Hindouisme

Vedanta pratique et autres conférences — Vedanta pratique : partie I

(Prononcé à Londres, le 10 novembre 1896)
On m’a demandé de dire quelques mots sur la portée pratique de la philosophie du Vedānta. Comme je vous l’ai dit, la théorie est certes fort bonne, mais comment la mettre en pratique ? Si elle est absolument impraticable, aucune théorie n’a la moindre valeur, sinon celle d’un exercice intellectuel. Le Vedānta, en tant que religion, doit donc être intensément pratique. Nous devons pouvoir le mettre en œuvre dans chaque aspect de notre vie. Et non seulement cela : la distinction fictive entre la religion et la vie mondaine doit disparaître, car le Vedānta enseigne l’unité — une seule vie partout. Les idéaux de la religion doivent embrasser tout le champ de la vie ; ils doivent pénétrer toutes nos pensées et se traduire de plus en plus dans la pratique. J’aborderai progressivement l’aspect pratique au fil de notre cheminement. Mais cette série de conférences se veut une base ; nous devons donc d’abord nous consacrer aux théories et comprendre comment elles se mettent en œuvre, depuis les grottes forestières jusqu’aux rues animées et aux villes. Et nous découvrons une particularité : nombre de ces pensées ne sont pas nées d’une retraite dans les forêts, mais ont émané de personnes dont nous nous attendrions à ce qu’elles mènent la vie la plus active — des monarques régnants.
Shvetaketu était le fils d’Âruni, un sage, très probablement un ermite. Il fut élevé dans la forêt, mais se rendit dans la cité des Panchâlas et se présenta à la cour du roi Pravâhana Jaivali. Le roi lui demanda : « Sais-tu comment les êtres quittent ce monde à leur mort ? » « Non, maître. » « Sais-tu comment ils y reviennent ? » « Non, maître. » « Connais-tu la voie des pères et la voie des dieux ? » « Non, maître. » Le roi lui posa ensuite d’autres questions. Shvetaketu ne put y répondre. Le roi lui dit alors qu’il ne savait rien. Le jeune homme retourna auprès de son père, qui reconnut qu’il ne pouvait lui-même répondre à ces questions. Ce n’était pas qu’il ne voulût pas y répondre. Ce n’était pas qu’il ne voulût pas instruire le jeune homme, mais il ignorait ces choses. Il se rendit donc auprès du roi et lui demanda de lui enseigner ces secrets. Le roi dit que ces connaissances n’avaient jusque-là été transmises qu’entre rois ; les prêtres ne les avaient jamais connues. Il entreprit cependant de lui enseigner ce qu’il désirait savoir. Dans diverses Upanishads, nous découvrons que cette philosophie du Vedānta n’est pas seulement le fruit de la méditation dans les forêts, mais que ses meilleures parties furent élaborées et exprimées par des esprits accaparés par les affaires quotidiennes de la vie. Nous ne pouvons concevoir d’homme plus occupé qu’un monarque absolu, un homme qui règne sur des millions de personnes, et pourtant, certains de ces souverains étaient de profonds penseurs.
Tout montre que cette philosophie doit être très pratique ; et plus tard, lorsque nous en viendrons à la Bhagavad-Gita — la plupart d’entre vous l’ont peut-être lue, c’est le meilleur commentaire que nous ayons sur la philosophie du Vedanta —, chose curieuse, la scène se déroule sur le champ de bataille, où Krishna enseigne cette philosophie à Arjuna ; et la doctrine qui ressort avec éclat de chaque page de la Gita est une activité intense, mais au milieu de celle-ci, un calme éternel. Tel est le secret de l’action, dont l’atteinte est le but du Vedanta. L’inactivité, telle que nous la comprenons au sens de passivité, ne peut certainement pas être le but. S’il en était ainsi, les murs qui nous entourent seraient les plus intelligents ; ils sont inactifs. Les mottes de terre et les souches d’arbres seraient les plus grands sages du monde ; elles sont inactives. L’inactivité ne devient pas non plus activité lorsqu’elle s’allie à la passion. La véritable activité, qui est le but du Vedanta, s’allie à un calme éternel, à un calme que rien ne peut troubler, à un équilibre du mental qui ne se laisse jamais ébranler, quoi qu’il arrive. Et nous savons tous par notre expérience de la vie que c’est là la meilleure attitude pour agir.
On m’a souvent demandé comment nous pouvons travailler si nous n’avons pas la passion que nous éprouvons généralement pour le travail. Moi aussi, je pensais ainsi il y a des années, mais, en vieillissant et en acquérant de l’expérience, je constate que ce n’est pas vrai. Moins il y a de passion, mieux nous travaillons. Plus nous sommes calmes, mieux nous nous portons, et plus nous pouvons accomplir de travail. Lorsque nous laissons libre cours à nos sentiments, nous gaspillons beaucoup d’énergie, nous épuisons nos nerfs, nous troublons notre mental et nous accomplissons très peu de travail. L’énergie qui aurait dû se dépenser en travail est consumée en simples émotions, qui ne comptent pour rien. Ce n’est que lorsque le mental est très calme et recueilli que toute son énergie est employée à accomplir un bon travail. Et si vous lisez la vie des grands travailleurs que le monde a connus, vous constaterez qu’ils étaient d’un calme remarquable. Rien, semble-t-il, ne pouvait les déstabiliser. Voilà pourquoi celui qui se met en colère n’accomplit jamais beaucoup de travail, tandis que celui que rien ne peut mettre en colère en accomplit tant. Celui qui cède à la colère, à la haine ou à toute autre passion ne peut pas travailler ; il ne fait que se briser lui-même et n’accomplit rien de concret. C’est le mental calme, indulgent, égal et équilibré qui accomplit le plus grand travail.
Le Vedanta prêche l’idéal ; et l’idéal, comme nous le savons, est toujours bien en avance sur le réel, sur le pratique, comme nous pouvons l’appeler. Il existe deux tendances dans la nature humaine : l’une consiste à harmoniser l’idéal avec la vie, l’autre à élever la vie jusqu’à l’idéal. Il est très important de comprendre cela, car la première tendance est la tentation de notre existence. Je pense que je ne peux accomplir qu’une certaine catégorie de travaux. La plupart sont peut-être mauvais ; la plupart sont peut-être animés par les passions, la colère, la cupidité ou l’égoïsme. Si quelqu’un vient alors me prêcher un idéal dont le premier pas consiste à renoncer à l’égoïsme, à renoncer aux plaisirs personnels, je pense que c’est irréalisable. Mais lorsqu’un homme me présente un idéal conciliable avec mon égoïsme, je l’accueille aussitôt avec joie et je m’y précipite. Voilà l’idéal qui me convient. De même que le mot « orthodoxe » a été transformé de diverses façons, le mot « pratique » l’a été aussi. « Ma doctrine est orthodoxe ; la vôtre est hétérodoxe. » Il en va de même pour le pragmatisme. Ce que je considère comme pratique est, à mes yeux, la seule chose pratique au monde. Si je suis commerçant, je pense que le commerce est la seule activité pratique au monde. Si je suis voleur, je pense que le vol est le meilleur moyen d’être pratique ; les autres moyens ne le sont pas. Vous voyez comment nous employons tous ce mot « pratique » pour parler des choses que nous aimons et que nous savons faire. Je vous demande donc de comprendre que le Vedanta, bien qu’il soit éminemment pratique, l’est toujours au sens de l’idéal. Il ne prêche pas un idéal irréalisable, si élevé soit-il ; et cet idéal est suffisamment élevé. En un mot, cet idéal, c’est que vous êtes divins : « Tu es Cela ». Voilà l’essence du Vedanta ; au terme de tous ses développements et de ses exercices intellectuels, vous savez que l’âme humaine est pure et omnisciente, et vous voyez que des superstitions telles que la naissance et la mort n’ont aucun sens lorsqu’on les associe à l’âme. L’âme n’est jamais née et ne mourra jamais ; toutes ces idées selon lesquelles nous allons mourir et avons peur de mourir ne sont que de simples superstitions. Et toutes ces idées selon lesquelles nous pouvons faire ceci ou ne pouvons pas faire cela sont des superstitions. Nous pouvons tout faire. Le Vedanta enseigne d’abord aux hommes à avoir foi en eux-mêmes. De même que certaines religions du monde affirment qu’un homme qui ne croit pas en un Dieu personnel extérieur à lui-même est athée, le Vedanta affirme qu’un homme qui ne croit pas en lui-même est athée. Ne pas croire à la gloire de notre propre âme, voilà ce que le Vedanta appelle l’athéisme. Pour beaucoup, c’est sans doute une idée terrible ; et la plupart d’entre nous pensent que cet idéal est inaccessible ; mais le Vedanta affirme avec insistance que chacun peut le réaliser. Ni le fait d’être homme, femme ou enfant, ni les différences de race ou de sexe, ni quoi que ce soit d’autre ne font obstacle à la réalisation de l’idéal, car le Vedanta montre qu’il est déjà réalisé, qu’il est déjà là.
Toutes les puissances de l’univers nous appartiennent déjà. C’est nous qui avons placé nos mains devant nos yeux et qui crions qu’il fait sombre. Sache qu’il n’y a pas d’obscurité autour de nous. Écarte les mains, et voici la lumière qui était là depuis le commencement. L’obscurité n’a jamais existé, la faiblesse n’a jamais existé. Nous qui sommes fous, nous crions que nous sommes faibles ; nous qui sommes fous, nous crions que nous sommes impurs. Ainsi, le Vedānta affirme non seulement que l’idéal est réalisable, mais aussi qu’il l’a toujours été ; et cet Idéal, cette Réalité, est notre nature propre. Tout le reste de ce que vous voyez est faux, irréel. Dès que vous dites : « Je suis un petit être mortel », vous dites quelque chose qui n’est pas vrai ; vous vous mentez à vous-mêmes, vous vous hypnotisez en vous persuadant que vous êtes vils, faibles et misérables.
