Islam

Mantic uttaïr, Demande faite

Un demandeur s'assit devant Junaïd et lui dit : « Ô toi qui es libre, quoique esclave de Dieu ! dis-moi quand est-ce qu'on peut posséder le contentement du cœur. » — « Lorsqu'on a perdu son cœur, répondit-il, par l'effet de l'amour. »
Tant que tu n'obtiendras pas l'union avec le roi de la nature, tu ne pourras parcourir le chemin du contentement. Dois-je considérer comme convenable l'égarement de l'atome, parce qu'il n'a pas la force de supporter la vue du soleil ? Et, si l'atome est cent fois plongé dans le sang, comment pourra-t-il se tirer de cet égarement ? Tant que l'atome sera atome, il ne sera qu'atome ; il n'est pas ce qu'il semble être, il n'a qu'un éclat apparent. Si on le retourne, il n'est plus lumineux ; mais il n'en est pas moins un atome et non la source brillante du soleil. Ce qui sort naturellement de l'atome n'est en réalité qu'un atome ; mais, si l'atome se perd entièrement dans le soleil de l'immensité, il participera, quoique simple atome, à sa durée éternelle. Que l'atome soit bon ou mauvais, quand même il se démènerait pendant longtemps, il ne resterait que ce qu'il était. Ô atome, tu erres comme un homme ivre et malheureux, jusqu'à ce que, à force de tourner, tu sois avec le soleil. J'espère, ô toi qui es sans repos comme l'atome ! que tu découvriras clairement ta propre impuissance.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire