Hindouisme

Narada Bhakti Sutra, Aphorisme 81

En tout temps (passé, présent et futur), l’Amour est ce qu’il y a de plus grand.
Ne cherche aucun autre moyen que l’Amour, et ne tarde pas. Le plaisir et la douleur, la quête incessante et tout le reste doivent être laissés au temps, qui fera son œuvre. La cause et l’effet sont inévitables dans le monde de la pensée, comme ailleurs. La roue continue de tourner après que la main qui l’a lancée s’est retirée. Toutes les causes qui demeurent en nous en attendant leur heure doivent inévitablement produire leurs effets, mais ceux-ci ne peuvent nous « souiller », ni nous affecter, si nous sommes devenus entièrement « détachés du fruit des œuvres ». Si une mère, seule au monde pour protéger son enfant, peut faire fi de la maladie et de la douleur au point de prolonger sa vie pendant de longues années pour le bien de son enfant — et l’on connaît bien des cas de ce genre —, combien plus cela est-il vrai de celui dont l’attention se tourne désormais de plus en plus vers Dieu !
Aujourd’hui encore, certains refusent les soins médicaux lorsqu’ils souffrent de fièvre, de dysenterie ou d’autres affections semblables. « Ce sont les effets du passé, disent-ils ; qu’ils s’épuisent comme ils le peuvent. Notre attention est entièrement tournée vers Dieu. »
Les patients les plus désespérés pour les médecins sont ceux qui s’apitoient sur eux-mêmes et dont les pensées ne tournent qu’autour d’eux-mêmes. Les mêmes processus morbides peuvent s’appliquer au mental et mener à d’indicibles souffrances. Partout dans le monde, nous constatons que les plus heureux sont ceux qui s’oublient dans leur dévouement à un autre objet. Si cet objet, même matériel et éphémère, peut ainsi produire le bonheur (même si celui-ci est tout aussi éphémère), combien plus cela est-il vrai lorsque l’objet, en plus d’être éternel, semble toujours apporter une satisfaction plus grande !
C’est pourquoi le bhakta doit être « sans aucune inquiétude ». Il reçoit l’Amour de Dieu ; il donne tout ce qu’il possède, sachant que cela aussi est l’Amour de Dieu qui retourne à lui-même. Il n’y a aucun amour dans la question : « Suis-je sauvé ? » Mais comparez ce qui suit :
Nâtha yoni-sahasreṣu yeṣu yeṣu vrajāmy aham
Tatra tatrāchyutā bhaktir achyutāstu sadā tvayi,
« Seigneur ! Impérissable ! Dans les milliers de naissances où je pourrai errer, que mon amour impérissable demeure toujours en Toi. »
Viṣṇu Purāṇa.
Le cœur qui aspire ainsi contient déjà l’Amour divin, et, comme le dit le verset 80, « Il se manifeste bientôt et se fait sentir à ses adorateurs. »

Source Nârada, Bhakti-Sûtras (« Nârada Sûtra : An Inquiry into Love »), trad. E. T. Sturdy, 1896, archive.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire