(Prononcé à New York)
Nous voici ici, et nos yeux portent parfois leur regard à des kilomètres devant nous. L’homme agit ainsi depuis qu’il a commencé à penser. Il regarde toujours vers l’avenir, toujours plus loin. Il veut savoir où il va, même après la dissolution de son corps. Diverses théories ont été avancées, système après système, pour tenter d’en donner l’explication. Certaines ont été rejetées, tandis que d’autres ont été acceptées ; et cela continuera tant que l’homme sera là, tant qu’il pensera. Chacun de ces systèmes contient une part de vérité. Tous contiennent aussi une bonne part de ce qui n’est pas vrai. Je vais essayer de vous présenter la substance, le résultat des recherches menées en Inde dans ce domaine. Je vais essayer d’harmoniser les diverses pensées qui ont surgi, au fil du temps, parmi les philosophes indiens. Je vais essayer d’harmoniser les psychologues et les métaphysiciens et, si possible, de les accorder également avec les penseurs scientifiques modernes.
Le thème unique de la philosophie du Vedānta est la recherche de l’unité. L’esprit hindou ne s’intéresse pas au particulier ; il cherche toujours le général, voire l’universel. « Qu’est-ce qui, une fois connu, permet de tout connaître ? » Tel est le thème unique. « De même que, par la connaissance d’une motte d’argile, on connaît tout ce qui est fait d’argile, qu’est-ce donc qui, une fois connu, permettra de connaître l’univers entier ? » Telle est l’unique quête. Selon les philosophes hindous, tout cet univers peut être ramené à une seule substance, qu’ils appellent Ākāsha. Tout ce que nous voyons autour de nous, ressentons, touchons, goûtons, n’est qu’une manifestation différenciée de cet Ākāsha. Il est omniprésent et subtil. Tout ce que nous appelons solides, liquides ou gaz, les figures, les formes, les corps, la terre, le soleil, la lune et les étoiles — tout est composé de cet Ākāsha.
Nous voici ici, et nos yeux portent parfois leur regard à des kilomètres devant nous. L’homme agit ainsi depuis qu’il a commencé à penser. Il regarde toujours vers l’avenir, toujours plus loin. Il veut savoir où il va, même après la dissolution de son corps. Diverses théories ont été avancées, système après système, pour tenter d’en donner l’explication. Certaines ont été rejetées, tandis que d’autres ont été acceptées ; et cela continuera tant que l’homme sera là, tant qu’il pensera. Chacun de ces systèmes contient une part de vérité. Tous contiennent aussi une bonne part de ce qui n’est pas vrai. Je vais essayer de vous présenter la substance, le résultat des recherches menées en Inde dans ce domaine. Je vais essayer d’harmoniser les diverses pensées qui ont surgi, au fil du temps, parmi les philosophes indiens. Je vais essayer d’harmoniser les psychologues et les métaphysiciens et, si possible, de les accorder également avec les penseurs scientifiques modernes.
Le thème unique de la philosophie du Vedānta est la recherche de l’unité. L’esprit hindou ne s’intéresse pas au particulier ; il cherche toujours le général, voire l’universel. « Qu’est-ce qui, une fois connu, permet de tout connaître ? » Tel est le thème unique. « De même que, par la connaissance d’une motte d’argile, on connaît tout ce qui est fait d’argile, qu’est-ce donc qui, une fois connu, permettra de connaître l’univers entier ? » Telle est l’unique quête. Selon les philosophes hindous, tout cet univers peut être ramené à une seule substance, qu’ils appellent Ākāsha. Tout ce que nous voyons autour de nous, ressentons, touchons, goûtons, n’est qu’une manifestation différenciée de cet Ākāsha. Il est omniprésent et subtil. Tout ce que nous appelons solides, liquides ou gaz, les figures, les formes, les corps, la terre, le soleil, la lune et les étoiles — tout est composé de cet Ākāsha.
Quelle est la force qui agit sur cet Akasha et en façonne l’univers ? À côté de l’Akasha existe la puissance universelle ; tout ce qui, dans l’univers, est puissance et se manifeste sous forme de force ou d’attraction — voire même de pensée — n’est qu’une autre manifestation de cette puissance unique que les Hindous appellent Prâna. Ce Prana, agissant sur l’Akasha, crée l’univers tout entier. Au début d’un cycle, ce Prana, pour ainsi dire, sommeille dans l’océan infini de l’Akasha. Il existait immobile à l’origine. Puis le mouvement naît dans cet océan d’Akasha sous l’action de ce Prana et, lorsque ce Prana se met à se mouvoir, à vibrer, les divers systèmes célestes, les soleils, les lunes, les étoiles, la Terre, les êtres humains, les animaux, les plantes, ainsi que les manifestations des diverses forces et des phénomènes, émergent de cet océan. Selon eux, toute manifestation de puissance est donc ce Prana. Toute manifestation matérielle est l’Akasha. Lorsque ce cycle prendra fin, tout ce que nous appelons solide se fondra dans la forme suivante, plus subtile, ou dans la forme liquide ; celle-ci se fondra dans la forme gazeuse, puis dans des vibrations de chaleur plus subtiles et plus uniformes, et tout retournera à l’Akasha originel ; ce que nous appelons aujourd’hui attraction, répulsion et mouvement se résorbera lentement dans le Prana originel. On dit alors que ce Prana sommeille pendant un certain temps, puis émerge de nouveau et fait surgir toutes ces formes ; et lorsque cette période prendra fin, tout l’ensemble s’apaisera de nouveau. Ainsi, ce processus de création descend et remonte, oscillant d’avant en arrière. Dans le langage de la science moderne, il devient statique pendant une période, puis dynamique pendant une autre. Tantôt il devient potentiel, tantôt il devient actif. Cette alternance se poursuit depuis l’éternité.
Pourtant, cette analyse n’est que partielle. La science physique moderne elle-même a déjà établi tout cela. Au-delà, la recherche de la science physique ne peut aller. Mais l’enquête ne s’arrête pas pour autant. Nous n’avons pas encore trouvé cet élément unique dont la connaissance ferait connaître tout le reste. Nous avons ramené l’univers entier à deux composants, à ce que l’on appelle matière et énergie, ou à ce que les anciens philosophes de l’Inde appelaient Akasha et Prana. L’étape suivante consiste à ramener Akasha et Prana à leur origine. Tous deux peuvent être ramenés à une entité encore supérieure, que l’on appelle le mental. C’est du mental, le Mahat, la puissance de pensée présente partout, que ces deux éléments sont issus. La pensée est une manifestation de l’être encore plus subtile qu’Akasha ou Prana. C’est la pensée qui se divise en ces deux éléments. La pensée universelle existait au commencement, puis elle se manifesta, se transforma et évolua en Akasha et Prana ; et c’est de la combinaison de ces deux éléments que l’univers entier fut produit.
Nous en venons maintenant à la psychologie. Je vous regarde. Les sensations extérieures me parviennent par les yeux ; les nerfs sensoriels les transmettent au cerveau. Les yeux ne sont pas les organes de la vision. Ils ne sont que les instruments extérieurs, car si le véritable organe qui se trouve derrière eux, celui qui transmet la sensation au cerveau, est détruit, je pourrais avoir vingt yeux et pourtant ne pas vous voir. L’image sur la rétine peut être aussi parfaite que possible, et pourtant je ne vous verrai pas. L’organe est donc distinct de ses instruments ; derrière les instruments, les yeux, il doit y avoir l’organe. Il en va de même pour toutes les sensations. Le nez n’est pas l’odorat ; il n’en est que l’instrument, et derrière lui se trouve l’organe. Pour chacun de nos sens, il y a d’abord l’instrument extérieur dans le corps physique ; derrière celui-ci, dans ce même corps physique, se trouve l’organe ; pourtant, cela ne suffit pas. Supposons que je vous parle et que vous m’écoutiez avec une grande attention. Il se produit quelque chose, disons qu’une cloche sonne ; peut-être ne l’entendrez-vous pas. Les vibrations de ce son sont parvenues à votre oreille, ont frappé le tympan, et l’impression a été transmise au cerveau par le nerf ; si tout le processus s’est accompli jusqu’à la transmission de l’impulsion au cerveau, pourquoi n’avez-vous pas entendu ? Il manquait autre chose : le mental n’était pas relié à l’organe. Lorsque le mental se détache de l’organe, celui-ci peut lui transmettre toutes sortes d’informations, mais le mental ne les reçoit pas. Ce n’est que lorsqu’il s’y rattache que le mental peut recevoir l’information. Pourtant, cela non plus ne suffit pas à achever le processus. Les instruments peuvent apporter la sensation du dehors, les organes peuvent la transmettre à l’intérieur, le mental peut se rattacher à l’organe, et pourtant la perception peut rester incomplète. Un facteur de plus est nécessaire : une réaction doit se produire à l’intérieur. C’est avec cette réaction que vient la connaissance. Ce qui est à l’extérieur envoie, pour ainsi dire, le courant d’information dans mon cerveau. Mon mental le recueille et le présente à l’intellect, qui le relie aux impressions reçues auparavant et renvoie un courant de réaction ; et c’est avec cette réaction que vient la perception. Voici donc la volonté. L’état du mental qui réagit s’appelle Buddhi, l’intellect. Pourtant, cela non plus ne suffit pas à achever le processus. Une étape de plus est nécessaire. Supposons qu’il y ait ici un appareil photographique et une pièce de tissu, et que j’essaie de projeter une image sur ce tissu. Que dois-je faire ? Je dois guider divers rayons de lumière à travers l’appareil pour qu’ils tombent sur le tissu et s’y regroupent. Il faut un support sur lequel projeter l’image, qui reste immobile. Je ne peux pas former une image sur quelque chose qui bouge ; ce support doit être immobile, car les rayons lumineux que j’y projette sont en mouvement, et ces rayons lumineux en mouvement doivent être rassemblés, unifiés, coordonnés et achevés sur quelque chose d’immobile. Il en va de même des sensations que nos organes transmettent à l’intérieur et présentent au mental, puis que le mental présente à son tour à l’intellect. Ce processus ne sera pas complet s’il n’existe, à l’arrière-plan, quelque chose de permanent sur quoi l’image, pour ainsi dire, puisse se former, et sur quoi nous puissions unifier toutes les impressions diverses. Qu’est-ce qui donne son unité à l’ensemble changeant de notre être ? Qu’est-ce qui maintient l’identité de cette chose en mouvement, d’un instant à l’autre ? Sur quoi toutes nos impressions diverses s’assemblent-elles, et où les perceptions, pour ainsi dire, se rejoignent-elles, demeurent-elles et forment-elles un tout unifié ? Nous avons vu que quelque chose doit exister pour remplir cette fonction, et nous voyons aussi que, par rapport au corps et au mental, cette chose doit être immobile. Le tissu sur lequel l’appareil photographique projette l’image est, par rapport aux rayons lumineux, immobile, faute de quoi il n’y aurait pas d’image. Autrement dit, le percevant doit être un individu. Cette chose sur laquelle le mental peint toutes ces images, cette chose sur laquelle nos sensations, transmises par le mental et l’intellect, sont déposées, rassemblées et constituées en une unité, c’est ce qu’on appelle l’âme de l’homme.
Nous avons vu que c’est le mental cosmique universel qui se divise en Akasha et en Prana, et qu’au-delà du mental, nous avons trouvé l’âme en nous. Dans l’univers, derrière le mental universel, existe une Âme, appelée Dieu. Chez l’individu, c’est l’âme de l’homme. Dans cet univers, dans le cosmos, de même que le mental universel se transforme en Akasha et en Prana, nous pouvons également constater que l’Âme universelle elle-même se transforme en mental. En va-t-il vraiment ainsi chez l’homme individuel ? Son mental crée-t-il son corps, et son âme crée-t-elle son mental ? Autrement dit, son corps, son mental et son âme sont-ils trois existences différentes, ou bien sont-ils trois en un, ou encore des états d’existence différents d’une même entité ? Nous essaierons peu à peu de répondre à cette question. Le premier pas que nous avons maintenant accompli est le suivant : il y a ce corps extérieur ; derrière ce corps extérieur se trouvent les organes, le mental, l’intellect, et derrière eux se trouve l’âme. Dès ce premier pas, nous avons en quelque sorte découvert que l’âme est distincte du corps, distincte du mental lui-même. À ce stade, les opinions se divisent dans le monde religieux, et c’est là que les chemins se séparent. Toutes les conceptions religieuses généralement désignées sous le nom de dualisme soutiennent que cette âme possède des qualités, qu’elle est dotée de qualités diverses, et que tous les sentiments de jouissance, de plaisir et de douleur appartiennent réellement à l’âme. Les non-dualistes nient que l’âme possède de telles qualités ; ils affirment qu’elle est sans qualités.
Abordons d’abord les dualistes et essayons de vous présenter leur position concernant l’âme et sa destinée ; ensuite, le système qui les contredit ; enfin, essayons de trouver l’harmonie que le non-dualisme nous apportera. Cette âme humaine, parce qu’elle est distincte du mental et du corps, parce qu’elle n’est pas composée d’Akasha et de Prana, doit être immortelle. Pourquoi ? Que signifie la mortalité ? La décomposition. Or celle-ci n’est possible que pour les choses qui résultent d’une composition ; tout ce qui est fait de deux ou trois éléments doit se décomposer. Seul ce qui ne résulte pas d’une composition ne peut jamais se décomposer et, par conséquent, ne peut jamais mourir. C’est immortel. Cela existe de toute éternité ; cela est incréé. Chaque élément de la création est simplement une composition ; personne n’a jamais vu la création surgir du néant. Tout ce que nous savons de la création, c’est la combinaison de choses déjà existantes en des formes nouvelles. Ainsi, cette âme humaine, étant simple, doit avoir toujours existé et existera toujours. Lorsque ce corps tombe, l’âme continue de vivre. Selon les Védantins, lorsque ce corps se dissout, les forces vitales de l’homme retournent à son mental, et le mental se dissout, pour ainsi dire, dans le Prana ; ce Prana pénètre alors dans l’âme humaine, qui sort, pour ainsi dire, revêtue de ce qu’ils appellent le corps subtil, le corps mental ou le corps spirituel, selon le nom que vous préférez lui donner. Ce corps contient les Samskâras de l’homme. Que sont les Samskâras ? Ce mental est comme un lac, et chaque pensée est comme une vague à sa surface. De même que les vagues se lèvent sur le lac, puis retombent et disparaissent, les vagues de pensée s’élèvent sans cesse dans la substance mentale, puis disparaissent, mais elles ne disparaissent pas pour toujours. Elles deviennent de plus en plus subtiles, mais elles sont toutes là, prêtes à surgir de nouveau lorsqu’on les appellera. La mémoire consiste simplement à rappeler sous forme de vague certaines de ces pensées qui sont entrées dans cet état d’existence plus subtil. Ainsi, tout ce que nous avons pensé, chaque action que nous avons accomplie, est inscrit dans le mental ; tout y demeure sous une forme subtile, et lorsqu’un homme meurt, la somme totale de ces impressions se trouve dans le mental, lequel agit de nouveau sur une petite quantité de matière subtile servant de support. L’âme, revêtue, pour ainsi dire, de ces impressions et du corps subtil, s’en va, et la destinée de l’âme est déterminée par la résultante de toutes les différentes forces que représentent les diverses impressions. Selon nous, il existe trois destinées différentes pour l’âme.
Ceux qui sont très spirituels, lorsqu’ils meurent, suivent les rayons du soleil et atteignent ce qu’on appelle la sphère solaire, par laquelle ils parviennent à ce qu’on appelle la sphère lunaire, puis, par celle-ci, à ce qu’on appelle la sphère de l’éclair. Là, ils rencontrent une autre âme, déjà bénie, qui guide le nouveau venu vers la plus élevée de toutes les sphères, appelée le Brahmaloka, la sphère de Brahmâ. Là, ces âmes accèdent à l’omniscience et à l’omnipotence, et deviennent presque aussi puissantes et omniscientes que Dieu Lui-même ; selon les dualistes, elles y résident pour toujours, tandis que, selon les non-dualistes, elles ne font plus qu’un avec l’Universel à la fin du cycle. La classe suivante de personnes, celles qui ont accompli de bonnes actions pour des motifs égoïstes, est transportée, à leur mort, par les effets de ces bonnes actions, vers ce qu’on appelle la sphère lunaire, où se trouvent divers cieux ; là, elles acquièrent des corps subtils, les corps des dieux. Elles deviennent des dieux, y vivent et jouissent des bénédictions du ciel pendant une longue période ; puis, lorsque cette période prend fin, l’ancien Karma s’abat de nouveau sur elles, et elles retombent sur la terre. Elles descendent à travers les sphères de l’air, les nuages et toutes ces régions diverses, et finissent par atteindre la terre sous forme de gouttes de pluie. Là, sur la terre, elles s’attachent à une céréale, qui est finalement mangée par un homme apte à leur fournir la matière nécessaire à la formation d’un nouveau corps. La dernière classe, à savoir les méchants, devient, à la mort, des fantômes ou des démons, et vit quelque part à mi-chemin entre la sphère lunaire et cette terre. Certains essaient de troubler les humains, d’autres leur sont favorables ; après y avoir vécu quelque temps, eux aussi retombent sur la terre et deviennent des animaux. Après avoir vécu quelque temps dans un corps animal, ils s’en libèrent, reviennent et redeviennent des hommes ; ils ont ainsi une nouvelle occasion d’accomplir leur salut. Nous voyons donc que ceux qui ont presque atteint la perfection, et chez qui il ne reste qu’une infime part d’impureté, vont au Brahmaloka par les rayons du soleil ; ceux qui étaient d’une nature moyenne, qui ont fait ici de bonnes actions dans l’espoir d’aller au ciel, vont dans les cieux de la sphère lunaire et y obtiennent des corps divins ; mais ils doivent de nouveau devenir des hommes et ont ainsi une nouvelle occasion d’atteindre la perfection. Ceux qui sont très méchants deviennent des fantômes et des démons, puis peuvent avoir à devenir des animaux ; après quoi, ils redeviennent des hommes et ont une nouvelle occasion de se perfectionner. Cette terre est appelée le Karma-Bhumi, la sphère du Karma. Ici seulement, l’homme crée son bon ou son mauvais Karma. Lorsqu’un homme veut aller au ciel et accomplit de bonnes actions dans ce but, il devient bon et n’accumule, en tant que tel, aucun mauvais Karma. Il jouit simplement des effets des bonnes actions qu’il a accomplies sur terre ; et, lorsque ce bon Karma est épuisé, la force résultant de tout le mauvais Karma qu’il avait accumulé auparavant au cours de sa vie s’abat sur lui et le ramène sur cette terre. De même, ceux qui deviennent des fantômes demeurent dans cet état sans produire de nouveau Karma, mais subissent les conséquences néfastes de leurs méfaits passés ; ils restent ensuite quelque temps dans un corps animal sans produire de nouveau Karma. Lorsque cette période prend fin, eux aussi redeviennent des hommes. Les états de récompense et de punition dus aux bons et aux mauvais Karmas sont dépourvus de la force qui engendre de nouveaux Karmas ; il n’y a qu’à en jouir ou à les subir. Si un Karma est extraordinairement bon ou extraordinairement mauvais, il porte ses fruits très rapidement. Par exemple, si un homme a accompli de nombreuses mauvaises actions toute sa vie, mais accomplit une bonne action, le résultat de cette bonne action se manifeste aussitôt ; mais, une fois ce résultat épuisé, toutes les mauvaises actions doivent elles aussi produire leurs effets. Tous les hommes qui accomplissent certaines bonnes et grandes actions, mais dont la vie, dans son ensemble, n’a pas été conforme au bien, deviennent des dieux ; après avoir vécu quelque temps dans des corps divins et joui des pouvoirs des dieux, ils doivent redevenir des hommes. Lorsque le pouvoir des bonnes actions est ainsi épuisé, l’ancien mal revient pour être expié. Ceux qui accomplissent des actions extraordinairement mauvaises doivent revêtir des corps de fantômes et de démons ; lorsque les effets de ces mauvaises actions sont épuisés, la petite part de bonnes actions qui leur reste associée les fait redevenir des hommes. La voie menant au Brahmaloka, d’où il n’y a plus de chute ni de retour, s’appelle le Devayâna, c’est-à-dire la voie vers Dieu ; la voie menant au ciel est connue sous le nom de Pitriyâna, c’est-à-dire la voie vers les pères.
L’homme, selon la philosophie du Vedanta, est donc l’être le plus élevé de l’univers, et ce monde d’action en est le meilleur lieu, car c’est ici seulement qu’il a la meilleure et la plus grande possibilité de devenir parfait. Les anges ou les dieux, quel que soit le nom que vous leur donniez, doivent tous devenir des hommes s’ils veulent devenir parfaits. Telle est la grande position d’équilibre, le merveilleux pivot et la merveilleuse occasion : cette vie humaine.
Nous en venons maintenant à l’autre aspect de la philosophie. Certains bouddhistes nient toute la théorie de l’âme que je viens d’exposer. « À quoi bon, dit le bouddhiste, supposer quelque chose comme substrat, comme arrière-plan de ce corps et de ce mental ? Pourquoi ne pas laisser les pensées suivre leur cours ? Pourquoi admettre une troisième substance, au-delà de cet organisme composé du mental et du corps, une troisième substance appelée l’âme ? À quoi sert-elle ? Cet organisme ne suffit-il pas à s’expliquer lui-même ? Pourquoi supposer à nouveau une troisième chose ? »
Ces arguments sont très puissants. Ce raisonnement est très fort. Dans la mesure où nous nous en tenons aux recherches extérieures, nous voyons que cet organisme suffit à s’expliquer lui-même — du moins, beaucoup d’entre nous le voient ainsi. Pourquoi donc faudrait-il une âme comme substrat, comme quelque chose qui ne soit ni mental ni corps, mais qui serve d’arrière-plan à l’un et à l’autre ? Qu’il n’y ait que le mental et le corps. Le corps désigne un courant de matière en perpétuel changement. Le mental désigne un courant de conscience ou de pensée en perpétuel changement. Qu’est-ce qui produit l’unité apparente de ces deux éléments ? Disons que cette unité n’existe pas réellement. Prenez, par exemple, une torche allumée et faites-la tourner rapidement devant vous. Vous voyez un cercle de feu. Ce cercle n’existe pas réellement, mais parce que la torche est constamment en mouvement, elle donne l’apparence d’un cercle. Ainsi, il n’y a pas d’unité dans cette vie ; elle est une masse de matière qui s’écoule continuellement, et vous pouvez appeler cette matière tout entière une seule unité, mais rien de plus. Il en va de même du mental : chaque pensée est distincte de toutes les autres ; seul le courant qui se précipite laisse derrière lui l’illusion de l’unité ; il n’est pas nécessaire de postuler une troisième substance. Ce phénomène universel du corps et du mental est tout ce qui existe réellement ; ne posez rien derrière lui.
Vous constaterez que cette pensée bouddhiste a été reprise par certaines sectes et écoles modernes, qui toutes prétendent qu’elle est nouvelle — qu’elle est de leur invention. Cette idée a été au cœur de la plupart des philosophies bouddhistes : ce monde se suffit à lui-même ; il n’est nul besoin de chercher un quelconque arrière-plan ; tout ce qui existe, c’est cet univers des sens. À quoi bon penser à quelque chose qui soutiendrait cet univers ? Tout est un agrégat de qualités ; pourquoi faudrait-il une substance hypothétique dans laquelle elles résideraient ? L’idée de substance naît de l’échange rapide des qualités, et non de quelque chose d’immuable qui existerait derrière elles.
Nous voyons combien certains de ces arguments sont remarquables, et combien ils s’accordent aisément avec l’expérience ordinaire de l’humanité — en fait, pas une personne sur un million n’est capable de penser à autre chose qu’aux phénomènes. Pour la grande majorité des hommes, la nature n’apparaît que comme une masse changeante, tourbillonnante, qui se combine et se mêle sans cesse. Peu d’entre nous entrevoient jamais la mer calme qui se trouve derrière. Pour nous, elle est toujours déchaînée en vagues ; cet univers ne nous apparaît que comme une masse de vagues agitées. Nous trouvons donc ces deux opinions. Selon la première, quelque chose se trouve derrière le corps et le mental : une substance immuable et immobile ; selon la seconde, rien n’est immobile ni immuable dans l’univers : tout est changement, et rien que changement. La solution de cette divergence apparaît à l’étape suivante de la pensée, celle du non-dualisme.
Ces arguments sont très puissants. Ce raisonnement est très fort. Dans la mesure où nous nous en tenons aux recherches extérieures, nous voyons que cet organisme suffit à s’expliquer lui-même — du moins, beaucoup d’entre nous le voient ainsi. Pourquoi donc faudrait-il une âme comme substrat, comme quelque chose qui ne soit ni mental ni corps, mais qui serve d’arrière-plan à l’un et à l’autre ? Qu’il n’y ait que le mental et le corps. Le corps désigne un courant de matière en perpétuel changement. Le mental désigne un courant de conscience ou de pensée en perpétuel changement. Qu’est-ce qui produit l’unité apparente de ces deux éléments ? Disons que cette unité n’existe pas réellement. Prenez, par exemple, une torche allumée et faites-la tourner rapidement devant vous. Vous voyez un cercle de feu. Ce cercle n’existe pas réellement, mais parce que la torche est constamment en mouvement, elle donne l’apparence d’un cercle. Ainsi, il n’y a pas d’unité dans cette vie ; elle est une masse de matière qui s’écoule continuellement, et vous pouvez appeler cette matière tout entière une seule unité, mais rien de plus. Il en va de même du mental : chaque pensée est distincte de toutes les autres ; seul le courant qui se précipite laisse derrière lui l’illusion de l’unité ; il n’est pas nécessaire de postuler une troisième substance. Ce phénomène universel du corps et du mental est tout ce qui existe réellement ; ne posez rien derrière lui.
Vous constaterez que cette pensée bouddhiste a été reprise par certaines sectes et écoles modernes, qui toutes prétendent qu’elle est nouvelle — qu’elle est de leur invention. Cette idée a été au cœur de la plupart des philosophies bouddhistes : ce monde se suffit à lui-même ; il n’est nul besoin de chercher un quelconque arrière-plan ; tout ce qui existe, c’est cet univers des sens. À quoi bon penser à quelque chose qui soutiendrait cet univers ? Tout est un agrégat de qualités ; pourquoi faudrait-il une substance hypothétique dans laquelle elles résideraient ? L’idée de substance naît de l’échange rapide des qualités, et non de quelque chose d’immuable qui existerait derrière elles.
Nous voyons combien certains de ces arguments sont remarquables, et combien ils s’accordent aisément avec l’expérience ordinaire de l’humanité — en fait, pas une personne sur un million n’est capable de penser à autre chose qu’aux phénomènes. Pour la grande majorité des hommes, la nature n’apparaît que comme une masse changeante, tourbillonnante, qui se combine et se mêle sans cesse. Peu d’entre nous entrevoient jamais la mer calme qui se trouve derrière. Pour nous, elle est toujours déchaînée en vagues ; cet univers ne nous apparaît que comme une masse de vagues agitées. Nous trouvons donc ces deux opinions. Selon la première, quelque chose se trouve derrière le corps et le mental : une substance immuable et immobile ; selon la seconde, rien n’est immobile ni immuable dans l’univers : tout est changement, et rien que changement. La solution de cette divergence apparaît à l’étape suivante de la pensée, celle du non-dualisme.
Il dit que les dualistes ont raison de trouver derrière tout une réalité qui sert de fond et ne change pas ; nous ne pouvons concevoir le changement sans qu’il existe quelque chose d’immuable. Nous ne pouvons concevoir une chose changeante qu’en connaissant quelque chose de moins changeant ; or, cela aussi doit sembler plus changeant par comparaison avec quelque chose d’autre qui l’est moins, et ainsi de suite, jusqu’à ce que nous soyons obligés d’admettre qu’il doit exister quelque chose qui ne change jamais. Toute cette manifestation doit avoir été dans un état de non-manifestation, calme et silencieux, en équilibre entre des forces opposées, pour ainsi dire, lorsqu’aucune force n’agissait, car la force agit lorsqu’une perturbation de l’équilibre se produit. L’univers s’empresse sans cesse de revenir à cet état d’équilibre. Si nous sommes certains d’un fait, quel qu’il soit, nous sommes certains de celui-ci. Lorsque les dualistes affirment qu’il existe quelque chose qui ne change pas, ils ont parfaitement raison ; mais leur analyse, selon laquelle il s’agirait d’une réalité sous-jacente, qui n’est ni le corps ni le mental, d’une réalité distincte des deux, est erronée. Dans la mesure où les bouddhistes disent que l’univers tout entier est un ensemble de changements, ils ont parfaitement raison ; tant que je suis séparé de l’univers, tant que je me tiens à distance et regarde quelque chose devant moi, tant qu’il existe deux choses — celui qui regarde et la chose regardée —, l’univers apparaîtra toujours comme soumis au changement, changeant sans cesse. Mais la réalité, c’est qu’il y a dans cet univers à la fois changement et immuabilité. L’âme, le mental et le corps ne sont pas trois existences séparées, car cet organisme constitué de ces trois éléments n’en forme réellement qu’un seul. C’est une seule et même chose qui apparaît comme le corps, comme le mental et comme ce qui est au-delà du mental et du corps, mais elle n’est pas toutes ces choses à la fois. Celui qui voit le corps ne voit même pas le mental ; celui qui voit le mental ne voit pas ce qu’il appelle l’âme ; et celui qui voit l’âme — pour lui, le corps et le mental ont disparu. Celui qui ne voit que le mouvement ne voit jamais le calme absolu ; et celui qui voit le calme absolu — pour lui, le mouvement a disparu. Une corde est prise pour un serpent. Pour celui qui voit la corde comme un serpent, la corde a disparu ; et lorsque l’illusion cesse et qu’il regarde la corde, le serpent a disparu.
Il n’existe donc qu’une seule existence qui embrasse tout, et cette existence unique apparaît sous une multitude de formes. Ce Soi, cette Âme ou cette Substance est tout ce qui existe dans l’univers. Ce Soi, cette Substance ou cette Âme est, dans le langage du non-dualisme, le Brahman qui semble se manifester sous une multitude de formes par l’interposition du nom et de la forme. Regardez les vagues de la mer. Aucune vague n’est réellement différente de la mer, mais qu’est-ce qui la fait paraître différente ? Le nom et la forme : la forme de la vague et le nom que nous lui donnons, « vague ». Voilà ce qui la distingue de la mer. Lorsque le nom et la forme disparaissent, il ne reste que la même mer. Qui peut établir une différence réelle entre la vague et la mer ? Ainsi, tout cet univers est cette existence unique et indivisible ; le nom et la forme ont créé toutes ces différences. De même que, lorsque le soleil brille sur des millions de gouttelettes d’eau, chaque particule en offre une représentation parfaite, de même l’Âme unique, le Soi unique, l’Existence unique de l’univers, se reflétant dans ces innombrables gouttelettes aux noms et aux formes variés, semble se multiplier. Mais en réalité, elle est une. Il n’y a ni « moi » ni « vous » ; tout est un. C’est soit tout « moi », soit tout « vous ». Cette idée de dualité, de deux, est entièrement fausse, et l’univers tout entier, tel que nous le connaissons ordinairement, est le résultat de cette connaissance erronée. Lorsque le discernement apparaît et que l’homme découvre qu’il n’y en a pas deux, mais un seul, il découvre qu’il est lui-même cet univers. « C’est moi qui suis cet univers tel qu’il existe à présent, une masse continue de changements. C’est moi qui suis au-delà de tous les changements, au-delà de toutes les qualités, éternellement parfait, éternellement béni. »
Il n’y a donc qu’un seul ātman, un seul Soi, éternellement pur, éternellement parfait, immuable, inchangé ; il N’a jamais changé, et tous ces changements divers dans l’univers ne sont que des apparences dans ce seul Soi.
Sur lui, le nom et la forme ont peint tous ces rêves ; c’est la forme qui distingue la vague de la mer. Supposons que la vague s’apaise : la forme subsistera-t-elle ? Non, elle disparaîtra. L’existence de la vague dépendait entièrement de celle de la mer, mais l’existence de la mer ne dépendait nullement de celle de la vague. La forme demeure tant que la vague demeure, mais dès que la vague s’en défait, elle disparaît ; elle ne peut subsister. Ce nom et cette forme sont le produit de ce qu’on appelle Māyā. C’est Māyā qui crée les individus et fait que l’un paraît différent de l’autre. Pourtant, elle n’a aucune existence. On ne peut dire que Māyā existe. On ne peut dire que la forme existe, car elle dépend de l’existence d’une autre chose. On ne peut pas non plus dire qu’elle n’existe pas, puisqu’elle produit toute cette diversité.
Selon la philosophie Advaita, donc, cette Māyā, ou ignorance — autrement dit, le nom et la forme, ou encore, comme on l’a appelée en Europe, le « temps, l’espace et la causalité » — provient de cet unique Existence infinie et nous révèle la multiplicité de l’univers ; en substance, cet univers est un. Quiconque pense qu’il existe deux réalités ultimes se trompe. Lorsqu’il a compris qu’il n’y en a qu’une, il voit juste. C’est ce que l’on nous démontre chaque jour, sur le plan physique, sur le plan mental et aussi sur le plan spirituel. Aujourd’hui, il a été démontré que vous et moi, le soleil, la lune et les étoiles ne sommes que des noms différents désignant des points distincts dans un même océan de matière, et que cette matière change continuellement de configuration. Cette particule d’énergie qui se trouvait dans le soleil il y a quelques mois peut se trouver maintenant dans un être humain ; demain, elle pourra être dans un animal, et le jour suivant, dans une plante. Elle va et vient sans cesse. Tout cela forme une masse de matière unique, infinie et ininterrompue, que seuls différencient les noms et les formes. Un point est appelé le soleil ; un autre, la lune ; un autre, les étoiles ; un autre, l’homme ; un autre, l’animal ; un autre, la plante ; et ainsi de suite. Tous ces noms sont fictifs ; ils n’ont aucune réalité, car l’ensemble est une masse de matière en changement perpétuel. Ce même univers, envisagé d’un autre point de vue, est un océan de pensée où chacun de nous est un point appelé un mental particulier. Vous êtes un mental, je suis un mental, chacun est un mental ; et ce même univers, contemplé du point de vue de la connaissance, lorsque les yeux ont été purifiés de leurs illusions et que le mental est devenu pur, apparaît comme l’Être absolu ininterrompu, toujours pur, immuable et immortel.
Selon la philosophie Advaita, donc, cette Māyā, ou ignorance — autrement dit, le nom et la forme, ou encore, comme on l’a appelée en Europe, le « temps, l’espace et la causalité » — provient de cet unique Existence infinie et nous révèle la multiplicité de l’univers ; en substance, cet univers est un. Quiconque pense qu’il existe deux réalités ultimes se trompe. Lorsqu’il a compris qu’il n’y en a qu’une, il voit juste. C’est ce que l’on nous démontre chaque jour, sur le plan physique, sur le plan mental et aussi sur le plan spirituel. Aujourd’hui, il a été démontré que vous et moi, le soleil, la lune et les étoiles ne sommes que des noms différents désignant des points distincts dans un même océan de matière, et que cette matière change continuellement de configuration. Cette particule d’énergie qui se trouvait dans le soleil il y a quelques mois peut se trouver maintenant dans un être humain ; demain, elle pourra être dans un animal, et le jour suivant, dans une plante. Elle va et vient sans cesse. Tout cela forme une masse de matière unique, infinie et ininterrompue, que seuls différencient les noms et les formes. Un point est appelé le soleil ; un autre, la lune ; un autre, les étoiles ; un autre, l’homme ; un autre, l’animal ; un autre, la plante ; et ainsi de suite. Tous ces noms sont fictifs ; ils n’ont aucune réalité, car l’ensemble est une masse de matière en changement perpétuel. Ce même univers, envisagé d’un autre point de vue, est un océan de pensée où chacun de nous est un point appelé un mental particulier. Vous êtes un mental, je suis un mental, chacun est un mental ; et ce même univers, contemplé du point de vue de la connaissance, lorsque les yeux ont été purifiés de leurs illusions et que le mental est devenu pur, apparaît comme l’Être absolu ininterrompu, toujours pur, immuable et immortel.
Que devient alors toute cette eschatologie triple du dualiste, selon laquelle, lorsqu’un homme meurt, il va au ciel ou dans telle ou telle sphère, et les méchants deviennent des fantômes, des animaux, et ainsi de suite ? Personne ne vient et personne ne s’en va, dit le non-dualiste. Comment pourrais-tu aller et venir ? Tu es infini ; où y aurait-il un lieu où tu pourrais aller ? Dans une école, on faisait passer un examen à un groupe de jeunes enfants. L’examinateur avait imprudemment posé toutes sortes de questions difficiles à ces enfants. Parmi elles, il y avait celle-ci : « Pourquoi la Terre ne tombe-t-elle pas ? » Il voulait amener les enfants à exposer la gravitation ou quelque autre vérité scientifique complexe. La plupart ne comprenaient même pas la question et donnaient donc toutes sortes de réponses erronées. Mais une petite fille intelligente y répondit par une autre question : « Où tomberait-elle ? » La question même de l’examinateur était manifestement absurde. Il n’y a ni haut ni bas dans l’univers ; cette idée n’est que relative. Il en va de même pour l’âme : la question même de sa naissance et de sa mort est un complet non-sens. Qui s’en va, et qui vient ? Où n’es-tu pas ? Quel est le ciel où tu ne te trouves pas déjà ? Le Soi de l’homme est omniprésent. Où irait-il ? Où n’irait-il pas ? Il est partout. Ainsi, tous ces rêves enfantins et ces illusions puériles de naissance et de mort, de cieux et de cieux supérieurs, de mondes inférieurs, disparaissent aussitôt pour ceux qui ont atteint la perfection. Pour ceux qui en sont presque à la perfection, ils disparaissent après leur avoir montré les différentes étapes jusqu’à Brahmaloka. Pour les ignorants, ils persistent.
Comment se fait-il que le monde entier croie qu’il ira au ciel, et qu’il meurt et renaît ? J’étudie un livre : page après page, je les lis et les tourne. Une autre page apparaît et je la tourne. Qui change ? Qui vient et s’en va ? Ce n’est pas moi, mais le livre. Toute cette nature est un livre devant l’âme ; chapitre après chapitre, on le lit et on tourne les pages, et de temps à autre, une scène s’ouvre. On la lit, puis on tourne la page. Une nouvelle apparaît, mais l’âme reste toujours la même — éternelle. C’est la nature qui change, non l’âme de l’homme. Celle-ci ne change jamais. La naissance et la mort sont dans la nature, non en vous. Pourtant, les ignorants sont abusés ; de même que, dans notre illusion, nous croyons que c’est le soleil qui se déplace et non la terre, de la même façon, nous croyons que nous mourons, alors que c’est la nature. Tout cela n’est donc qu’hallucination. Tout comme il y a hallucination lorsque nous croyons que les champs bougent, et non le train, de même la naissance et la mort sont une hallucination.
Lorsque les hommes sont dans un certain état d’esprit, ils voient cette existence même comme la terre, le soleil, la lune, les étoiles ; et tous ceux qui se trouvent dans le même état d’esprit voient les mêmes choses. Entre vous et moi, il peut y avoir des millions d’êtres sur différents plans d’existence. Ils ne nous verront jamais, pas plus que nous ne les verrons ; nous ne voyons que ceux qui se trouvent dans le même état d’esprit et sur le même plan que nous. Les instruments de musique qui ont le même accord vibratoire, pour ainsi dire, répondent les uns aux autres ; si l’état vibratoire qu’ils appellent « vibration humaine » venait à changer, les hommes ne seraient plus visibles ici ; tout l’« univers humain » disparaîtrait, et d’autres paysages se présenteraient à nous : peut-être des dieux et l’univers des dieux, ou peut-être, pour l’homme méchant, des démons et le monde démoniaque ; mais tout cela ne serait que différentes visions de l’unique univers. Cet univers même, vu du plan humain, apparaît comme la terre, le soleil, la lune, les étoiles et toutes ces choses ; c’est ce même univers qui, vu du plan de la méchanceté, apparaît comme un lieu de châtiment. Et cet univers même est perçu comme un ciel par ceux qui veulent le voir comme tel. Ceux qui ont rêvé d’aller auprès d’un Dieu assis sur un trône et de se tenir là à Le louer toute leur vie, lorsqu’ils mourront, ne verront qu’une vision de ce qu’ils ont dans l’esprit ; cet univers même se transformera simplement en un vaste ciel, où voleront toutes sortes d’êtres ailés et où un Dieu sera assis sur un trône. Ces cieux sont tous de la propre création de l’homme. Ainsi, ce que dit le dualiste est vrai, affirme l’Advaitin, mais tout cela est simplement de sa propre création. Ces sphères, ces démons, ces dieux, ces renaissances et ces transmigrations relèvent tous de la mythologie ; cette vie humaine aussi. La grande erreur que les hommes commettent toujours est de croire que cette seule vie est réelle. Ils comprennent fort bien que d’autres choses soient qualifiées de mythologies, mais ne veulent jamais admettre qu’il en va de même pour leur propre condition. Tout ce qui apparaît n’est que pure mythologie, et le plus grand de tous les mensonges est de croire que nous sommes des corps, alors que nous ne l’avons jamais été et ne pouvons même pas l’être. Le plus grand de tous les mensonges est de croire que nous ne sommes que des hommes ; nous sommes le Dieu de l’univers. En adorant Dieu, nous avons toujours adoré notre propre Soi caché. Le pire mensonge que vous vous soyez jamais raconté est que vous êtes né pécheur ou méchant. Seul est pécheur celui qui voit un pécheur en un autre homme. Supposons qu’il y ait ici un bébé et que vous posiez un sac d’or sur la table. Supposons qu’un voleur arrive et emporte l’or. Pour le bébé, tout revient au même ; puisqu’il n’y a pas de voleur en lui, il n’y a pas de voleur au-dehors. Pour les pécheurs et les hommes vils, il y a de la vilenie au-dehors, mais pas pour les hommes bons. Ainsi, les méchants voient cet univers comme un enfer, les êtres partiellement bons le voient comme un ciel, tandis que les êtres parfaits le reconnaissent comme Dieu Lui-même. Alors seulement le voile tombe de leurs yeux et l’homme, purifié et lavé, découvre que toute sa vision a changé. Les mauvais rêves qui l’ont tourmenté pendant des millions d’années disparaissent tous ; et celui qui se croyait homme, dieu ou démon, qui se croyait vivre dans des lieux bas ou élevés, sur la terre, au ciel, et ainsi de suite, découvre qu’il est réellement omniprésent ; que tout le temps est en lui et qu’il n’est pas dans le temps ; que tous les cieux sont en lui et qu’il n’est dans aucun ciel ; et que tous les dieux que l’homme a jamais adorés sont en lui, mais qu’il n’est aucun de ces dieux. Il était le créateur des dieux et des démons, des hommes, des plantes, des animaux et des pierres ; et la véritable nature de l’homme se révèle alors à lui comme supérieure au ciel, plus parfaite que cet univers, plus infinie que le temps infini, plus omniprésente que l’éther omniprésent.
Ainsi seulement l’homme devient intrépide et libre. Alors toutes les illusions cessent, toutes les souffrances disparaissent, toutes les peurs prennent fin pour toujours. La naissance s’en va, et avec elle la mort ; les douleurs s’envolent, et avec elles les plaisirs ; les mondes terrestres disparaissent, et avec eux les cieux ; les corps disparaissent, et avec eux le mental aussi. Pour cet homme, l’univers entier disparaît, pour ainsi dire. Cette lutte incessante, mouvante et continue des forces s’arrête pour toujours, et ce qui se manifestait comme force et matière, comme luttes de la nature, comme nature elle-même, comme cieux et terres, plantes et animaux, hommes et anges, tout cela se transfigure en une seule existence infinie, indestructible et immuable ; et l’homme qui connaît découvre qu’il ne fait qu’un avec cette existence. « De même que des nuages de diverses couleurs apparaissent devant le ciel, y demeurent un instant, puis disparaissent », de même, devant cette âme, surgissent toutes ces visions de terres et de cieux, de la lune et des dieux, des plaisirs et des douleurs ; mais elles passent toutes, laissant le ciel bleu, infini et immuable. Le ciel ne change jamais ; ce sont les nuages qui changent. C’est une erreur de croire que le ciel a changé. C’est une erreur de croire que nous sommes impurs, que nous sommes limités, que nous sommes séparés. Le véritable homme est l’Existence une et unique.
Lorsque les hommes sont dans un certain état d’esprit, ils voient cette existence même comme la terre, le soleil, la lune, les étoiles ; et tous ceux qui se trouvent dans le même état d’esprit voient les mêmes choses. Entre vous et moi, il peut y avoir des millions d’êtres sur différents plans d’existence. Ils ne nous verront jamais, pas plus que nous ne les verrons ; nous ne voyons que ceux qui se trouvent dans le même état d’esprit et sur le même plan que nous. Les instruments de musique qui ont le même accord vibratoire, pour ainsi dire, répondent les uns aux autres ; si l’état vibratoire qu’ils appellent « vibration humaine » venait à changer, les hommes ne seraient plus visibles ici ; tout l’« univers humain » disparaîtrait, et d’autres paysages se présenteraient à nous : peut-être des dieux et l’univers des dieux, ou peut-être, pour l’homme méchant, des démons et le monde démoniaque ; mais tout cela ne serait que différentes visions de l’unique univers. Cet univers même, vu du plan humain, apparaît comme la terre, le soleil, la lune, les étoiles et toutes ces choses ; c’est ce même univers qui, vu du plan de la méchanceté, apparaît comme un lieu de châtiment. Et cet univers même est perçu comme un ciel par ceux qui veulent le voir comme tel. Ceux qui ont rêvé d’aller auprès d’un Dieu assis sur un trône et de se tenir là à Le louer toute leur vie, lorsqu’ils mourront, ne verront qu’une vision de ce qu’ils ont dans l’esprit ; cet univers même se transformera simplement en un vaste ciel, où voleront toutes sortes d’êtres ailés et où un Dieu sera assis sur un trône. Ces cieux sont tous de la propre création de l’homme. Ainsi, ce que dit le dualiste est vrai, affirme l’Advaitin, mais tout cela est simplement de sa propre création. Ces sphères, ces démons, ces dieux, ces renaissances et ces transmigrations relèvent tous de la mythologie ; cette vie humaine aussi. La grande erreur que les hommes commettent toujours est de croire que cette seule vie est réelle. Ils comprennent fort bien que d’autres choses soient qualifiées de mythologies, mais ne veulent jamais admettre qu’il en va de même pour leur propre condition. Tout ce qui apparaît n’est que pure mythologie, et le plus grand de tous les mensonges est de croire que nous sommes des corps, alors que nous ne l’avons jamais été et ne pouvons même pas l’être. Le plus grand de tous les mensonges est de croire que nous ne sommes que des hommes ; nous sommes le Dieu de l’univers. En adorant Dieu, nous avons toujours adoré notre propre Soi caché. Le pire mensonge que vous vous soyez jamais raconté est que vous êtes né pécheur ou méchant. Seul est pécheur celui qui voit un pécheur en un autre homme. Supposons qu’il y ait ici un bébé et que vous posiez un sac d’or sur la table. Supposons qu’un voleur arrive et emporte l’or. Pour le bébé, tout revient au même ; puisqu’il n’y a pas de voleur en lui, il n’y a pas de voleur au-dehors. Pour les pécheurs et les hommes vils, il y a de la vilenie au-dehors, mais pas pour les hommes bons. Ainsi, les méchants voient cet univers comme un enfer, les êtres partiellement bons le voient comme un ciel, tandis que les êtres parfaits le reconnaissent comme Dieu Lui-même. Alors seulement le voile tombe de leurs yeux et l’homme, purifié et lavé, découvre que toute sa vision a changé. Les mauvais rêves qui l’ont tourmenté pendant des millions d’années disparaissent tous ; et celui qui se croyait homme, dieu ou démon, qui se croyait vivre dans des lieux bas ou élevés, sur la terre, au ciel, et ainsi de suite, découvre qu’il est réellement omniprésent ; que tout le temps est en lui et qu’il n’est pas dans le temps ; que tous les cieux sont en lui et qu’il n’est dans aucun ciel ; et que tous les dieux que l’homme a jamais adorés sont en lui, mais qu’il n’est aucun de ces dieux. Il était le créateur des dieux et des démons, des hommes, des plantes, des animaux et des pierres ; et la véritable nature de l’homme se révèle alors à lui comme supérieure au ciel, plus parfaite que cet univers, plus infinie que le temps infini, plus omniprésente que l’éther omniprésent.
Ainsi seulement l’homme devient intrépide et libre. Alors toutes les illusions cessent, toutes les souffrances disparaissent, toutes les peurs prennent fin pour toujours. La naissance s’en va, et avec elle la mort ; les douleurs s’envolent, et avec elles les plaisirs ; les mondes terrestres disparaissent, et avec eux les cieux ; les corps disparaissent, et avec eux le mental aussi. Pour cet homme, l’univers entier disparaît, pour ainsi dire. Cette lutte incessante, mouvante et continue des forces s’arrête pour toujours, et ce qui se manifestait comme force et matière, comme luttes de la nature, comme nature elle-même, comme cieux et terres, plantes et animaux, hommes et anges, tout cela se transfigure en une seule existence infinie, indestructible et immuable ; et l’homme qui connaît découvre qu’il ne fait qu’un avec cette existence. « De même que des nuages de diverses couleurs apparaissent devant le ciel, y demeurent un instant, puis disparaissent », de même, devant cette âme, surgissent toutes ces visions de terres et de cieux, de la lune et des dieux, des plaisirs et des douleurs ; mais elles passent toutes, laissant le ciel bleu, infini et immuable. Le ciel ne change jamais ; ce sont les nuages qui changent. C’est une erreur de croire que le ciel a changé. C’est une erreur de croire que nous sommes impurs, que nous sommes limités, que nous sommes séparés. Le véritable homme est l’Existence une et unique.
Deux questions se posent à présent. La première est : « Est-il possible de réaliser cela ? Jusqu’ici, ce n’est qu’une doctrine, une philosophie, mais est-il possible de le réaliser ? » Oui. Il existe encore dans ce monde des hommes pour qui l’illusion a disparu à jamais. Meurent-ils aussitôt après une telle réalisation ? Pas aussi vite qu’on pourrait le penser. Deux roues reliées par un même axe tournent ensemble. Si je saisis l’une des roues et que, d’un coup de hache, je coupe l’axe, la roue que j’ai saisie s’arrête ; mais l’autre roue conserve l’élan qu’elle a acquis, si bien qu’elle continue à tourner un peu, puis finit par tomber. Cet être pur et parfait, l’âme, est une roue ; cette hallucination extérieure que forment le corps et le mental est l’autre, et toutes deux sont reliées par l’axe des actes, du Karma. La connaissance est la hache qui tranchera le lien entre les deux, et la roue de l’âme s’arrêtera — elle cessera de croire qu’elle vient et s’en va, qu’elle vit et meurt ; elle cessera de croire qu’elle est la nature et qu’elle a des besoins et des désirs, et découvrira qu’elle est parfaite, sans désir. Mais l’autre roue, celle du corps et du mental, conservera l’élan des actes passés ; elle vivra donc quelque temps, jusqu’à ce que l’élan des œuvres passées s’épuise, jusqu’à ce qu’il se soit dissipé ; alors le corps et le mental tombent, et l’âme devient libre. Il n’est plus question de monter au ciel et d’en revenir, ni même d’aller au Brahmaloka ou dans l’une quelconque des sphères les plus élevées ; car d’où pourrait-il venir, ou vers où pourrait-il aller ? L’homme qui, en cette vie, a atteint cet état, pour qui, ne serait-ce qu’un instant, la vision ordinaire du monde a changé et la réalité est apparue, est appelé « le Libre vivant ». Tel est le but du Vedāntin : atteindre la libération tout en vivant.
Un jour, dans l’ouest de l’Inde, je traversais une région désertique sur la côte de l’océan Indien. Pendant des jours et des jours, je parcourais le désert à pied, mais j’étais stupéfait de voir chaque jour de beaux lacs, entourés d’arbres, dont les ombres se reflétaient à l’envers et tremblaient dans l’eau. « Comme c’est merveilleux, et l’on appelle cela une région désertique ! » me disais-je. Pendant près d’un mois, je cheminai en voyant ces merveilleux lacs, ces arbres et ces plantes. Un jour, j’avais très soif et voulais boire de l’eau ; je me dirigeai donc vers l’un de ces lacs limpides et magnifiques, mais, à mesure que je m’en approchais, il disparut. Alors, avec la soudaineté d’un éclair, me vint à l’esprit : « C’est le mirage dont j’ai lu le récit toute ma vie », et me vint aussi l’idée que, pendant tout ce mois, je voyais chaque jour le mirage sans le savoir. Le lendemain matin, je repris ma marche. Le lac était de nouveau là, mais cette fois je savais aussi que c’était un mirage, et non un véritable lac. Il en va ainsi de cet univers. Jour après jour, mois après mois, année après année, nous traversons tous ce mirage du monde sans savoir que c’en est un. Un jour, il se dissipera, mais il reviendra ; le corps doit rester soumis au pouvoir du Karma passé, et le mirage reviendra donc. Ce monde s’imposera de nouveau à nous tant que nous serons liés par le Karma : les hommes, les femmes, les animaux, les plantes, nos attachements et nos devoirs, tout reviendra à nous, mais avec une force moindre. Sous l’influence de la connaissance nouvelle, la puissance du Karma sera brisée, son poison aura perdu son pouvoir. Il se transforme, car s’y ajoute l’idée que nous le connaissons désormais, que nous avons reconnu la distinction tranchée entre la réalité et le mirage.
Ce monde ne sera donc plus le même qu’auparavant. Il y a toutefois ici un danger. Dans chaque pays, nous voyons des gens adopter cette philosophie et dire : « Je suis au-delà de toute vertu et de tout vice ; je ne suis donc soumis à aucune loi morale ; je peux faire tout ce qui me plaît. » Vous trouverez peut-être aujourd’hui, dans ce pays, bien des insensés qui disent : « Je ne suis soumis à rien ; je suis Dieu Lui-même ; laissez-moi faire tout ce qui me plaît. » Cela n’est pas juste, bien qu’il soit vrai que l’âme est au-delà de toutes les lois, physiques, mentales ou morales. Être soumis à la loi, c’est être asservi ; être au-delà de la loi, c’est être libre. Il est également vrai que la liberté est de la nature de l’âme, qu’elle est son droit de naissance : cette liberté véritable de l’âme transparaît à travers les voiles de la matière sous la forme de la liberté apparente de l’homme. À chaque instant de votre vie, vous sentez que vous êtes libres. Nous ne pouvons vivre, parler ou respirer un seul instant sans sentir que nous sommes libres ; mais, en même temps, un peu de réflexion nous montre que nous sommes comme des machines et que nous ne sommes pas libres. Qu’en est-il donc ? Cette idée de liberté est-elle une illusion ? Les uns soutiennent que l’idée de liberté est une illusion ; les autres disent que c’est l’idée d’asservissement qui est une illusion. Comment cela se fait-il ? L’homme est réellement libre ; l’homme véritable ne peut qu’être libre. C’est lorsqu’il entre dans le monde de Māyā, dans le monde du nom et de la forme, qu’il devient asservi. Le libre arbitre est une expression impropre. La volonté ne peut jamais être libre. Comment le pourrait-elle ? Ce n’est que lorsque l’homme véritable est devenu asservi que sa volonté entre en existence, et non auparavant. La volonté de l’homme est asservie, mais ce qui en est le fondement est éternellement libre. Ainsi, même dans l’état d’asservissement que nous appelons la vie humaine ou la vie divine, sur terre ou au ciel, il nous reste le souvenir de la liberté qui nous appartient de droit divin. Et, consciemment ou inconsciemment, nous luttons tous pour l’atteindre. Lorsqu’un homme a atteint sa propre liberté, comment pourrait-il être soumis à une loi quelconque ? Aucune loi de cet univers ne peut le lier, car cet univers lui-même lui appartient.
il est l’univers entier. Dites soit qu’il est l’univers entier, soit que, pour Lui, il n’y a pas d’univers. Comment peut-Il alors avoir toutes ces petites idées sur le sexe et le pays ? Comment peut-Il dire : « Je suis un homme, je suis une femme, je suis un enfant » ? Ne sont-ce pas des mensonges ? il sait que ce sont des mensonges. Comment peut-Il dire qu’il s’agit là des droits de l’homme, et que ceux-ci sont les droits de la femme ? Personne n’a de droits ; personne n’existe séparément. Il n’y a ni homme ni femme ; l’âme est sans sexe, éternellement pure. C’est un mensonge de dire que je suis un homme ou une femme, ou que j’appartiens à tel ou tel pays. Le monde entier est mon pays, l’univers entier est à moi, car je m’en suis revêtu comme de mon corps. Pourtant, nous voyons dans ce monde des gens prêts à affirmer ces doctrines et, en même temps, à faire des choses que nous qualifierions de répugnantes ; et si nous leur demandons pourquoi ils agissent ainsi, ils nous répondent que c’est nous qui sommes dans l’illusion et qu’ils ne peuvent rien faire de mal. À quel critère doit-on les juger ? Le voici.
Bien que le mal et le bien soient tous deux des manifestations conditionnées de l’âme, le mal est la couche la plus extérieure, et le bien, la couche la plus proche de l’homme véritable, le Soi. À moins de percer la couche du mal, l’homme ne peut atteindre celle du bien ; et à moins d’avoir traversé les deux couches, du bien et du mal, il ne peut atteindre le Soi. Que reste-t-il attaché à celui qui atteint le Soi ? Un peu de Karma, un peu de l’élan de sa vie passée, mais cet élan est entièrement bon. Tant que le mauvais élan n’a pas été entièrement épuisé et que les impuretés passées n’ont pas été entièrement consumées, aucun homme ne peut voir et réaliser la vérité. Ainsi, ce qui reste attaché à l’homme qui a atteint le Soi et vu la vérité, ce sont les vestiges des bonnes impressions de sa vie passée, le bon élan. Même s’il vit dans un corps et travaille sans relâche, il ne travaille que pour faire le bien ; ses lèvres ne prononcent que des bénédictions pour tous ; ses mains n’accomplissent que de bonnes œuvres ; son mental ne peut que concevoir de bonnes pensées ; sa présence est une bénédiction partout où il va. Il est lui-même une bénédiction vivante. Un tel homme, par sa seule présence, transformera même les personnes les plus mauvaises en saints. Même s’il ne parle pas, sa seule présence sera une bénédiction pour l’humanité. De tels hommes peuvent-ils faire le mal, peuvent-ils accomplir des actes mauvais ? Vous devez vous en souvenir : il y a entre la réalisation et le simple discours une différence du tout au tout. N’importe quel imbécile peut parler. Les perroquets parlent aussi. Parler est une chose, réaliser en est une autre. Les philosophies, les doctrines, les arguments, les livres, les théories, les Églises, les sectes et toutes ces choses sont bonnes à leur manière ; mais lorsque survient cette réalisation, elles disparaissent. Les cartes, par exemple, sont utiles ; mais lorsque vous voyez le pays lui-même, puis regardez de nouveau les cartes, quelle grande différence vous constatez ! Ainsi, ceux qui ont réalisé la vérité n’ont pas besoin des raisonnements de la logique ni de toutes les autres acrobaties de l’intellect pour la comprendre ; pour eux, elle est la vie même de leur vie, concrétisée, devenue plus que tangible. C’est, comme le disent les sages du Vedanta, « comme un fruit dans votre main » ; vous pouvez vous lever et dire : elle est ici. Ainsi, ceux qui ont réalisé la vérité se lèveront et diront : « Voici le Soi. » Vous pouvez discuter avec eux pendant des années, mais ils vous souriront ; tout cela leur semblera un bavardage d’enfant, et ils laisseront l’enfant bavarder. Ils ont réalisé la vérité et sont comblés. Supposez que vous ayez vu un pays et qu’un autre homme vienne essayer de vous convaincre, par ses arguments, que ce pays n’a jamais existé : il peut argumenter indéfiniment, mais vous ne pourrez que penser qu’il mérite l’asile d’aliénés. Ainsi, l’homme qui a réalisé dit : « Tout ce bavardage, dans le monde, au sujet de ses petites religions n’est que verbiage ; la réalisation est l’âme, l’essence même de la religion. » La religion peut être réalisée. Êtes-vous prêt ? Le voulez-vous ? Si c’est le cas, vous obtiendrez la réalisation, et alors vous serez véritablement religieux. Tant que vous n’avez pas atteint la réalisation, vous ne différez en rien des athées. Les athées sont sincères, mais l’homme qui dit croire en la religion sans jamais chercher à la réaliser n’est pas sincère.
La question suivante est de savoir ce qui vient après la réalisation. Supposons que nous ayons réalisé cette unité de l’univers, que nous sommes cet unique Être infini, et supposons que nous ayons réalisé que ce Soi est la seule Existence et que c’est ce même Soi qui se manifeste dans toutes ces formes phénoménales diverses : que deviendrons-nous après cela ? Deviendrons-nous inactifs, nous installerons-nous dans un coin pour y rester assis et dépérir ? « À quoi cela servira-t-il au monde ? » Toujours cette vieille question ! Tout d’abord, pourquoi cela devrait-il servir au monde ? Y a-t-il une raison pour que ce soit le cas ? De quel droit peut-on demander : « À quoi cela servira-t-il au monde ? » Qu’est-ce que cela signifie ? Un bébé aime les bonbons. Supposons que vous meniez des recherches sur un sujet lié à l’électricité et que le bébé vous demande : « Est-ce que cela achète des bonbons ? » « Non », répondez-vous. « Alors, à quoi cela servira-t-il ? » dit le bébé. Ainsi, les hommes se lèvent et disent : « À quoi cela servira-t-il au monde ? Est-ce que cela nous rapportera de l’argent ? » « Non. » « Alors, à quoi cela sert-il ? » Voilà ce que les hommes entendent par faire du bien au monde. Pourtant, la réalisation religieuse est ce qui fait le plus de bien au monde. Les gens craignent qu’en y parvenant, en réalisant qu’il n’y a qu’un seul Être, les sources de l’amour se tarissent, que tout ce qui fait la vie s’évanouisse et que tout ce qu’ils aiment disparaisse pour eux, pour ainsi dire, dans cette vie comme dans la vie à venir. Les gens ne s’arrêtent jamais pour penser que ceux qui ont le moins songé à leur individualité ont été les plus grands travailleurs de ce monde. Un homme n’aime vraiment que lorsqu’il découvre que l’objet de son amour n’est pas une chose basse, insignifiante et mortelle. Un homme n’aime vraiment que lorsqu’il découvre que l’objet de son amour n’est pas une motte de terre, mais Dieu Lui-même, en vérité. L’épouse aimera davantage son mari lorsqu’elle pensera que son mari est Dieu Lui-même. Le mari aimera davantage son épouse lorsqu’il saura que son épouse est Dieu Lui-même. La mère aimera davantage ses enfants si elle pense que ses enfants sont Dieu Lui-même. L’homme aimera son pire ennemi s’il sait que cet ennemi même est Dieu Lui-même. L’homme aimera un saint s’il sait que le saint est Dieu Lui-même, et cet homme aimera aussi les plus impies, car il sait que, derrière ces hommes impies, se trouve Lui-même, le Seigneur. Un tel homme devient un moteur du monde, car son petit soi est mort et Dieu a pris sa place. Tout l’univers se transfigurera à ses yeux. Tout ce qui est douloureux et misérable disparaîtra ; les luttes cesseront et s’éloigneront. Au lieu d’être une prison où, chaque jour, nous luttons, nous combattons et rivalisons pour une bouchée de pain, cet univers sera alors pour nous un terrain de jeu. Comme cet univers sera beau alors ! Seul un tel homme a le droit de se lever et de dire : « Comme ce monde est beau ! » Lui seul a le droit de dire que tout est bon. Tel sera le grand bien que cette réalisation apportera au monde : si, au lieu que ce monde continue à connaître toutes ses frictions et ses heurts, toute l’humanité réalisait aujourd’hui ne serait-ce qu’un peu de cette grande vérité, l’aspect du monde entier changerait et, au lieu des combats et des querelles, régnerait la paix. Cette hâte indécente et brutale qui nous pousse à devancer tous les autres disparaîtrait alors du monde. Avec elle disparaîtraient toutes les luttes, avec elle disparaîtraient toute haine et toute jalousie, et tout mal s’évanouirait à jamais. Alors, des dieux vivraient sur cette terre. Cette terre même deviendrait le ciel, et quel mal pourrait-il y avoir lorsque des dieux jouent avec des dieux, lorsque des dieux travaillent avec des dieux et que des dieux aiment des dieux ? Telle est la grande utilité de la réalisation divine. Tout ce que vous voyez dans la société serait alors changé et transfiguré. Vous ne penseriez plus jamais que l’homme est mauvais ; voilà le premier grand bienfait. Vous ne vous lèveriez plus jamais pour jeter avec mépris un regard moqueur sur un pauvre homme ou une pauvre femme qui a commis une erreur. Mesdames, vous ne regarderiez plus avec dédain la pauvre femme qui arpente les rues la nuit, car vous verriez même là Dieu Lui-même. Vous ne penseriez plus à la jalousie ni aux châtiments. Tout cela disparaîtrait ; et l’amour, le grand idéal de l’amour, serait si puissant qu’il ne faudrait ni fouet ni corde pour guider l’humanité dans la bonne voie.
Si un millionième des hommes et des femmes qui vivent dans ce monde s’assoyaient simplement et disaient pendant quelques minutes : « Vous êtes tous Dieu, ô vous, les hommes, et vous, les animaux et les êtres vivants, vous êtes tous les manifestations de l’unique Divinité vivante ! », le monde entier serait transformé en une demi-heure. Au lieu de lancer dans tous les recoins de terribles bombes de haine, au lieu de projeter des courants de jalousie et de pensées mauvaises, les gens de chaque pays penseraient que tout est Lui. Il est tout ce que vous voyez et ressentez. Comment pouvez-vous voir le mal s’il n’y a pas de mal en vous ? Comment pouvez-vous voir le voleur, s’il n’est pas là, assis au cœur même de votre cœur ? Comment pouvez-vous voir le meurtrier si vous êtes vous-même le meurtrier ? Soyez bons, et le mal disparaîtra à vos yeux. L’univers entier sera ainsi transformé. Voilà le plus grand bienfait pour la société. Voilà le grand bienfait pour l’organisme humain. Ces pensées furent conçues et mises en pratique par des individus dans l’Inde ancienne. Pour diverses raisons, telles que l’exclusivisme des maîtres et les conquêtes étrangères, elles ne furent pas autorisées à se répandre. Pourtant, ce sont de grandes vérités ; et partout où elles ont été mises en œuvre, l’homme est devenu divin. Ma vie entière a été transformée par le contact de l’un de ces hommes divins, dont je vais vous parler dimanche prochain ; et le temps vient où ces pensées seront répandues dans le monde entier. Au lieu de vivre dans des monastères, au lieu d’être confinées dans des ouvrages de philosophie que seuls les érudits peuvent étudier, au lieu d’être la possession exclusive de sectes et de quelques érudits, elles seront semées à la volée dans le monde entier, de sorte qu’elles deviennent le bien commun du saint et du pécheur, des hommes, des femmes et des enfants, des érudits et des ignorants. Elles imprégneront alors l’atmosphère du monde, et l’air même que nous respirons dira à chacune de ses pulsations : « Tu es Cela. » Et l’univers entier, avec ses myriades de soleils et de lunes, par tout ce qui parle, dira d’une seule voix : « Tu es Cela. »