Islam

Mantic uttaïr, Le Roi et son esclave

Il y avait un roi, d’un noble caractère, qui affectionnait un esclave dont la beauté avait attiré son attention. Il lui était tellement attaché qu’il ne pouvait rester un moment sans s’en occuper. Il lui donnait un plus beau costume qu’aux autres esclaves ; il l’avait toujours devant ses yeux. Lorsque le roi s’amusait à tirer des flèches dans son château, cet esclave se pâmait de peur, parce que le roi se servait pour but d’une pomme qu’il mettait sur la tête de cet esclave. Or, lorsque le roi fendait de sa flèche cette pomme, l’esclave était, de peur, jaune comme le bois de teinture nommé zarir.
Quelqu'un qui ignorait ce qui se passait dit un jour à l'esclave : « Pourquoi ton visage a-t-il la couleur de l'or ? Pourquoi, malgré la considération dont tu jouis auprès du roi, as-tu cette pâleur ? »
— Le roi, répondit l'esclave, prend pour but de ses flèches une pomme qu'il place sur ma tête. Si sa flèche me touche, il dit en me reniant : « L'esclave ne s'est pas bien tenu, car je suis le plus habile tireur de mon royaume. » Si, au contraire, la flèche va droit à son but, tout le monde dit que c'est par l'effet de l'adresse du roi. Quant à moi, dans cette cruelle alternative, je suis dans le trouble sans que le roi y prenne garde.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire