Islam

Mantic uttaïr, §8

ne saurait être célébré par aucune langue. Il a devant lui plus de cent mille voiles de lumière et d'obscurité. Dans les deux mondes, il n'y a personne qui puisse lui disputer son empire. Il est le souverain par excellence ; il est submergé dans la perfection de sa majesté. Il ne se manifeste pas complètement même au lieu de son séjour, auquel la science et l'intelligence ne peuvent atteindre. Le chemin est inconnu, et personne n'a assez de constance pour le trouver, quoique des milliers de créatures le désirent. L'âme la plus pure ne saurait le dépeindre, ni la raison le comprendre. On est troublé, et, malgré ses deux yeux, on est dans l'obscurité. Aucune science n'a encore découvert sa perfection, aucune vue n'a encore aperçu sa beauté. Les créatures n'ont pu s'élever jusqu'à son excellence ; la science est restée en arrière, et l'œil a manqué de portée. C'est en vain que les créatures ont voulu atteindre avec leur imagination à cette perfection et à cette beauté ! Comment ouvrir cette voie à l'imagination, comment livrer la lune (mâh) au poisson (mâhi) ? Là, des milliers de têtes seront comme des boules de cire ; on n'y entendra que des exclamations et des soupirs. On trouve tour à tour dans ce chemin l'eau et la terre ferme, et l'on ne saurait se faire une idée de sa longueur. Il faut un homme à cœur de lion pour parcourir cette route extraordinaire ; car le chemin est long et la mer profonde. Aussi marche-t-on stupéfait, tantôt riant, tantôt pleurant. Quant à moi, je serais heureuse de trouver la trace de ce chemin, car ce serait pour moi une honte que de vivre sans y parvenir. À quoi servirait l'âme, si elle n'avait un objet à aimer ? Si tu es un homme, que ton âme ne soit pas sans maîtresse. Il faut un homme parfait pour un tel chemin, car il doit savoir introduire son âme à cette cour. Lave-toi bravement les mains de cette vie, si tu veux être appelé un homme d'action. À quoi servirait la vie, si l'on n'aimait pas ? Pour ta bien-aimée, renonce à ta vie chérie, comme les hommes dignes de leur vocation. Si tu livres gra­
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«cieusement ton âme, tu mériteras que ta bien-aimée te sacrifie sa vie.»

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire