Hindouisme

Raja-Yoga — Les premières étapes

Le Râja-Yoga se divise en huit étapes. La première est Yama — ne pas tuer, dire la vérité, ne pas voler, observer la continence et n’accepter aucun présent. Vient ensuite Niyama — la pureté, le contentement, l’austérité, l’étude et l’abandon de soi à Dieu. Puis viennent Âsana, ou la posture ; Prânâyâma, ou le contrôle du Prâna ; Pratyâhâra, ou le retrait des sens de leurs objets ; Dhâranâ, ou la fixation du mental sur un point ; Dhyâna, ou la méditation ; et Samâdhi, ou la conscience suprême. Comme nous le voyons, Yama et Niyama sont des disciplines morales ; sans elles comme fondement, aucune pratique du Yoga ne réussira. Dès que ces deux disciplines sont bien établies, le Yogi commencera à connaître les fruits de sa pratique ; sans elles, celle-ci ne portera jamais de fruit. Un Yogi ne doit penser à faire de mal à qui que ce soit, ni en pensée, ni en parole, ni en acte. La compassion ne doit pas s’adresser aux seuls êtres humains, mais s’étendre au-delà et embrasser le monde entier.
L’étape suivante est l’āsana, la posture. Il faut pratiquer chaque jour une série d’exercices, physiques et mentaux, jusqu’à ce que certains états supérieurs soient atteints. Il est donc tout à fait nécessaire que nous trouvions une posture dans laquelle nous puissions rester longtemps. Il faut choisir celle qui est la plus facile pour chacun. Pour réfléchir, une certaine posture peut être très facile pour une personne, tandis qu’elle peut être très difficile pour une autre. Nous verrons plus tard que, pendant l’étude de ces questions psychologiques, une grande activité se déploie dans le corps. Les courants nerveux devront être déplacés et orientés vers de nouveaux canaux. De nouvelles sortes de vibrations commenceront, et toute la constitution sera, pour ainsi dire, remodelée. Mais l’essentiel de l’activité se situera le long de la colonne vertébrale ; la seule chose nécessaire pour la posture est donc de garder la colonne vertébrale libre, de s’asseoir droit et de maintenir les trois parties — la poitrine, le cou et la tête — sur une même ligne droite. Laissez les côtes soutenir tout le poids du corps : vous aurez alors une posture naturelle et facile, le dos bien droit. Vous verrez aisément qu’il est impossible de penser à des choses très élevées si la poitrine est rentrée. Cette partie du yoga ressemble un peu au Haṭha-yoga, qui s’occupe entièrement du corps physique et vise à le rendre très fort. Nous n’avons pas à nous en occuper ici, car ses pratiques sont très difficiles, ne peuvent s’apprendre en un jour et, après tout, ne favorisent guère le progrès spirituel. Vous trouverez beaucoup de ces pratiques chez Delsarte et d’autres professeurs : elles consistent, par exemple, à placer le corps dans différentes postures, mais leur objectif est physique, non psychologique. Il n’est pas un muscle du corps sur lequel un homme ne puisse exercer un contrôle parfait. Il peut faire s’arrêter ou battre son cœur à sa volonté, et contrôler de même chaque partie de son organisme.
Le résultat de cette branche du Yoga est de faire vivre longtemps les hommes ; la santé est l’idée principale, le seul but du Hatha-Yogi. Il est déterminé à ne pas tomber malade, et il ne tombe jamais malade. Il vit longtemps ; cent ans ne sont rien pour lui ; à 150 ans, il est encore tout jeune et plein de vigueur, sans un seul cheveu devenu gris. Mais c’est tout. Un banian vit parfois 5000 ans, mais ce n’est qu’un banian. Ainsi, si un homme vit longtemps, il n’est qu’un animal en bonne santé. Une ou deux leçons ordinaires des Hatha-Yogis sont très utiles. Par exemple, certains d’entre vous trouveront utile, contre les maux de tête, de boire de l’eau froide par le nez dès que vous vous levez le matin ; votre cerveau restera frais toute la journée, et vous ne prendrez jamais froid. C’est très facile à faire : mettez le nez dans l’eau, aspirez-la par les narines et faites un mouvement de pompe avec la gorge.
Après avoir appris à adopter une posture assise ferme et droite, il faut pratiquer, selon certaines écoles, un exercice appelé la purification des nerfs. Cette partie a été rejetée par certains, qui estiment qu’elle ne relève pas du Raja-Yoga ; mais, comme une autorité aussi éminente que le commentateur Shankarâchârya la recommande, je juge bon de la mentionner, et je citerai ses propres instructions tirées de son commentaire sur la Shvetâshvatara Upanishad : « Le mental dont les impuretés ont été éliminées par le Pranayama se fixe dans Brahman ; c’est pourquoi le Pranayama est enseigné. Il faut d’abord purifier les nerfs ; ensuite vient la capacité de pratiquer le Pranayama. En bouchant la narine droite avec le pouce, remplissez-vous d’air par la narine gauche, selon votre capacité ; puis, sans aucun intervalle, rejetez l’air par la narine droite en bouchant la gauche. De nouveau, inspirez par la narine droite et expirez par la gauche, selon votre capacité. En pratiquant ainsi trois ou cinq fois à quatre moments de la journée — avant l’aube, à la mi-journée, le soir et à minuit —, la pureté des nerfs est atteinte en quinze jours ou un mois ; le Pranayama commence alors. »
La pratique est absolument nécessaire. Vous pouvez vous asseoir et m’écouter pendant des heures chaque jour, mais si vous ne pratiquez pas, vous ne ferez pas un pas de plus. Tout dépend de la pratique. Nous ne comprenons jamais ces choses avant d’en avoir fait l’expérience. Il nous faudra les voir et les sentir par nous-mêmes. Écouter simplement des explications et des théories ne suffit pas. Plusieurs obstacles entravent la pratique. Le premier est un corps en mauvaise santé : si le corps n’est pas en état de fonctionner convenablement, la pratique sera entravée. Nous devons donc garder le corps en bonne santé ; nous devons veiller à ce que nous mangeons et buvons, ainsi qu’à ce que nous faisons. Faites toujours un effort mental — ce qu’on appelle généralement la « Science chrétienne » — pour garder le corps fort. Voilà tout : rien de plus au sujet du corps. Nous ne devons pas oublier que la santé n’est qu’un moyen en vue d’une fin. Si la santé était une fin en soi, nous serions comme des animaux ; ceux-ci tombent rarement malades.
Le deuxième obstacle est le doute : nous éprouvons toujours du doute à l’égard des choses que nous ne voyons pas. L’être humain ne peut pas vivre de paroles, quoi qu’il fasse. Nous en venons donc à nous demander s’il y a ou non une vérité dans ces choses ; même les meilleurs d’entre nous doutent parfois. Avec la pratique, au bout de quelques jours, une petite lueur apparaîtra, suffisante pour nous encourager et nous donner de l’espoir. Comme le dit un certain commentateur de la philosophie du yoga : « Dès qu’une preuve est obtenue, si faible soit-elle, elle nous inspirera confiance en tout l’enseignement du yoga. » Par exemple, après quelques mois de pratique, vous commencerez à découvrir que vous pouvez lire les pensées d’autrui ; elles vous apparaîtront sous forme d’images. Peut-être entendrez-vous ce qui se passe à une grande distance lorsque vous concentrerez votre mental avec le désir d’entendre. Ces lueurs apparaîtront d’abord par bribes, mais elles suffiront à vous donner confiance, force et espoir. Par exemple, si vous concentrez vos pensées sur le bout de votre nez, au bout de quelques jours, vous commencerez à percevoir un parfum des plus agréables, ce qui suffira à vous montrer qu’il existe certaines perceptions mentales que l’on peut rendre évidentes sans le contact d’objets physiques. Mais nous devons toujours nous souvenir que ces choses ne sont que des moyens ; le but, la fin, l’objectif de tout cet entraînement est la libération de l’âme. La maîtrise absolue de la nature, et rien de moins, doit être notre but. Nous devons être les maîtres, et non les esclaves de la nature ; ni le corps ni le mental ne doivent être nos maîtres, et nous ne devons pas oublier que le corps est à moi, et que je ne suis pas le corps.
Un dieu et un démon allèrent auprès d’un grand sage pour en apprendre davantage sur le Soi. Ils étudièrent auprès de lui pendant longtemps. Enfin, le sage leur dit : « Vous êtes vous-mêmes l’Être que vous cherchez. » Tous deux pensèrent que leur corps était le Soi. Ils retournèrent auprès des leurs, tout à fait satisfaits, et dirent : « Nous avons tout appris de ce qu’il y avait à apprendre ; mangez, buvez et réjouissez-vous ; nous sommes le Soi ; il n’y a rien au-delà de nous. » Le démon était de nature ignorante et obscure ; aussi ne chercha-t-il jamais à en savoir davantage, mais se contenta pleinement de l’idée qu’il était Dieu, que le Soi désignait le corps. Le Dieu avait une nature plus pure. Au début, il commit l’erreur de penser : « Moi, ce corps, je suis Brahman ; gardons-le donc vigoureux et en bonne santé, bien vêtu, et procurons-lui toutes sortes de plaisirs. » Mais, au bout de quelques jours, il comprit que cela ne pouvait être le sens des paroles du sage, leur maître ; il devait y avoir quelque chose de supérieur. Il revint donc et dit : « Maître, m’avez-vous enseigné que ce corps était le Soi ? Si c’est le cas, je vois que tous les corps meurent ; le Soi ne peut pas mourir. » Le sage dit : « Découvre-le ; tu es Cela. » Alors le dieu pensa que les forces vitales qui animent le corps étaient ce que le sage désignait. Mais, au bout d’un certain temps, il constata que s’il mangeait, ces forces vitales restaient vigoureuses, tandis que s’il jeûnait, elles s’affaiblissaient. Le Dieu retourna alors auprès du sage et dit : « Maître, voulez-vous dire que les forces vitales sont le Soi ? » Le Sage dit : « Découvre-le par toi-même ; tu es Cela. » Le dieu rentra de nouveau chez lui, pensant que c’était peut-être le mental qui était le Soi. Mais, peu après, il vit que les pensées variaient beaucoup, tantôt bonnes, tantôt mauvaises ; le mental était trop changeant pour être le Soi. Il retourna auprès du Sage et dit : « Maître, je ne pense pas que le mental soit le Soi ; est-ce cela que vous vouliez dire ? » « Non, répondit le sage, tu es Cela ; découvre-le par toi-même. » Le dieu rentra chez lui et finit par découvrir qu’il était le Soi, au-delà de toute pensée, sans naissance ni mort, que l’épée ne peut transpercer ni le feu brûler, que l’air ne peut dessécher ni l’eau dissoudre, l’Être sans commencement ni fin, immuable, intangible, omniscient et tout-puissant ; que Cela n’était ni le corps ni le mental, mais se tenait au-delà de l’un et de l’autre. Il fut donc satisfait ; mais le pauvre démon ne parvint pas à connaître la vérité, en raison de son attachement au corps.
Ce monde compte beaucoup de ces natures démoniaques, mais il y a aussi quelques dieux. Si l’on propose d’enseigner une science qui accroît la jouissance des sens, on trouve des multitudes prêtes à l’apprendre. Si l’on entreprend de montrer le but suprême, on trouve peu de gens disposés à écouter. Très peu ont la capacité de saisir ce qui est supérieur, et moins encore ont la patience d’y parvenir. Mais il en est aussi quelques-uns qui savent que, même si l’on pouvait faire vivre le corps mille ans, le résultat serait finalement le même. Lorsque les forces qui le maintiennent ensemble s’en vont, le corps doit tomber. Jamais aucun homme n’est né qui ait pu empêcher son corps de changer, ne serait-ce qu’un instant. Le corps est le nom d’une succession de changements. « Comme, dans une rivière, les masses d’eau changent devant vous à chaque instant et que de nouvelles masses arrivent, tout en prenant une forme semblable, ainsi en va-t-il de ce corps. » Pourtant, le corps doit être gardé fort et en bonne santé. C’est le meilleur instrument dont nous disposions.
Ce corps humain est le plus grand corps de l’univers, et l’être humain, le plus grand des êtres. L’homme est supérieur à tous les animaux, à tous les anges ; rien n’est plus grand que l’homme. Même les Devas (dieux) devront redescendre et atteindre le salut au moyen d’un corps humain. L’homme seul atteint la perfection, pas même les Devas. Selon les Juifs et les musulmans, Dieu créa l’homme après avoir créé les anges et tout le reste ; puis, après avoir créé l’homme, Il demanda aux anges de venir lui rendre hommage, et tous le firent, à l’exception d’Iblis ; Dieu le maudit alors et Il devint Satan. Derrière cette allégorie se trouve la grande vérité que cette naissance humaine est la plus grande naissance qui puisse nous échoir. La création inférieure, l’animal, est stupide et formée en grande partie de Tamas. Les animaux ne peuvent avoir de pensées élevées ; les anges, ou Devas, ne peuvent pas non plus atteindre la liberté directe sans une naissance humaine. De même, dans la société humaine, une trop grande richesse ou une trop grande pauvreté constitue un grand obstacle au développement supérieur de l’âme. C’est des classes moyennes que viennent les grands êtres du monde. C’est là que les forces sont le mieux équilibrées et ajustées.
Revenant à notre sujet, nous abordons maintenant le Pranayama, le contrôle de la respiration. Quel rapport cela a-t-il avec la concentration des pouvoirs du mental ? Le souffle est comme le volant de cette machine qu’est le corps. Dans une grande machine, vous voyez d’abord le volant se mettre en mouvement, puis ce mouvement se transmet à des mécanismes de plus en plus délicats, jusqu’à ce que le mécanisme le plus subtil et le plus fin de la machine soit en mouvement. Le souffle est ce volant, qui fournit et régule la force motrice de tout ce corps.
Il était une fois le ministre d’un grand roi. Il tomba en disgrâce. Pour le punir, le roi ordonna qu’on l’enfermât tout en haut d’une tour très élevée. On fit ainsi, et le ministre fut abandonné là, à son sort. Il avait toutefois une épouse fidèle, qui vint à la tour pendant la nuit et cria à son mari, depuis le sommet, pour savoir ce qu’elle pouvait faire afin de l’aider. Il lui dit de revenir à la tour la nuit suivante et d’apporter avec elle une longue corde, de la ficelle solide, du fil d’emballage, du fil de soie, un scarabée et un peu de miel. Très étonnée, la bonne épouse obéit à son mari et lui apporta les objets demandés. Son mari lui ordonna d’attacher solidement le fil de soie au scarabée, puis d’enduire ses antennes d’une goutte de miel et de le déposer sur le mur de la tour, la tête tournée vers le haut. Elle suivit toutes ces instructions, et le scarabée entama son long voyage. Sentant le miel devant lui, il avançait lentement, dans l’espoir de l’atteindre, jusqu’à ce qu’il parvînt enfin au sommet de la tour ; le ministre saisit alors le scarabée et s’empara du fil de soie. Il dit à sa femme d’attacher l’autre extrémité au fil d’emballage et, après avoir remonté celui-ci, il répéta l’opération avec la ficelle solide, puis enfin avec la corde. Le reste fut alors facile. Le ministre descendit de la tour à l’aide de la corde et s’enfuit. Dans ce corps qui est le nôtre, le mouvement de la respiration est le « fil de soie » ; en le saisissant et en apprenant à le maîtriser, nous saisissons le fil d’emballage des courants nerveux, puis, à partir de ceux-ci, la ficelle solide de nos pensées, et enfin la corde du Prana ; en la maîtrisant, nous atteignons la liberté.
Nous ne savons rien de notre propre corps ; nous ne pouvons pas le connaître. Tout au plus pouvons-nous prendre un cadavre et le découper en morceaux ; certains peuvent aussi prendre un animal vivant et le découper afin de voir ce qui se trouve à l’intérieur du corps. Pourtant, cela n’a rien à voir avec notre propre corps. Nous en savons très peu. Pourquoi ? Parce que notre attention n’est pas assez fine pour saisir les mouvements très subtils qui s’y déroulent. Nous ne pouvons les connaître que lorsque le mental devient plus subtil et pénètre, pour ainsi dire, plus profondément dans le corps. Pour parvenir à une perception subtile, nous devons commencer par les perceptions les plus grossières. Nous devons saisir ce qui met toute la machine en mouvement. C’est le Prana, dont la manifestation la plus évidente est le souffle. Puis, avec le souffle, nous pénétrerons peu à peu dans le corps, ce qui nous permettra de découvrir les forces subtiles, les courants nerveux qui circulent dans tout le corps. Dès que nous les percevrons et apprendrons à les sentir, nous commencerons à les maîtriser, ainsi que le corps. Le mental est lui aussi mis en mouvement par ces différents courants nerveux ; nous parviendrons donc enfin à un état de maîtrise parfaite du corps et du mental, faisant de l’un et de l’autre nos serviteurs. La connaissance est un pouvoir. Nous devons acquérir ce pouvoir. Il nous faut donc commencer par le début, avec le Pranayama, la maîtrise du Prana. Le Pranayama est un sujet vaste, qu’il faudra plusieurs leçons pour exposer pleinement. Nous l’aborderons partie par partie.
Nous verrons peu à peu les raisons de chaque exercice et quelles forces sont mises en mouvement dans le corps. Toutes ces choses nous apparaîtront, mais elles exigent une pratique constante, et la preuve viendra par la pratique. Tout le raisonnement que je pourrais vous présenter ne vous convaincra pas tant que vous ne l’aurez pas démontré par vous-mêmes. Dès que vous commencerez à sentir ces courants en mouvement dans tout votre être, les doutes disparaîtront, mais cela exige une pratique assidue chaque jour. Vous devez pratiquer au moins deux fois par jour, de préférence le matin et le soir. Lorsque la nuit fait place au jour, et le jour à la nuit, un état de calme relatif s’installe. Le petit matin et le début de soirée sont les deux périodes de calme. À ces moments-là, votre corps aura la même tendance à s’apaiser. Nous devrions tirer parti de cet état naturel et commencer alors à pratiquer. Faites-vous une règle de ne pas manger avant d’avoir pratiqué ; si vous le faites, la force même de la faim viendra à bout de votre paresse. En Inde, on apprend aux enfants à ne jamais manger avant d’avoir pratiqué ou rendu un culte, et cela devient naturel pour eux au bout d’un certain temps ; un garçon ne ressentira pas la faim avant de s’être baigné et d’avoir pratiqué.
Ceux d’entre vous qui en ont les moyens feront mieux de réserver une pièce à cette seule pratique. Ne dormez pas dans cette pièce, elle doit être gardée pure. Vous ne devez y entrer qu’après vous être baignés et être parfaitement propres de corps et de mental. Placez toujours des fleurs dans cette pièce ; elles constituent le meilleur cadre pour un yogi ; mettez-y aussi des images qui vous plaisent. Faites brûler de l’encens matin et soir. Qu’il n’y ait dans cette pièce ni querelle, ni colère, ni pensée impure. Ne laissez y entrer que des personnes qui partagent vos pensées. Alors, peu à peu, une atmosphère de sainteté imprégnera la pièce, si bien que lorsque vous serez malheureux, affligés, dans le doute ou que votre mental sera troublé, le simple fait d’entrer dans cette pièce vous apaisera. Telle était l’idée qui présidait à la construction des temples et des églises ; vous la retrouverez encore aujourd’hui dans certains d’entre eux, mais, dans la plupart, cette idée même s’est perdue. L’idée est qu’en maintenant sur place des vibrations saintes, le lieu devient et demeure illuminé. Ceux qui n’ont pas les moyens de réserver une pièce à cet usage peuvent pratiquer où bon leur semble. Asseyez-vous en gardant le dos droit ; la première chose à faire est d’envoyer un courant de pensées saintes à toute la création. Répétez mentalement : « Que tous les êtres soient heureux ; que tous les êtres soient en paix ; que tous les êtres soient comblés de félicité. » Faites de même en direction de l’est, du sud, du nord et de l’ouest. Plus vous le ferez, mieux vous vous sentirez. Vous découvrirez finalement que le moyen le plus facile de nous garder en bonne santé est de veiller à la santé des autres, et que le moyen le plus facile de nous rendre heureux est de voir les autres heureux. Après cela, ceux qui croient en Dieu doivent prier — non pas pour de l’argent, ni pour la santé, ni pour le paradis ; priez pour la connaissance et la lumière ; toute autre prière est égoïste. La chose suivante à faire est de penser à votre propre corps et de veiller à ce qu’il soit fort et sain ; c’est le meilleur instrument dont vous disposiez. Imaginez-le aussi solide que le diamant, et songez qu’avec l’aide de ce corps, vous traverserez l’océan de la vie. La liberté ne s’atteint jamais par la faiblesse. Rejetez toute faiblesse. Dites à votre corps qu’il est fort, dites à votre mental qu’il est fort, et ayez en vous une foi et un espoir sans bornes.

Source Swami Vivekananda, The Complete Works, Volume 1, en.wikisource.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire