Islam

Shabistari, Jardin secret des roses, Formes reflétées de l’habitude

Répète plusieurs fois une action
Et tu la maîtriseras ;
L’habitude forge les dispositions,
Comme le temps fait mûrir les fruits.
Par la pratique, l’homme apprend un métier,
Par l’habitude, il rassemble ses pensées.
Souviens-toi qu’au dernier jour
Toutes tes habitudes et tes actions
Seront clairement visibles,
Car le vêtement du corps
Sera dépouillé. Et la forme qui restera
Reflétera tes vices et tes vertus,
Comme les objets se reflètent dans l’eau pure.
De nouveau, tes dispositions prendront corps,
Se manifestant sous forme de lumières et de feux ;
Car toutes les limitations phénoménales seront levées.
Toi qui es pur de toute forme terrestre,
Illuminé par la Vérité,
Tu apparaîtras tout cœur,
Grâce à ton amour sans tache.
Alors, l’ivresse te possédera,
Et tu disperseras dans la confusion les deux mondes.
UN SERVITEUR FIDÈLE
Pour devenir un serviteur fidèle,
Cultive la foi et la sincérité,
Renouvelle ta croyance à chaque instant,
Tandis que l’incroyance habite ton cœur.
Renonce au désir d’être vu des hommes,
Rejette la robe bleue rapiécée
Du derviche,
Et ceins-toi de la ceinture magienne.
Sois croyant, sois croyant, sois croyant !
« proche » ET « LOINTAIN »
S’Il répand Sa Lumière sur toi,
Tu te rapproches de Lui
Et t’éloignes de ta propre existence.
Car en te rapprochant de Lui,
Tu t’éloignes de toi-même.
Quel profit tires-tu
De ton existence inexistante ?
LE SAGE
La vertu et l’équité,
Le courage et la tempérance,
Sont les quatre qualités du sage.
Il n’est ni trop rusé ni sot,
Ses appétits sont maîtrisés,
Il est exempt de servilité et de vantardise,
De témérité comme de lâcheté.
Toutes les vertus se situent entre
L’excès et le défaut,
Sur un étroit sentier entre
L’abîme sans fond de l’enfer,
Fin et tranchant comme le fil d’une épée,
Qui ne permet ni de s’attarder
Ni de faire demi-tour.
L’équilibre est le sommet de la perfection,
Où l’on devient une essence pure.
Comme les rayons du soleil
Brillent sur la terre,
Ainsi la lumière du monde spirituel
Resplendit sur celui
Qui a atteint cet équilibre.
LE PROPHÈTE ET LE SAINT
Le Prophète, resplendissant dans sa perfection,
Est comme la lumière éclatante du soleil,
Et le saint, cachant sa sainteté,
Est comme la lumière atténuée de la lune.
Par leur compagnonnage, le saint
Est proche du Prophète,
Et ayant pénétré dans cette chambre secrète,
Il aime la Vérité et en est aimé.
LE PREMIER ET LE DERNIER
Les deux mondes ont produit l’âme d’Adam,
qui, bien que première dans la pensée, fut créée en dernier.
En l’homme se révèle la cause finale,
Car nul n’existe au-delà de lui.
Ô premier, qui es aussi la substance du dernier !
Ô Caché, qui es aussi l’essence du manifeste !
Toi qui, jour et nuit, t’interroges sur toi-même,
Ne pense plus à toi-même,
Car l’aboutissement d’une telle réflexion est la confusion.
ANÉANTISSEMENT DES PHÉNOMÈNES
Les cieux et les étoiles
disparaîtront au temps fixé.
Une vague frappera la terre,
et voici qu’elle s’évanouit.
Seule la Vérité demeurera, immuable.
Et toi, à cet instant,
Sortant de cette vie de rêve,
Dépouillé de toi-même,
Tu ne feras qu’un avec le Bien-Aimé.
Ô Maître, médite sur ta venue et ton
départ,
Et sur les mille existences qui t’attendent !
LA FOI INSCRITE
LIS l’écriture gravée dans ton cœur,
Et tu comprendras tout ce que tu désires,
Car le jour où Il pétrit l’argile,
Il écrivit par grâce la foi dans ton cœur.
L’HOMME PARFAIT
MALGRÉ son héritage,
L’homme parfait est un esclave
Et accomplit le travail d’un esclave.
La loi est son vêtement extérieur,
Bien qu’au-dedans de lui se trouve la voie mystique.
Il est renommé pour son savoir et sa dévotion,
Mais il est loin de tout cela,
Car il est absorbé dans la contemplation de l’Un.
Quand son pèlerinage est achevé,
Il reçoit la couronne du califat.
L’UN
LE NOM
CHAQUE créature tient son être
De l’Unique Nom,
Duquel elle procède,
Et auquel elle retourne,
Avec des louanges sans fin.
L’HÔTE BIEN-AIMÉ
Rejette entièrement ton existence,
Car elle n’est que mauvaises herbes et rebut.
Va, vide la chambre de ton cœur,
Et dispose-la pour qu’elle devienne la demeure du Bien-Aimé.
Quand tu en sortiras, Il y entrera,
Et, à toi dont le moi se sera effacé,
Il dévoilera Sa beauté.
CELUI QUI N’A PAS D’OMBRE
Sur l’étroit chemin de la Vérité,
Sur la ligne du méridien, Il se tient droit,
Ne projetant d’ombre ni devant Lui ni derrière Lui,
Ni à droite ni à gauche.
À l’est et à l’ouest, Sa qibla s’étend,
Noyée dans l’éclat d’une lumière rayonnante.

Source Shabistari, Gulshan-i Raz (Le Jardin secret des roses), trad. Florence Lederer (1920), archive.org secretrosegarden00shabiala (OCR corrigé) — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire