Bouddhisme

L’Évangile de Bouddha, XLII — Les miracles interdits.

Jotikkha, fils de Subhadda, était un maître de maison qui vivait à Rājagaha. Ayant reçu un précieux bol de bois de santal orné de joyaux, il dressa un long mât devant sa maison et plaça le bol à son sommet, avec cette inscription : « Si un samana parvient à faire descendre ce bol sans utiliser d’échelle ni de bâton muni d’un crochet, et sans escalader le mât, mais par la force magique, il recevra en récompense tout ce qu’il désire. »
Les gens vinrent trouver le Bienheureux, émerveillés et débordant d’éloges, et dirent : « Grand est le Tathāgata. Ses disciples accomplissent des miracles. Kassapa, le disciple du Bouddha, aperçut le bol sur le mât de Jotikkha et, tendant la main, le prit, puis l’emporta triomphalement au vihāra. »
Quand le Bienheureux apprit ce qui s’était passé, il alla trouver Kassapa et, après avoir brisé le bol, interdit à ses disciples d’accomplir des miracles de quelque sorte que ce soit.
Peu après, durant l’une des saisons des pluies, de nombreux bhikkhus séjournaient dans le territoire des Vajjī, en proie à la famine. L’un des bhikkhus proposa à ses frères de se louer mutuellement auprès des maîtres de maison du village, en disant : « Ce bhikkhu est un saint, il a eu des visions célestes ; et ce bhikkhu possède des pouvoirs surnaturels, il peut accomplir des miracles. » Les villageois dirent alors : « Quelle chance, quelle grande chance pour nous que de tels saints passent la saison des pluies parmi nous ! » Ils donnèrent généreusement et en abondance, et les bhikkhus prospérèrent sans souffrir de la famine.
Lorsque le Bienheureux l’entendit, il demanda à Ânanda de réunir les bhikkhus et leur demanda : « Dites-moi, ô bhikkhus, à quel moment un bhikkhu cesse-t-il d’être un bhikkhu ? »
Et Sāriputta répondit :
« Un disciple ordonné ne doit commettre aucun acte impudique. Le disciple qui commet un acte impudique n’est plus un disciple de Sakyamuni.
« De même, un disciple ordonné ne doit prendre que ce qui lui a été donné. Le disciple qui prend, fût-ce l’équivalent d’un sou, n’est plus un disciple de Sakyamuni.
« Enfin, un disciple ordonné ne doit pas ôter sciemment et avec malveillance la vie à une créature inoffensive, pas même à un ver de terre ou à une fourmi. Le disciple qui ôte sciemment et avec malveillance la vie à une créature inoffensive n’est plus un disciple de Sakyamuni.
« Telles sont les trois grandes interdictions. »
Et le Bienheureux s’adressa aux bhikkhus et dit :
« Il est une autre grande interdiction que je vous déclare :
« Un disciple ordonné ne doit se glorifier d’aucune perfection surhumaine. Le disciple qui, avec une mauvaise intention et par convoitise, se glorifie d’une perfection surhumaine, qu’il s’agisse de visions célestes ou de miracles, n’est plus un disciple de Sakyamuni.
« Je vous interdis, ô bhikkhus, d’employer des sortilèges ou des supplications, car ils sont inutiles, puisque la loi du karma régit toutes choses. Celui qui tente d’accomplir des miracles n’a pas compris la doctrine du Tathāgata. »

Source Paul Carus, The Gospel of Buddha (1894), Project Gutenberg #35895 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire