C’était la nuit. Le prince ne trouvait aucun repos sur son doux oreiller ; il se leva et sortit dans le jardin. « Hélas ! s’écria-t-il, le monde entier est plongé dans les ténèbres et l’ignorance ; nul ne sait comment guérir les maux de l’existence. » Et il gémit de douleur.
Siddhattha s’assit sous le grand jambu et se livra à la réflexion, méditant sur la vie et la mort, ainsi que sur les méfaits du déclin. Concentrant son esprit, il se libéra de toute confusion. Tous les bas désirs s’évanouirent de son cœur, et une parfaite tranquillité s’empara de lui.
Dans cet état d’extase, il vit par l’œil de son esprit toute la misère et la souffrance du monde ; il vit les peines du plaisir et l’inéluctable certitude de la mort qui plane sur tout être ; pourtant, les hommes ne s’éveillent pas à la vérité. Et une profonde compassion s’empara de son cœur.
Tandis que le prince méditait sur le problème du mal, il aperçut par l’œil de son esprit, sous le jambu, une haute silhouette empreinte de majesté, calme et digne. « D’où viens-tu, et qui peux-tu bien être ? » demanda le prince.
En réponse, la vision dit : « Je suis un samana. Troublé par la pensée de la vieillesse, de la maladie et de la mort, j’ai quitté mon foyer pour chercher la voie du salut. Toutes choses se hâtent vers le déclin ; seule la vérité demeure éternellement. Tout change et rien n’est permanent ; pourtant, les paroles des Buddhas sont immuables. J’aspire au bonheur qui ne se flétrit pas ; au trésor qui ne périra jamais ; à la vie qui ne connaît ni commencement ni fin. C’est pourquoi j’ai banni toute pensée mondaine. Je me suis retiré dans un vallon peu fréquenté pour vivre dans la solitude ; et, mendiant ma nourriture, je me consacre à l’unique chose nécessaire. »
Siddhattha s’assit sous le grand jambu et se livra à la réflexion, méditant sur la vie et la mort, ainsi que sur les méfaits du déclin. Concentrant son esprit, il se libéra de toute confusion. Tous les bas désirs s’évanouirent de son cœur, et une parfaite tranquillité s’empara de lui.
Dans cet état d’extase, il vit par l’œil de son esprit toute la misère et la souffrance du monde ; il vit les peines du plaisir et l’inéluctable certitude de la mort qui plane sur tout être ; pourtant, les hommes ne s’éveillent pas à la vérité. Et une profonde compassion s’empara de son cœur.
Tandis que le prince méditait sur le problème du mal, il aperçut par l’œil de son esprit, sous le jambu, une haute silhouette empreinte de majesté, calme et digne. « D’où viens-tu, et qui peux-tu bien être ? » demanda le prince.
En réponse, la vision dit : « Je suis un samana. Troublé par la pensée de la vieillesse, de la maladie et de la mort, j’ai quitté mon foyer pour chercher la voie du salut. Toutes choses se hâtent vers le déclin ; seule la vérité demeure éternellement. Tout change et rien n’est permanent ; pourtant, les paroles des Buddhas sont immuables. J’aspire au bonheur qui ne se flétrit pas ; au trésor qui ne périra jamais ; à la vie qui ne connaît ni commencement ni fin. C’est pourquoi j’ai banni toute pensée mondaine. Je me suis retiré dans un vallon peu fréquenté pour vivre dans la solitude ; et, mendiant ma nourriture, je me consacre à l’unique chose nécessaire. »
Siddhattha demanda : « La paix peut-elle être atteinte dans ce monde d’agitation ? Je suis frappé par le vide du plaisir et le désir m’inspire du dégoût. Tout m’accable, et l’existence elle-même me semble intolérable. »
Le samana répondit : « Là où se trouve la chaleur, il existe aussi la possibilité du froid ; les êtres sujets à la douleur possèdent la faculté d’éprouver du plaisir ; l’origine du mal indique que le bien peut être cultivé. Car ces choses sont corrélatives. Ainsi, là où se trouvent de grandes souffrances, il y aura une grande félicité, pour peu que tu ouvres les yeux afin de la voir. De même qu’un homme tombé dans un amas d’ordures devrait chercher le grand étang couvert de lotus, qui se trouve tout près, de même cherche le grand lac immortel du Nirvâna, afin de te laver de la souillure du mal. Si le lac n’est pas recherché, ce n’est pas la faute du lac. De même, lorsqu’un chemin béni mène à la délivrance du Nirvâna l’homme retenu par le mal, si l’on ne suit pas ce chemin, ce n’est pas la faute du chemin, mais celle de la personne. Et lorsqu’un homme accablé par la maladie ne recourt pas à l’aide d’un médecin capable de le guérir, ce n’est pas la faute du médecin. De même, lorsqu’un homme accablé par le mal de ses méfaits ne cherche pas le guide spirituel de l’éveil, ce n’est pas la faute du guide qui détruit le mal. »
Le samana répondit : « Là où se trouve la chaleur, il existe aussi la possibilité du froid ; les êtres sujets à la douleur possèdent la faculté d’éprouver du plaisir ; l’origine du mal indique que le bien peut être cultivé. Car ces choses sont corrélatives. Ainsi, là où se trouvent de grandes souffrances, il y aura une grande félicité, pour peu que tu ouvres les yeux afin de la voir. De même qu’un homme tombé dans un amas d’ordures devrait chercher le grand étang couvert de lotus, qui se trouve tout près, de même cherche le grand lac immortel du Nirvâna, afin de te laver de la souillure du mal. Si le lac n’est pas recherché, ce n’est pas la faute du lac. De même, lorsqu’un chemin béni mène à la délivrance du Nirvâna l’homme retenu par le mal, si l’on ne suit pas ce chemin, ce n’est pas la faute du chemin, mais celle de la personne. Et lorsqu’un homme accablé par la maladie ne recourt pas à l’aide d’un médecin capable de le guérir, ce n’est pas la faute du médecin. De même, lorsqu’un homme accablé par le mal de ses méfaits ne cherche pas le guide spirituel de l’éveil, ce n’est pas la faute du guide qui détruit le mal. »
Le prince écouta les nobles paroles de son visiteur et dit : « Tu apportes de bonnes nouvelles, car je sais maintenant que mon dessein s’accomplira. Mon père me conseille de jouir de la vie et de m’acquitter de devoirs mondains, qui m’apporteront de l’honneur, à moi et à notre maison. Il me dit que je suis encore trop jeune, que mon pouls bat trop fort pour mener une vie religieuse. »
Le vénérable personnage secoua la tête et répondit : « Tu devrais savoir qu’il n’est jamais inopportun de rechercher une vie religieuse. »
Une joie intense traversa le cœur de Siddhattha. « Le moment est venu de rechercher la religion, dit-il ; le moment est venu de rompre tous les liens qui m’empêcheraient d’atteindre l’Éveil parfait ; le moment est venu de partir sans foyer et, menant une vie de mendiant, de trouver la voie de la délivrance. »
Le messager céleste entendit la résolution de Siddhattha avec approbation.
« Oui, le moment est venu de rechercher la religion, ajouta-t-il. Va, Siddhattha, et accomplis ton dessein. Car tu es Bodhisatta, le Buddha élu ; tu es destiné à éclairer le monde.
« Tu es le Tathāgata, le grand maître, car tu accompliras toute justice et seras Dharmarāja, le roi de la vérité. Tu es Bhagavat, le Bienheureux, car tu es appelé à devenir le sauveur et le rédempteur du monde.
Le vénérable personnage secoua la tête et répondit : « Tu devrais savoir qu’il n’est jamais inopportun de rechercher une vie religieuse. »
Une joie intense traversa le cœur de Siddhattha. « Le moment est venu de rechercher la religion, dit-il ; le moment est venu de rompre tous les liens qui m’empêcheraient d’atteindre l’Éveil parfait ; le moment est venu de partir sans foyer et, menant une vie de mendiant, de trouver la voie de la délivrance. »
Le messager céleste entendit la résolution de Siddhattha avec approbation.
« Oui, le moment est venu de rechercher la religion, ajouta-t-il. Va, Siddhattha, et accomplis ton dessein. Car tu es Bodhisatta, le Buddha élu ; tu es destiné à éclairer le monde.
« Tu es le Tathāgata, le grand maître, car tu accompliras toute justice et seras Dharmarāja, le roi de la vérité. Tu es Bhagavat, le Bienheureux, car tu es appelé à devenir le sauveur et le rédempteur du monde.
« Accomplis la perfection de la vérité. Même si la foudre tombe sur ta tête, ne cède jamais aux séductions qui détournent les hommes du chemin de la vérité. De même que le soleil suit en toute saison son propre cours, sans jamais en emprunter un autre, si tu n’abandonnes pas le droit chemin de la justice, tu deviendras un Bouddha.
« Persévère dans ta quête et tu trouveras ce que tu cherches. Poursuis ton but sans dévier et tu obtiendras le prix. Lutte avec ardeur et tu triompheras. La bénédiction de toutes les divinités, de tous les saints, de tous ceux qui cherchent la lumière est sur toi, et la sagesse céleste guide tes pas. Tu seras le Bouddha, notre Maître et notre Seigneur ; tu éclaireras le monde et sauveras l’humanité de la perdition. »
Après avoir ainsi parlé, la vision s’évanouit, et le cœur de Siddhattha fut rempli de paix. Il se dit :
« Je me suis éveillé à la vérité et je suis résolu à accomplir mon dessein. Je romprai tous les liens qui m’attachent au monde, et je quitterai mon foyer pour chercher la voie du salut.
« Les Bouddhas sont des êtres dont les paroles ne sauraient faillir : leur discours ne s’écarte jamais de la vérité.
« Car, de même que la chute d’une pierre lancée dans les airs, la mort d’un mortel, le lever du soleil à l’aube, le rugissement du lion lorsqu’il quitte son repaire, la délivrance d’une femme enceinte, toutes ces choses sont certaines et infaillibles — de même la parole des Bouddhas est sûre et ne saurait faillir. »
« Persévère dans ta quête et tu trouveras ce que tu cherches. Poursuis ton but sans dévier et tu obtiendras le prix. Lutte avec ardeur et tu triompheras. La bénédiction de toutes les divinités, de tous les saints, de tous ceux qui cherchent la lumière est sur toi, et la sagesse céleste guide tes pas. Tu seras le Bouddha, notre Maître et notre Seigneur ; tu éclaireras le monde et sauveras l’humanité de la perdition. »
Après avoir ainsi parlé, la vision s’évanouit, et le cœur de Siddhattha fut rempli de paix. Il se dit :
« Je me suis éveillé à la vérité et je suis résolu à accomplir mon dessein. Je romprai tous les liens qui m’attachent au monde, et je quitterai mon foyer pour chercher la voie du salut.
« Les Bouddhas sont des êtres dont les paroles ne sauraient faillir : leur discours ne s’écarte jamais de la vérité.
« Car, de même que la chute d’une pierre lancée dans les airs, la mort d’un mortel, le lever du soleil à l’aube, le rugissement du lion lorsqu’il quitte son repaire, la délivrance d’une femme enceinte, toutes ces choses sont certaines et infaillibles — de même la parole des Bouddhas est sûre et ne saurait faillir. »
« En vérité, je deviendrai un Buddha. »
Le prince retourna dans la chambre de son épouse pour jeter un dernier regard d’adieu à ceux qu’il chérissait plus que tous les trésors de la terre. Il désirait prendre encore une fois le nourrisson dans ses bras et l’embrasser pour lui faire ses adieux. Mais l’enfant reposait dans les bras de sa mère, et le prince ne pouvait le prendre sans les réveiller tous deux.
Là, Siddhattha se tenait debout, contemplant sa belle épouse et son fils bien-aimé, et son cœur était accablé de chagrin. La douleur de la séparation s’empara puissamment de lui. Bien que son esprit fût résolu, de sorte que rien, ni bien ni mal, ne pût ébranler sa détermination, les larmes coulaient librement de ses yeux, et il lui était impossible d’en retenir le flot. Mais le prince s’arracha à eux d’un cœur viril, réprimant ses sentiments sans toutefois effacer leur souvenir.
Le Bodhisatta monta son noble coursier Kanthaka et, lorsqu’il quitta le palais, Mâra se tint à la porte et l’arrêta : « Ne pars pas, ô mon Seigneur, s’exclama Mâra. Dans sept jours, la roue de l’empire apparaîtra et te rendra souverain des quatre continents et des deux mille îles voisines. Reste donc, mon Seigneur. »
Le Bodhisatta répondit : « Je sais bien que la roue de l’empire m’apparaîtra ; mais ce n’est pas la souveraineté que je désire. Je deviendrai un Buddha et ferai pousser au monde entier des cris de joie. »
Le prince retourna dans la chambre de son épouse pour jeter un dernier regard d’adieu à ceux qu’il chérissait plus que tous les trésors de la terre. Il désirait prendre encore une fois le nourrisson dans ses bras et l’embrasser pour lui faire ses adieux. Mais l’enfant reposait dans les bras de sa mère, et le prince ne pouvait le prendre sans les réveiller tous deux.
Là, Siddhattha se tenait debout, contemplant sa belle épouse et son fils bien-aimé, et son cœur était accablé de chagrin. La douleur de la séparation s’empara puissamment de lui. Bien que son esprit fût résolu, de sorte que rien, ni bien ni mal, ne pût ébranler sa détermination, les larmes coulaient librement de ses yeux, et il lui était impossible d’en retenir le flot. Mais le prince s’arracha à eux d’un cœur viril, réprimant ses sentiments sans toutefois effacer leur souvenir.
Le Bodhisatta monta son noble coursier Kanthaka et, lorsqu’il quitta le palais, Mâra se tint à la porte et l’arrêta : « Ne pars pas, ô mon Seigneur, s’exclama Mâra. Dans sept jours, la roue de l’empire apparaîtra et te rendra souverain des quatre continents et des deux mille îles voisines. Reste donc, mon Seigneur. »
Le Bodhisatta répondit : « Je sais bien que la roue de l’empire m’apparaîtra ; mais ce n’est pas la souveraineté que je désire. Je deviendrai un Buddha et ferai pousser au monde entier des cris de joie. »
Ainsi, Siddhattha, le prince, renonça au pouvoir et aux plaisirs du monde, abandonna son royaume, rompit tous ses liens et partit vivre sans foyer. Il s’éloigna dans la nuit silencieuse, accompagné seulement de son fidèle cocher Channa.
Les ténèbres recouvraient la terre, mais les étoiles brillaient dans le ciel.
Les ténèbres recouvraient la terre, mais les étoiles brillaient dans le ciel.