Bouddhisme

L’Évangile de Bouddha, XVII — Le Sangha.

Après avoir exposé la vérité aux cinq bhikkhus, le Bouddha dit :
« Un homme qui se tient seul, ayant décidé d’obéir à la vérité, peut être faible et retomber dans ses anciennes habitudes. Tenez-vous donc ensemble, aidez-vous les uns les autres et soutenez vos efforts mutuels.
« Soyez comme des frères ; unis dans l’amour, unis dans la sainteté et unis dans votre zèle pour la vérité.
« Répandez la vérité et prêchez la doctrine dans toutes les régions du monde, afin qu’enfin tous les êtres vivants deviennent citoyens du royaume de la justice.
« Telle est la sainte fraternité ; telle est l’Église, l’assemblée des saints du Bouddha ; telle est la Sangha, qui établit une communion entre tous ceux qui ont pris refuge dans le Bouddha. »
Kondañña fut le premier disciple du Bouddha à avoir pleinement compris la doctrine du Saint, et le Tathâgata, regardant dans son cœur, dit : « En vérité, Kondañña a compris la vérité. » C’est pourquoi le vénérable Kondañña reçut le nom d’« Aññata-Kondañña », c’est-à-dire « Kondañña qui a compris la doctrine ».
Alors le vénérable Kondañña parla au Bouddha et dit : « Seigneur, que le Bienheureux nous confère l’ordination. »
Et le Bouddha dit : « Venez, ô bhikkhus ! La doctrine est bien enseignée. Menez une vie sainte afin d’éteindre la souffrance. »
Alors Kondañña et les autres bhikkhus prononcèrent trois fois ces vœux solennels :
« C’est vers le Bouddha que je me tournerai avec foi : lui, le Parfait, est saint et suprême. Le Bouddha nous transmet l’enseignement, la sagesse et le salut ; il est le Bienheureux, qui connaît la loi de l’existence ; il est le Seigneur du monde, qui mène les hommes comme des bœufs, l’Instructeur des dieux et des hommes, le Bouddha exalté. C’est pourquoi je me tournerai vers le Bouddha avec foi.
« C’est vers la doctrine que je me tournerai avec foi : la doctrine a été bien prêchée par le Bouddha exalté. Elle a été révélée de manière à devenir visible ; elle transcende le temps et l’espace. Elle ne repose pas sur des ouï-dire ; elle dit : “Venez et voyez” ; elle conduit au bien-être ; les sages la reconnaissent en leur propre cœur. C’est pourquoi je me tournerai vers la doctrine avec foi.
« C’est vers la communauté que je me tournerai avec foi ; la communauté des disciples du Bouddha nous enseigne comment mener une vie juste ; elle nous enseigne comment pratiquer l’honnêteté et la justice ; elle nous montre comment mettre la vérité en pratique. Ses membres forment une fraternité de bonté et de charité, et ses saints sont dignes de vénération. La communauté des disciples du Bouddha est fondée comme une sainte fraternité, au sein de laquelle les hommes s’unissent pour enseigner les préceptes de la droiture et faire le bien. C’est pourquoi je me tournerai vers la communauté avec foi. »
Et l’Évangile du Bienheureux grandissait de jour en jour, et beaucoup de gens venaient l’écouter et recevoir l’ordination, afin de mener désormais une vie sainte pour mettre fin à la souffrance.
Et le Bienheureux, voyant qu’il lui était impossible de s’occuper de tous ceux qui voulaient entendre la vérité et recevoir l’ordination, choisit parmi ses disciples ceux qui devaient prêcher le Dharma, les envoya et leur dit :
« Le Dharma et le Vinaya proclamés par le Tathâgata brillent lorsqu’on les expose, et non lorsqu’on les dissimule. Mais que cette doctrine, si riche en vérité et si excellente, ne tombe pas entre les mains de ceux qui en sont indignes, où elle serait méprisée et dédaignée, traitée avec mépris, tournée en ridicule et censurée.
« Je vous accorde maintenant, ô bhikkhus, cette permission. Conférez désormais l’ordination, dans les différents pays, à ceux qui désirent la recevoir, lorsque vous les jugerez dignes.
« Partez maintenant, ô bhikkhus, pour le bien du grand nombre, pour le bien-être de l’humanité, par compassion pour le monde. Prêchez la doctrine glorieuse au début, glorieuse au milieu et glorieuse à la fin, tant dans son esprit que dans sa lettre. Il est des êtres dont les yeux sont à peine couverts de poussière ; mais si la doctrine ne leur est pas prêchée, ils ne pourront atteindre le salut. Faites-leur connaître une vie de sainteté. Ils comprendront la doctrine et l’accepteront. »
Et il devint de coutume que les bhikkhus partent prêcher par beau temps, mais qu’ils se réunissent de nouveau pendant la saison des pluies et rejoignent leur maître pour écouter les exhortations du Tathâgata.

Source Paul Carus, The Gospel of Buddha (1894), Project Gutenberg #35895 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire