Bouddhisme

L’Évangile de Bouddha, XCIII — Le discours d’adieu du Bouddha.

Quand le Bienheureux fut resté aussi longtemps qu’il le souhaitait dans le bosquet d’Ambapālī, il se rendit à Beluva, près de Vesālī. Là, le Bienheureux s’adressa aux frères et leur dit : « Ô mendiants, établissez votre résidence pour la saison des pluies aux alentours de Vesālī, chacun selon le lieu où vivent ses amis et ses proches compagnons. Pour ma part, je passerai la saison des pluies ici, à Beluva. »
Quand le Bienheureux eut ainsi commencé la saison des pluies, une terrible maladie s’abattit sur lui, et des douleurs aiguës le conduisirent aux portes de la mort. Mais le Bienheureux, attentif et maître de lui, supporta ses maux sans se plaindre.
Alors cette pensée vint au Bienheureux : « Il ne serait pas convenable que je quitte la vie sans m’adresser aux disciples, sans prendre congé de l’ordre. Que, par un puissant effort de volonté, je dompte maintenant cette maladie et me maintienne en vie jusqu’au terme qui m’est assigné. »
Et le Bienheureux, par un puissant effort de volonté, dompta la maladie et se maintint en vie jusqu’au moment qu’il avait fixé. La maladie s’apaisa.
Ainsi le Bienheureux commença à se rétablir ; et, une fois tout à fait délivré de sa maladie, il sortit du monastère et s’assit sur un siège disposé en plein air. Le vénérable Ānanda, accompagné de nombreux autres disciples, s’approcha du Bienheureux, le salua, puis, s’asseyant respectueusement à l’écart, dit : « Seigneur, j’ai vu le Bienheureux en bonne santé, et j’ai vu le Bienheureux souffrir. Et bien qu’à la vue de la maladie du Bienheureux mon corps fût devenu faible comme une liane, que l’horizon se fût obscurci à mes yeux et que mes facultés ne fussent plus claires, j’ai néanmoins trouvé quelque réconfort dans cette pensée : le Bienheureux ne quitterait pas l’existence avant d’avoir au moins laissé des instructions concernant l’ordre. »
Et le Bienheureux s’adressa à Ânanda au nom de l’ordre, disant :
« Qu’attend donc de moi l’ordre, Ânanda ? J’ai prêché la vérité sans établir aucune distinction entre la doctrine exotérique et la doctrine ésotérique ; car, en ce qui concerne la vérité, Ânanda, le Tathâgata n’a rien de semblable au poing fermé d’un maître qui garde certaines choses pour lui.
« Certes, Ânanda, si quelqu’un nourrissait cette pensée : “C’est moi qui dirigerai la communauté des frères”, ou : “L’ordre dépend de moi”, il devrait donner des instructions sur toute question concernant l’ordre. Or le Tathâgata, Ânanda, ne pense pas que ce soit à lui de diriger la communauté des frères, ni que l’ordre dépende de lui.
« Pourquoi donc le Tathâgata devrait-il donner des instructions sur une question concernant l’ordre ?
« Je suis maintenant vieux, ô Ânanda, et j’ai vécu de longues années ; mon voyage touche à sa fin, j’ai atteint le terme de mes jours, j’approche de mes quatre-vingts ans.
« De même qu’un chariot usé ne peut avancer sans grande difficulté, ainsi le corps du Tathâgata ne peut continuer qu’au prix de beaucoup de soins supplémentaires.
« Ce n’est que lorsque le Tathâgata, cessant de prêter attention à toute chose extérieure, s’absorbe dans cette profonde méditation du cœur qui ne porte sur aucun objet corporel, ce n’est qu’alors que le corps du Tathâgata est à l’aise.
« C’est pourquoi, ô Ânanda, soyez vos propres lampes. Fiez-vous à vous-mêmes et ne vous reposez pas sur une aide extérieure.
« Tenez-vous fermement à la vérité comme à une lampe. Cherchez le salut uniquement dans la vérité. Ne cherchez l’aide de personne d’autre que vous-mêmes.
« Et comment, Ânanda, un frère peut-il être sa propre lampe, se fier uniquement à lui-même et ne dépendre d’aucune aide extérieure, en tenant fermement à la vérité comme à sa lampe et en cherchant le salut dans la seule vérité, sans chercher l’aide de personne d’autre que lui-même ?
« À cette fin, ô Ânanda, qu’un frère, tandis qu’il demeure dans le corps, considère le corps de telle sorte que, plein d’ardeur, réfléchi et attentif, il puisse, tant qu’il est dans le monde, surmonter le chagrin qui naît des désirs du corps.
« Tant qu’il est soumis aux sensations, qu’il continue à considérer les sensations de telle sorte que, plein d’ardeur, réfléchi et attentif, il puisse, tant qu’il est dans le monde, surmonter le chagrin qui naît des sensations.
« De même, lorsqu’il pense, raisonne ou éprouve des sentiments, qu’il considère ses pensées de telle sorte que, plein d’ardeur, réfléchi et attentif, il puisse, tant qu’il est dans le monde, surmonter le chagrin qui naît du désir suscité par les idées, le raisonnement ou les sentiments.
« Ceux qui, maintenant ou après ma mort, seront leurs propres lampes, ne se fiant qu’à eux-mêmes et ne dépendant d’aucune aide extérieure, mais tenant fermement à la vérité comme à leur lampe, cherchant leur salut dans la seule vérité et ne cherchant l’aide de personne d’autre qu’eux-mêmes, ceux-là, Ânanda, parmi mes bhikkhus, atteindront le sommet le plus élevé ! Mais ils doivent être désireux d’apprendre. »

Source Paul Carus, The Gospel of Buddha (1894), Project Gutenberg #35895 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire