Bouddhisme

L’Évangile de Bouddha, LXXI — La transmission de la félicité.

Annabhāra, esclave de Sumana, venait de couper l’herbe dans le pré lorsqu’il vit un samana, son bol à la main, qui mendiait de la nourriture. Jetant à terre son fagot d’herbe, il courut dans la maison et revint avec le riz qui avait été préparé pour son propre repas.
Le samana mangea le riz et le réjouit par des paroles de réconfort religieux.
La fille de Sumana, qui avait observé la scène depuis une fenêtre, s’écria : « Bien ! Annabhāra, bien ! Très bien ! »
Sumana, entendant ces paroles, lui demanda ce qu’elle voulait dire. Lorsqu’il eut appris le dévouement d’Annabhāra et les paroles de réconfort qu’il avait reçues du samana, il se rendit auprès de son esclave et lui offrit de l’argent pour qu’il partage avec lui la félicité de son offrande.
« Mon maître, dit Annabhāra, permettez-moi d’abord de consulter le vénérable. » S’approchant du samana, il lui dit : « Mon maître m’a demandé de partager avec lui la félicité de l’offrande que je t’ai faite de ma ration de riz. Est-il juste que je la partage avec lui ? »
Le samana répondit par une parabole. Il dit : « Dans un village de cent maisons, une seule lampe brûlait. Alors un voisin vint avec sa lampe et l’alluma à la première ; de la même manière, la lumière se transmit de maison en maison, et la clarté du village s’accrut. Ainsi, la lumière de la religion peut se répandre sans rien ôter à celui qui la communique. Que la félicité de ton offrande se répande elle aussi. Partage-la. »
Annabhāra retourna chez son maître et lui dit : « Je t’offre, mon seigneur, une part de la félicité que m’a procurée mon offrande. Daigne l’accepter. »
Sumana l’accepta et proposa à son esclave une somme d’argent, mais Annabhāra répondit : « Non, mon seigneur ; si j’acceptais ton argent, il semblerait que je te vende ma part. La félicité ne peut s’acheter ; je te prie de bien vouloir l’accepter comme un don. »
Son maître répondit : « Frère Annabhāra, à partir d’aujourd’hui, tu seras libre. Vis auprès de moi comme mon ami et accepte ce présent en témoignage de mon respect. »

Source Paul Carus, The Gospel of Buddha (1894), Project Gutenberg #35895 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire