce n’en était qu’un aspect ; mais, de l’autre côté, il y avait la liberté depuis toujours. Nous l’ignorions, et c’est pourquoi nous avons tenté d’échapper au mal en enfouissant notre visage dans le sol, comme le lièvre traqué. Par illusion, nous avons tenté d’oublier notre nature, et pourtant nous ne le pouvions pas ; elle nous appelait sans cesse, et toute notre quête de Dieu ou des dieux, ou de la liberté extérieure, était une quête de notre nature véritable. Nous nous sommes mépris sur la voix. Nous avons cru qu’elle venait du feu, d’un dieu, du soleil, de la lune ou des étoiles, mais nous avons fini par découvrir qu’elle venait de nous-mêmes. En nous-mêmes retentit cette voix éternelle qui parle de liberté éternelle ; sa musique ne cesse jamais. Une partie de cette musique de l’Âme est devenue la terre, la loi, cet univers, mais elle a toujours été à nous et le sera toujours. En un mot, l’idéal du Vedanta est de connaître l’homme tel qu’il est réellement, et voici son message : si vous ne pouvez adorer votre prochain, Dieu manifesté, comment pourriez-vous adorer un Dieu qui ne s’est pas manifesté ?
Ne vous souvenez-vous pas de ce que dit la Bible : « Si vous ne pouvez aimer votre frère que vous avez vu, comment pouvez-vous aimer Dieu que vous n’avez pas vu ? » Si vous ne pouvez voir Dieu dans le visage humain, comment pouvez-vous le voir dans les nuages, ou dans des images faites de matière inerte et morte, ou dans de simples histoires imaginées par notre cerveau ? Je vous dirai religieux à partir du jour où vous commencerez à voir Dieu dans les hommes et les femmes, et alors vous comprendrez ce que signifie tendre l’autre joue à celui qui vous frappe sur la joue droite. Lorsque vous voyez Dieu dans l’homme, tout vous sera le bienvenu, même le tigre. Tout ce qui vous arrive n’est autre que le Seigneur, l’Éternel, le Bienheureux, qui nous apparaît sous différentes formes : notre père, notre mère, notre ami, notre enfant — c’est notre propre âme qui joue avec nous.
De même que nos relations humaines peuvent ainsi devenir divines, notre relation avec Dieu peut prendre l’une ou l’autre de ces formes, et nous pouvons le considérer comme notre père, notre mère, notre ami ou notre bien-aimé. Appeler Dieu Mère est un idéal plus élevé que de l’appeler Père ; l’appeler Ami est encore plus élevé ; mais le plus haut est de le considérer comme le Bien-Aimé. Le point culminant est de ne voir aucune différence entre l’amant et l’aimé. Vous vous souvenez peut-être de cette ancienne histoire persane : un amant vint frapper à la porte de sa bien-aimée, et on lui demanda : « Qui êtes-vous ? » Il répondit : « C’est moi », et il n’y eut aucune réponse. Il revint une seconde fois et s’écria : « Je suis là », mais la porte ne s’ouvrit pas. Il revint une troisième fois, et la voix demanda de l’intérieur : « Qui est là ? » Il répondit : « Je suis toi-même, ma bien-aimée », et la porte s’ouvrit.
Telle est la relation entre Dieu et nous-mêmes. Il est en tout, Il est tout. Chaque homme et chaque femme est le Dieu tangible, bienheureux et vivant. Qui dit que Dieu est inconnu ? Qui dit qu’il faut Le chercher ? Nous avons trouvé Dieu de toute éternité. Nous vivons en Lui de toute éternité ; partout, Il est connu de toute éternité, adoré de toute éternité.
De même que nos relations humaines peuvent ainsi devenir divines, notre relation avec Dieu peut prendre l’une ou l’autre de ces formes, et nous pouvons le considérer comme notre père, notre mère, notre ami ou notre bien-aimé. Appeler Dieu Mère est un idéal plus élevé que de l’appeler Père ; l’appeler Ami est encore plus élevé ; mais le plus haut est de le considérer comme le Bien-Aimé. Le point culminant est de ne voir aucune différence entre l’amant et l’aimé. Vous vous souvenez peut-être de cette ancienne histoire persane : un amant vint frapper à la porte de sa bien-aimée, et on lui demanda : « Qui êtes-vous ? » Il répondit : « C’est moi », et il n’y eut aucune réponse. Il revint une seconde fois et s’écria : « Je suis là », mais la porte ne s’ouvrit pas. Il revint une troisième fois, et la voix demanda de l’intérieur : « Qui est là ? » Il répondit : « Je suis toi-même, ma bien-aimée », et la porte s’ouvrit.
Telle est la relation entre Dieu et nous-mêmes. Il est en tout, Il est tout. Chaque homme et chaque femme est le Dieu tangible, bienheureux et vivant. Qui dit que Dieu est inconnu ? Qui dit qu’il faut Le chercher ? Nous avons trouvé Dieu de toute éternité. Nous vivons en Lui de toute éternité ; partout, Il est connu de toute éternité, adoré de toute éternité.
Puis vient une autre idée : les autres formes de culte ne sont pas des erreurs. C’est l’un des grands points à retenir : ceux qui adorent Dieu par des cérémonies et des formes, aussi rudimentaires que nous puissions les juger, ne sont pas dans l’erreur. C’est un cheminement de vérité en vérité, d’une vérité inférieure à une vérité supérieure. Les ténèbres sont une lumière moindre ; le mal, un bien moindre ; l’impureté, une pureté moindre. Il faut toujours garder à l’esprit que nous devons regarder les autres avec amour et compassion, en sachant qu’ils suivent le même chemin que celui que nous avons parcouru. Si vous êtes libre, vous devez savoir que tous le seront tôt ou tard ; et si vous êtes libre, comment pouvez-vous voir l’impermanent ? Si vous êtes réellement pur, comment voyez-vous l’impur ? Car ce qui est à l’intérieur se trouve à l’extérieur. Nous ne pouvons voir l’impureté sans l’avoir en nous. Voilà l’un des aspects pratiques du Vedanta, et j’espère que nous essaierons tous de le mettre en pratique dans nos vies. Toute notre vie ici consiste à le mettre en pratique ; mais le grand avantage que nous en retirons, c’est que nous travaillerons avec satisfaction et contentement, au lieu d’être mécontents et insatisfaits, car nous savons que la Vérité est en nous, qu’elle nous appartient de naissance, et qu’il nous suffit de la manifester et de la rendre tangible.