L’ensemble de la conduite humaine peut se diviser en actes qui sont prescrits, en actes qui sont interdits, et en actes nécessaires au maintien de l’existence physique et tout juste suffisants pour répondre aux besoins humains, tels que manger, boire, parler suffisamment pour régler les affaires du monde, et ainsi de suite. Car tout acte qui dépasse la limite du nécessaire, soit en tendant à l’excès, soit à l’insuffisance, ne peut manquer d’être rangé parmi les actes prescrits par la raison ou par l’Écriture, si son intention est de servir Dieu, ou parmi les actes interdits, si ce dépassement n’a pas pour but de servir Dieu. Cependant, lorsque nous examinons de plus près la catégorie des actes décrits comme n’étant ni prescrits ni interdits, mais simplement nécessaires à la vie humaine et à l’ordre du monde, nous découvrons qu’elle relève de la catégorie des actes prescrits dès le commencement de la création (ici encore, l’Écriture et la raison — l’éthique proprement dite — s’accordent), car nous lisons dans la Genèse : « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la » ; et plus loin : « Voici, Je vous donne toute herbe portant semence, qui est à la surface de toute la terre, pour nourriture. » Ainsi, la consommation d’une nourriture suffisante est également prescrite par la Torah, et, puisqu’il en est ainsi, il est clair que tout acte intentionnel possible des fils des hommes est soit prescrit, soit interdit, et que celui qui accomplit un acte prescrit (par la raison ou par l’Écriture) fait une bonne action ; s’il ne l’accomplit pas, il manque à son devoir. De même, accomplir un acte interdit par la raison ou par l’Écriture est un péché, et s’en abstenir, si l’on s’en abstient par révérence envers l’Éternel, est juste. Et accomplir les actes qui ne sont pas interdits avec mesure et comme il convient est juste.
Considère donc que toutes les actions des hommes, sans exception, sont bonnes ou mauvaises ; et l’homme intelligent est celui qui pèse toutes ses actions, avant de les accomplir, sur cette balance, les examine avec toute la réflexion dont il est capable et toute la force de son intelligence, choisit les meilleures et renonce à toutes les autres. Le sage (Ecclésiaste, XII) classe toutes les œuvres comme bonnes ou mauvaises : « Car Dieu fera venir toute œuvre en jugement, pour tout ce qui est caché, qu’il soit bon ou mauvais. »