Le Vedānta ne reconnaît pas le péché, il ne reconnaît que l’erreur. Et la plus grande erreur, dit le Vedānta, est de dire que vous êtes faibles, que vous êtes pécheurs, de pauvres créatures misérables, que vous n’avez aucun pouvoir et que vous ne pouvez pas faire ceci ou cela. Chaque fois que vous pensez ainsi, c’est comme si vous riviez un maillon de plus à la chaîne qui vous entrave, comme si vous ajoutiez une couche supplémentaire d’hypnose à votre propre âme. Par conséquent, quiconque se croit faible a tort, quiconque se croit impur a tort et répand une mauvaise pensée dans le monde. Nous devons toujours garder à l’esprit que le Vedānta ne cherche pas à concilier la vie présente — la vie hypnotisée, cette fausse vie que nous avons adoptée — avec l’idéal ; cette fausse vie doit disparaître, et la vie réelle, qui existe depuis toujours, doit se manifester, doit resplendir. Nul ne devient de plus en plus pur : il s’agit d’une plus grande manifestation. Le voile tombe, et la pureté innée de l’âme commence à se manifester. Tout nous appartient déjà — la pureté, la liberté, l’amour et le pouvoir infinis.
Le Vedānta dit aussi que cela peut être réalisé non seulement au fond des forêts ou dans des grottes, mais par des hommes dans toutes les conditions de vie possibles. Nous avons vu que ceux qui découvrirent ces vérités ne vivaient ni dans des grottes ni dans des forêts, et ne suivaient pas non plus les occupations ordinaires de la vie : c’étaient des hommes qui, nous avons toutes les raisons de le croire, menaient une vie des plus actives, des hommes qui devaient commander des armées, siéger sur des trônes et veiller au bien-être de millions de personnes — et tout cela à l’époque de la monarchie absolue, et non comme aujourd’hui, où un roi n’est dans une large mesure qu’un simple prête-nom. Pourtant, ils trouvaient le temps de penser toutes ces idées, de les réaliser et de les enseigner à l’humanité. À plus forte raison, cela devrait-il être à notre portée, à nous dont la vie, comparée à la leur, est une vie de loisir ? Que nous ne puissions les réaliser est une honte pour nous, puisque nous sommes relativement libres en permanence et avons très peu à faire. Mes obligations ne sont rien comparées à celles d’un ancien monarque absolu. Mes besoins ne sont rien comparés aux exigences d’Arjuna sur le champ de bataille de Kurukshetra, alors qu’il commandait une immense armée ; et pourtant, au milieu du vacarme et du tumulte de la bataille, il pouvait trouver le temps de parler de la plus haute philosophie et de la mettre lui aussi en pratique dans sa vie. Nous devrions assurément être capables d’en faire autant dans notre vie — relativement libre, facile et confortable. La plupart d’entre nous ici ont plus de temps qu’ils ne le pensent, s’ils veulent vraiment l’employer à bon escient. Avec la liberté dont nous disposons, nous pouvons atteindre deux cents idéaux dans cette vie, si nous le voulons, mais nous ne devons pas rabaisser l’idéal au niveau du réel. L’une des choses les plus insidieuses qui se présentent à nous prend la forme de personnes qui excusent nos erreurs et nous apprennent à trouver des prétextes particuliers pour toutes nos sottes envies et tous nos sots désirs ; et nous pensons que leur idéal est le seul idéal que nous ayons besoin d’avoir. Mais il n’en est rien. Le Vedānta n’enseigne rien de tel. Le réel doit être concilié avec l’idéal, la vie présente doit être rendue conforme à la vie éternelle.
Car vous devez toujours vous souvenir que l’idéal central du Vedanta est cette unité. Il n’y a rien qui soit double, ni deux vies, ni même deux genres de vie différents pour les deux mondes. Vous trouverez d’abord les Veda parler des cieux et de choses semblables ; mais plus tard, lorsqu’ils atteignent les idéaux les plus élevés de leur philosophie, ils rejettent toutes ces choses. Il n’y a qu’une seule vie, un seul monde, une seule existence. Tout est cet Un ; la différence est de degré et non de nature. La différence entre nos vies n’est pas une différence de nature. Le Vedanta nie entièrement des idées telles que celle selon laquelle les animaux seraient distincts des hommes et auraient été faits et créés par Dieu pour servir de nourriture.
Certaines personnes ont eu la bonté de créer une société contre la vivisection. J’ai demandé à l’un de ses membres : « Pourquoi pensez-vous, mon ami, qu’il soit tout à fait légitime de tuer des animaux pour s’en nourrir, mais pas d’en tuer un ou deux pour des expériences scientifiques ? » Il m’a répondu : « La vivisection est des plus horribles, mais les animaux nous ont été donnés pour nous nourrir. » L’unité englobe tous les animaux. Si la vie de l’homme est immortelle, celle de l’animal l’est aussi. La différence n’est qu’une différence de degré, non de nature. L’amibe et moi sommes identiques, la différence n’est qu’une différence de degré ; et du point de vue de la vie la plus élevée, toutes ces différences s’évanouissent. Un homme peut voir une grande différence entre l’herbe et un petit arbre, mais si vous vous élevez très haut, l’herbe et le plus grand arbre vous sembleront à peu près semblables. Ainsi, du point de vue de l’idéal le plus élevé, l’animal le plus humble et l’homme le plus élevé sont identiques. Si vous croyez en un Dieu, les animaux et les créatures les plus élevées doivent être identiques. Un Dieu partial envers ses enfants appelés hommes et cruel envers ses enfants appelés bêtes est pire qu’un démon. Je préférerais mourir cent fois plutôt que d’adorer un tel Dieu. Toute ma vie serait un combat contre un tel Dieu. Mais il n’y a aucune différence, et ceux qui prétendent le contraire sont des gens irresponsables et sans cœur, qui ne savent pas. Voici un cas où le mot « pratique » est employé à tort. Je ne suis peut-être pas moi-même un végétarien très strict, mais je comprends l’idéal. Quand je mange de la viande, je sais que c’est mal. Même si, dans certaines circonstances, je suis obligé d’en manger, je sais que c’est cruel. Je ne dois pas rabaisser mon idéal au niveau de la réalité et excuser ainsi ma conduite défaillante. L’idéal est de ne pas manger de chair, de ne faire de mal à aucun être, car tous les animaux sont mes frères. Si vous pouvez les considérer comme vos frères, vous avez fait un petit progrès vers la fraternité de toutes les âmes, sans même parler de la fraternité humaine ! Cela, c’est un jeu d’enfant. Vous constatez généralement que cela ne plaît guère à beaucoup de gens, car cela leur enseigne à renoncer à la réalité et à s’élever vers l’idéal. Mais si vous avancez une théorie qui s’accorde avec leur conduite présente, ils la considèrent comme tout à fait pratique.
Il existe dans la nature humaine une tendance profondément conservatrice : nous n’aimons pas avancer d’un seul pas. Je pense à l’humanité comme à ces personnes dont j’ai lu qu’elles se retrouvent gelées dans la neige ; toutes, dit-on, veulent s’endormir, et si l’on essaie de les relever, elles disent : « Laissez-moi dormir ; dormir dans la neige est si agréable », puis elles meurent dans leur sommeil. Telle est notre nature. Voilà ce que nous faisons toute notre vie : nous gelons en partant des pieds, et pourtant nous voulons dormir. Vous devez donc lutter pour atteindre l’idéal ; et si quelqu’un vient pour abaisser cet idéal à votre niveau et enseigner une religion qui ne porte pas cet idéal suprême, ne l’écoutez pas. À mes yeux, une telle religion est impraticable. Mais si quelqu’un enseigne une religion qui présente l’idéal suprême, je suis prêt à l’écouter. Méfiez-vous de quiconque tente d’excuser les vanités et les faiblesses des sens. Si quelqu’un veut nous prêcher ainsi, nous qui, pauvres êtres rivés aux sens, nous sommes faits de cette terre en suivant cet enseignement, nous ne progresserons jamais. J’ai vu beaucoup de choses de ce genre, j’ai acquis une certaine expérience du monde, et mon pays est celui où les sectes religieuses poussent comme des champignons. Chaque année, de nouvelles sectes apparaissent. Mais j’ai remarqué une chose : seules progressent celles qui ne cherchent jamais à réconcilier l’homme de chair avec l’homme de vérité. Partout où règne cette fausse idée de concilier les vanités de la chair avec les idéaux suprêmes, d’abaisser Dieu au niveau de l’homme, le déclin s’installe. L’homme ne doit pas être rabaissé à l’esclavage du monde, mais élevé jusqu’à Dieu.
En même temps, la question comporte un autre aspect. Nous ne devons pas regarder les autres avec mépris. Nous allons tous vers le même but. La différence entre la faiblesse et la force n’est qu’une question de degré ; la différence entre la vertu et le vice est une question de degré, la différence entre le ciel et l’enfer est une question de degré, la différence entre la vie et la mort est une question de degré ; toutes les différences de ce monde sont des différences de degré, et non de nature, car l’unité est le secret de toute chose. Tout est Un, qui se manifeste sous forme de pensée, de vie, d’âme ou de corps, et la différence n’est qu’une question de degré. Dès lors, nous n’avons pas le droit de regarder avec mépris ceux qui ne sont pas développés exactement au même degré que nous. Ne condamnez personne ; si vous pouvez tendre une main secourable, faites-le. Si vous ne le pouvez pas, joignez les mains, bénissez vos frères et laissez-les suivre leur propre chemin. Tirer les autres vers le bas et les condamner n’est pas la bonne façon d’agir. Jamais on n’accomplit rien ainsi. Nous dépensons notre énergie à condamner les autres. Critiquer et condamner est une vaine façon de dépenser notre énergie, car, à la longue, nous apprenons que tous voient la même chose, s’approchent plus ou moins du même idéal, et que la plupart de nos différences ne sont que des différences d’expression.
Considérez l’idée de péché. Je viens de vous exposer l’idée védantique à ce sujet, et l’autre idée est que l’homme est un pécheur. En pratique, elles sont identiques ; seulement, l’une adopte le point de vue positif et l’autre le point de vue négatif. L’une montre à l’homme sa force, l’autre sa faiblesse. Il peut y avoir de la faiblesse, dit le Vedānta, mais qu’importe, nous voulons grandir. La maladie a été découverte dès la naissance de l’homme. Chacun connaît sa maladie ; il n’est pas nécessaire que quelqu’un nous dise quelles sont nos maladies. Mais penser sans cesse que nous sommes malades ne nous guérira pas — il faut un remède. Nous pouvons oublier tout ce qui est extérieur, nous pouvons essayer de devenir hypocrites envers le monde extérieur, mais, au fond de notre cœur, nous connaissons tous nos faiblesses. Mais, dit le Vedānta, se faire rappeler sa faiblesse n’aide guère ; donnez de la force, et la force ne vient pas en pensant sans cesse à la faiblesse. Le remède à la faiblesse n’est pas de ruminer la faiblesse, mais de penser à la force. Enseignez aux hommes la force qui est déjà en eux. Au lieu de leur dire qu’ils sont pécheurs, le Vedānta adopte la position opposée et dit : « Vous êtes purs et parfaits, et ce que vous appelez péché ne vous appartient pas. » Les péchés ne sont que de très faibles degrés de manifestation du Soi ; manifestez votre Soi à un degré élevé. Voilà la seule chose à retenir ; nous pouvons tous le faire. Ne dites jamais : « Non », ne dites jamais : « Je ne peux pas », car vous êtes infinis. Même le temps et l’espace ne sont rien en comparaison de votre nature. Vous pouvez tout faire, absolument tout, vous êtes tout-puissants.
Tels sont les principes de l’éthique, mais nous allons maintenant descendre à un niveau plus concret et en examiner les détails. Nous verrons comment cette Vedānta peut s’intégrer à notre vie quotidienne, à la vie urbaine, à la vie rurale, à la vie nationale et à la vie familiale de chaque nation. Car, si une religion ne peut aider l’homme où qu’il se trouve, où qu’il soit, elle n’est guère utile ; elle ne restera qu’une théorie réservée à quelques élus. Pour venir en aide à l’humanité, la religion doit être prête et capable d’aider l’homme quelle que soit sa condition, dans la servitude ou la liberté, au plus profond de l’avilissement ou sur les sommets de la pureté ; partout, elle doit pouvoir lui porter secours avec la même efficacité. Les principes de la Vedānta, ou l’idéal de la religion, ou quel que soit le nom que vous lui donniez, s’accompliront par sa capacité à remplir cette grande fonction.
L’idéal de la foi en nous-mêmes nous est d’une aide immense. Si la foi en nous-mêmes avait été enseignée et pratiquée plus largement, j’en suis sûr, une grande partie des maux et des souffrances qui nous accablent aurait disparu. Tout au long de l’histoire de l’humanité, s’il est un moteur qui ait été plus puissant qu’un autre dans la vie de tous les grands hommes et de toutes les grandes femmes, c’est bien la foi en eux-mêmes. Nés avec la conscience qu’ils étaient destinés à être grands, ils le sont devenus. Qu’un homme tombe aussi bas que possible ; il viendra forcément un moment où, par pur désespoir, il remontera la pente et apprendra à avoir foi en lui-même. Mais il vaut mieux que nous le sachions dès le départ. Pourquoi devrions-nous traverser toutes ces expériences amères pour gagner la foi en nous-mêmes ? Nous voyons que toute la différence entre les hommes tient à la présence ou à l’absence de foi en soi. La foi en nous-mêmes peut tout accomplir. J’en ai fait l’expérience dans ma propre vie, et je la poursuis encore ; à mesure que je vieillis, cette foi se renforce toujours davantage. Celui qui ne croit pas en lui-même est un athée. Les anciennes religions disaient que celui qui ne croyait pas en Dieu était un athée. La nouvelle religion dit que l’athée est celui qui ne croit pas en lui-même. Mais il ne s’agit pas d’une foi égoïste, car le Vedanta est, encore une fois, la doctrine de l’unité. Cela signifie avoir foi en tous, car vous êtes tous. Vous aimer vous-mêmes signifie aimer tous les êtres, aimer les animaux, aimer toute chose, car vous êtes tous un. C’est cette grande foi qui rendra le monde meilleur. J’en suis certain. L’homme le plus élevé est celui qui peut dire en toute vérité : « Je me connais parfaitement. » Savez-vous quelle énergie, quels pouvoirs, quelles forces se cachent encore dans votre corps ? Quel scientifique a connu tout ce qui se trouve dans l’être humain ? Des millions d’années se sont écoulées depuis l’apparition de l’homme sur cette terre, et pourtant une part infinitésimale de ses pouvoirs seulement s’est manifestée. Vous ne devez donc pas dire que vous êtes faibles. Comment savez-vous quelles possibilités se cachent derrière cette dégradation apparente ? Vous ne connaissez qu’une infime partie de ce qui est en vous. Car derrière vous se trouve l’océan de puissance et de félicité infinies.
« On doit d’abord entendre parler de cet Âtman. » Entendez jour et nuit que vous êtes cette Âme. Répétez-vous cela jour et nuit jusqu’à ce que cela pénètre jusque dans vos veines, fasse frémir chaque goutte de votre sang, imprègne votre chair et vos os. Que votre corps tout entier soit rempli de ce seul idéal : « Je suis l’Âme sans naissance, sans mort, bienheureuse, omnisciente, toute-puissante, éternellement glorieuse. » Méditez-y jour et nuit ; méditez-y jusqu’à ce que cela fasse partie intégrante de votre vie. Méditez sur cela, et de là naîtra l’action. « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle », et c’est aussi de l’abondance du cœur que la main agit. L’action viendra. Remplissez-vous de cet idéal ; quoi que vous fassiez, réfléchissez-y bien. Le pouvoir même de la pensée magnifiera, transformera et divinisera toutes vos actions. Si la matière est puissante, la pensée est toute-puissante. Appliquez cette pensée à votre vie, emplissez-vous de la pensée de votre toute-puissance, de votre majesté et de votre gloire. Dieu veuille qu’aucune superstition n’ait été introduite dans votre esprit ! Dieu veuille que, dès notre naissance, nous n’ayons pas été entourés de toutes ces influences superstitieuses et de ces idées paralysantes sur notre faiblesse et notre bassesse ! Dieu veuille que l’humanité ait eu un chemin plus facile pour atteindre les vérités les plus nobles et les plus élevées ! Mais l’homme a dû traverser tout cela ; ne rendez pas le chemin plus difficile à ceux qui viendront après vous.
Ce sont parfois des doctrines terribles à enseigner. Je connais des gens que ces idées effraient, mais pour ceux qui veulent être pragmatiques, c’est la première chose à apprendre. Ne vous dites jamais, et ne dites jamais aux autres, que vous êtes faibles. Faites le bien si vous le pouvez, mais ne faites pas de mal au monde. Au fond de votre cœur, vous savez que nombre de vos idées limitées, cet abaissement de vous-mêmes, ces prières et ces pleurs adressés à des êtres imaginaires sont des superstitions. Citez-moi un seul cas où ces prières ont été exaucées. Toutes les réponses qui sont venues venaient de vos propres cœurs. Vous savez qu’il n’y a pas de fantômes, mais il suffit que vous soyez dans l’obscurité pour qu’un petit frisson vous saisisse. C’est ainsi parce que, dans notre enfance, on nous a inculqué toutes ces idées effrayantes. Mais n’enseignez pas ces choses aux autres par peur de la société et de l’opinion publique, par crainte de vous attirer la haine de vos amis ou de perdre de précieuses superstitions. Soyez maîtres de tout cela. Qu’y a-t-il de plus à enseigner en religion que l’unité de l’univers et la confiance en soi ? Depuis des milliers d’années, toutes les œuvres de l’humanité tendent vers cet unique but, et l’humanité poursuit encore cette œuvre. C’est maintenant votre tour, et vous connaissez déjà la vérité. Car elle a été enseignée de toutes parts. Les sciences matérialistes l’ont proclamée, tout comme la philosophie et la psychologie. Quel est aujourd’hui le savant qui craint de reconnaître cette vérité de l’unité de l’univers ? Qui ose parler de mondes multiples ? Tout cela n’est que superstition. Il n’y a qu’une seule vie et qu’un seul monde, et cette vie unique et ce monde unique nous apparaissent sous des formes multiples. Cette multiplicité est comme un rêve. Quand vous rêvez, un rêve s’évanouit et un autre vient. Vous ne vivez pas dans vos rêves. Les rêves se succèdent, les scènes se déroulent devant vous les unes après les autres. Il en va de même dans ce monde, qui comporte quatre-vingt-dix pour cent de souffrance et dix pour cent de bonheur. Peut-être qu’au bout d’un certain temps, il apparaîtra comme comportant quatre-vingt-dix pour cent de bonheur, et nous l’appellerons le ciel ; mais vient un moment où le sage voit toute cette chose s’évanouir, et ce monde apparaître comme Dieu lui-même, et son âme comme Dieu. Il n’y a donc pas plusieurs mondes, il n’y a pas plusieurs vies. Toute cette multiplicité est la manifestation de cet Un. Cet Un se manifeste sous des formes multiples : matière, esprit, mental, pensée et tout le reste. C’est cet Un qui se manifeste sous des formes multiples. Ainsi, le premier pas à faire est de nous enseigner la vérité, à nous-mêmes et aux autres.
Que le monde résonne de cet idéal, et que les superstitions disparaissent. Dites-le aux hommes qui sont faibles, et persistez à le leur dire. Vous êtes le Pur ; éveillez-vous et levez-vous, ô être puissant, ce sommeil ne vous convient pas. Éveillez-vous et levez-vous, cela ne vous sied pas. Ne pensez pas que vous êtes faible et misérable. Tout-puissant, levez-vous et éveillez-vous, et manifestez votre propre nature. Il ne convient pas que vous vous croyiez pécheur. Il ne convient pas que vous vous croyiez faible. Dites cela au monde, dites-le-vous à vous-mêmes, et voyez quel résultat concret en découle, voyez comment, en un éclair, tout se manifeste, comment tout est transformé. Dites cela à l’humanité, et montrez-lui sa puissance. Alors, nous apprendrons comment l’appliquer dans notre vie quotidienne.
Pour pouvoir faire usage de ce que nous appelons Viveka (discernement), pour apprendre à discerner, à chaque instant de notre vie, dans chacune de nos actions, ce qui est juste et ce qui est injuste, ce qui est vrai et ce qui est faux, nous devrons connaître le critère de la vérité, qui est la pureté, l’unité. Tout ce qui tend vers l’unité est vérité. L’amour est vérité, et la haine est fausse, car la haine engendre la multiplicité. C’est la haine qui sépare les hommes les uns des autres ; elle est donc injuste et fausse. C’est une force de désintégration ; elle sépare et détruit.
L’amour lie, l’amour réalise cette unité. Vous ne faites qu’un, la mère avec l’enfant, les familles avec la ville, le monde entier ne fait qu’un avec les animaux. Car l’amour est l’Existence, Dieu lui-même ; et tout cela est la manifestation de cet Amour unique, plus ou moins exprimé. La différence n’est qu’une question de degré, mais tout est la manifestation de cet Amour unique. Par conséquent, dans toutes nos actions, nous devons juger si elles favorisent la diversité ou l’unité. Si elles favorisent la diversité, nous devons y renoncer, mais si elles favorisent l’unité, nous sommes certains qu’elles sont bonnes. Il en va de même pour nos pensées : nous devons décider si elles conduisent à la désintégration, à la multiplicité, ou à l’unité, liant âme à âme et faisant agir une seule influence. Si elles font cela, nous les adopterons, et sinon, nous les rejetterons comme criminelles.
Toute l’idée de l’éthique est qu’elle ne dépend de rien d’inconnaissable, qu’elle n’enseigne rien d’inconnu, mais que, selon les paroles de l’Upanishad : « Le Dieu que vous adorez comme un Dieu inconnu, c’est ce même Dieu que je vous prêche. » C’est par le Soi que vous connaissez quoi que ce soit. Je vois la chaise ; mais, pour voir la chaise, je dois d’abord me percevoir Moi-même, puis percevoir la chaise. C’est dans le Soi et par le Soi que la chaise est perçue. C’est dans le Soi et par le Soi que vous m’êtes connu, que le monde entier m’est connu ; dire que ce Soi est inconnu est donc un pur non-sens. Ôtez le Soi, et l’univers tout entier disparaît. C’est dans le Soi et par le Soi que toute connaissance advient. Il est donc ce qu’il y a de mieux connu. C’est vous-même, ce que vous appelez « je ». Vous pouvez vous demander comment ce « je » qui est le mien peut être le « je » qui est le vôtre. Vous pouvez vous demander comment ce « Je » limité peut être l’Infini illimité, mais il en est ainsi. Le limité n’est qu’une fiction. L’Infini a, pour ainsi dire, été recouvert, et une petite partie de Lui se manifeste sous la forme du « Je ». La limitation ne peut jamais s’appliquer à l’illimité ; elle est une fiction. Le Soi est donc connu de chacun d’entre nous — homme, femme ou enfant — et même des animaux. Sans Le connaître, nous ne pouvons ni vivre, ni nous mouvoir, ni être ; sans connaître ce Seigneur de tous, nous ne pouvons respirer ni vivre une seconde. Le Dieu du Vedanta est ce qu’il y a de mieux connu et n’est pas le produit de l’imagination.
Si ce n’est pas prêcher un Dieu pratique, comment pourrait-on enseigner autrement un Dieu pratique ? Où trouver un Dieu plus pratique que Celui que je vois devant moi — un Dieu omniprésent, en chaque être, plus réel que nos sens ? Car vous êtes Lui, le Dieu omniprésent et tout-puissant, l’Âme de vos âmes, et si je dis que vous ne l’êtes pas, je dis une contre-vérité. Je le sais, que j’en aie conscience à tout moment ou non. Il est l’Unité, l’unité de tout, la Réalité de toute vie et de toute existence.
Ces idées de l’éthique du Vedānta doivent être développées en détail ; vous devez donc faire preuve de patience. Comme je vous l’ai dit, nous voulons examiner le sujet en détail et l’approfondir pleinement, pour voir comment ces idées s’élèvent à partir d’idéaux très bas, et comment le grand Idéal de l’unité s’est développé et a pris la forme de l’amour universel ; nous devons étudier tout cela afin d’éviter les dangers. Le monde ne peut trouver le temps de l’approfondir depuis les premières étapes. Mais à quoi bon nous tenir sur des degrés supérieurs si nous ne pouvons transmettre la vérité à ceux qui viendront après nous ? Il vaut donc mieux étudier ces idées sous tous leurs aspects ; et il est d’abord absolument nécessaire d’éclaircir la partie intellectuelle, bien que nous sachions que l’intellectualité ne représente presque rien, car c’est le cœur qui importe le plus. C’est par le cœur que l’on voit le Seigneur, et non par l’intellect. L’intellect n’est que le balayeur des rues, qui nettoie notre chemin ; c’est un auxiliaire secondaire, un policier ; mais le policier n’est pas indispensable au fonctionnement de la société. Il sert seulement à prévenir les troubles, à réprimer les méfaits, et c’est là tout le rôle de l’intellect. Lorsque vous lisez des livres intellectuels, vous pensez, une fois que vous les avez maîtrisés : « Grâce au Seigneur, me voilà sorti de tout cela », car l’intellect est aveugle et ne peut avancer de lui-même ; il n’a ni mains ni pieds. C’est le sentiment qui agit, qui se meut avec une rapidité infiniment supérieure à celle de l’électricité ou de toute autre chose. Ressentez-vous ? Voilà la question. Si vous ressentez, vous verrez le Seigneur : le sentiment que vous éprouvez aujourd’hui s’intensifiera, se divinisera, s’élèvera au plus haut degré, jusqu’à ressentir toute chose, l’unité de toute chose, jusqu’à ressentir Dieu en soi et chez les autres. L’intellect ne le pourra jamais.
« Les différentes manières de prononcer les mots, les différentes manières d’expliquer les textes des livres, tout cela est fait pour le plaisir des érudits, non pour le salut de l’âme » (Vivekachudâmani, 58).
Vous qui avez lu Thomas a Kempis savez combien il insiste là-dessus à chaque page, et presque tous les saints du monde l’ont affirmé. L’intellect est nécessaire, car sans lui nous tombons dans de grossières erreurs et commettons toutes sortes de fautes. L’intellect les prévient ; mais, au-delà de cela, ne cherchez pas à bâtir quoi que ce soit sur lui. C’est une aide secondaire, qui ne fait rien ; la véritable aide est le sentiment, l’amour. Éprouvez-vous de la compassion pour les autres ? Si oui, vous progressez dans l’unité. Si vous n’éprouvez rien pour les autres, vous pouvez être le plus grand génie intellectuel jamais né, mais vous ne serez rien ; vous n’êtes qu’un intellect aride, et vous le resterez. Et si vous éprouvez de la compassion, même si vous ne pouvez lire aucun livre et ne connaissez aucune langue, vous êtes sur la bonne voie. Le Seigneur vous appartient.
Ne savez-vous pas, à l’histoire du monde, où résidait la puissance des prophètes ? Où était-elle ? Dans l’intellect ? L’un d’eux a-t-il écrit un excellent ouvrage de philosophie, sur les raisonnements les plus subtils de la logique ? Aucun. Ils n’ont prononcé que quelques mots. Ressentez comme le Christ, et vous serez un Christ ; ressentez comme Bouddha, et vous serez un Bouddha. C’est le sentiment qui est la vie, la force, la vitalité, sans lesquelles aucune activité intellectuelle, aussi grande soit-elle, ne peut conduire à Dieu. L’intellect est comme des membres privés de la faculté de se mouvoir. Ce n’est que lorsque le sentiment entre en eux et leur donne le mouvement qu’ils se meuvent et agissent sur autrui. Il en est ainsi partout dans le monde, et c’est une chose dont vous devez toujours vous souvenir. C’est l’un des enseignements les plus pratiques de la morale védantique, car le Vedānta enseigne que vous êtes tous des prophètes et que vous devez tous l’être. Le livre n’est pas la preuve de votre conduite : c’est vous qui êtes la preuve du livre. Comment savez-vous qu’un livre enseigne la vérité ? Parce que vous êtes la vérité et que vous la ressentez. Voilà ce que dit le Vedānta. Quelle est la preuve de l’existence des Christs et des Bouddhas dans le monde ? C’est que vous et moi ressentons comme eux. C’est ainsi que vous et moi comprenons qu’ils étaient véridiques. Notre âme de prophète est la preuve de leur âme de prophète. Votre nature divine est la preuve de Dieu Lui-même. Si vous n’êtes pas un prophète, il n’y a jamais rien eu de vrai au sujet de Dieu. Si vous n’êtes pas Dieu, il n’y a jamais eu de Dieu et il n’y en aura jamais. Voilà, dit le Vedānta, l’idéal à suivre. Chacun de nous devra devenir un prophète, et vous l’êtes déjà. Il suffit de le savoir. Ne pensez jamais qu’il y ait quoi que ce soit d’impossible pour le soi. C’est la plus grande hérésie que de le penser. S’il existe un péché, le voici : dire que vous êtes faible, ou que les autres sont faibles.

Source Swami Vivekananda, The Complete Works, Volume 2, en.wikisource.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire