Hindouisme

Jnana-Yoga — Immortalité

(Prononcé en Amérique)
Quelle question a été posée plus souvent, quelle idée a poussé les hommes davantage à chercher une réponse dans l’univers, quelle question est plus proche et plus chère au cœur humain, quelle question est plus indissolublement liée à notre existence que celle-ci : l’immortalité de l’âme humaine ? Elle a été le sujet des poètes et des sages, des prêtres et des prophètes ; les rois sur leur trône en ont débattu, les mendiants dans la rue en ont rêvé. Les meilleurs des hommes s’en sont approchés, et les pires l’ont espérée. L’intérêt pour ce sujet n’est pas encore mort et ne mourra pas tant que la nature humaine existera. Divers esprits ont présenté au monde diverses réponses. Des milliers d’autres, à chaque époque de l’histoire, ont renoncé au débat, et pourtant la question demeure aussi neuve que jamais. Souvent, dans le tumulte et les luttes de nos vies, nous semblons l’oublier ; mais soudain, quelqu’un meurt — quelqu’un, peut-être, que nous aimions, quelqu’un de proche et de cher à notre cœur nous est arraché — et la lutte, le vacarme et le tumulte du monde qui nous entoure s’interrompent un instant, et l’âme pose les vieilles questions : « Qu’y a-t-il après cela ? » « Qu’advient-il de l’âme ? »
Toute connaissance humaine procède de l’expérience ; nous ne pouvons rien connaître autrement que par l’expérience. Tout notre raisonnement repose sur l’expérience généralisée ; toute notre connaissance n’est qu’une expérience harmonisée. Que constatons-nous en regardant autour de nous ? Un changement continuel. La plante naît de la graine, grandit jusqu’à devenir un arbre, accomplit le cycle et revient à la graine. L’animal apparaît, vit un certain temps, meurt et accomplit le cycle. Il en va de même pour l’homme. Les montagnes s’érodent lentement mais sûrement, les fleuves s’assèchent lentement mais sûrement ; les pluies viennent de la mer et y retournent. Partout des cycles s’accomplissent : naissance, croissance, développement et déclin se succèdent avec une précision mathématique. Telle est notre expérience quotidienne. Au cœur de tout cela, derrière cette immense masse de ce que nous appelons la vie, avec ses millions de formes et d’apparences, ses millions et millions de variétés, depuis l’atome le plus infime jusqu’à l’homme le plus spiritualisé, nous découvrons une certaine unité. Chaque jour, nous constatons que le mur que l’on croyait séparer une chose d’une autre s’effondre, et que la science moderne en vient à reconnaître que toute matière est une seule substance, se manifestant de différentes façons et sous des formes variées ; une seule vie traverse tout, comme une chaîne continue dont toutes ces formes diverses constituent les maillons, l’un après l’autre, s’étendant presque à l’infini, mais appartenant à une même chaîne. C’est ce qu’on appelle l’évolution. C’est une idée très ancienne, aussi ancienne que la société humaine, mais elle se renouvelle sans cesse à mesure que progresse la connaissance humaine. Il est une autre chose que les anciens avaient perçue, mais qui, à l’époque moderne, n’est pas encore aussi clairement comprise : l’involution. La graine devient la plante ; un grain de sable ne devient jamais une plante. C’est le père qui devient un enfant ; une motte d’argile ne devient jamais un enfant. De quoi cette évolution vient-elle ? Voilà la question. Qu’était la graine ? Elle était identique à l’arbre. Toutes les possibilités d’un arbre futur se trouvent dans cette graine ; toutes les possibilités d’un homme futur se trouvent dans le tout petit bébé ; toutes les possibilités d’une vie future quelconque se trouvent dans le germe. Qu’est-ce donc ? Les anciens philosophes de l’Inde appelaient cela l’involution. Nous constatons alors que toute évolution présuppose une involution. Rien ne peut être développé qui ne soit déjà là. Ici encore, la science moderne nous vient en aide. Vous savez, par le raisonnement mathématique, que la quantité totale d’énergie manifestée dans l’univers demeure la même. Vous ne pouvez retirer un seul atome de matière ni un seul pied-livre de force. Vous ne pouvez ajouter à l’univers un seul atome de matière ni un seul pied-livre de force. Ainsi, l’évolution ne vient pas du néant ; d’où vient-elle donc ? D’une involution antérieure. L’enfant est l’homme involué, et l’homme est l’enfant évolué. La graine est l’arbre involué, et l’arbre est la graine évoluée. Toutes les possibilités de la vie se trouvent dans le germe. Le problème devient un peu plus clair. Ajoutez-y la première idée : la continuité de la vie. De la forme de vie la plus élémentaire, le protoplasme, jusqu’à l’être humain le plus parfait, il n’y a en réalité qu’une seule vie. De même qu’au cours d’une seule vie, nous observons tant de phases d’expression différentes — le protoplasme se développant en bébé, en enfant, en jeune homme, en vieil homme —, de même, du protoplasme jusqu’à l’homme le plus parfait, nous trouvons une seule vie continue, une seule chaîne. Telle est l’évolution, mais nous avons vu que chaque évolution présuppose une involution. Toute cette vie qui se manifeste lentement se développe du protoplasme jusqu’à l’être humain accompli — l’Incarnation de Dieu sur terre — ; toute cette série n’est qu’une seule vie, et toute cette manifestation devait être involuée dans ce même protoplasme. Toute cette vie, ce dieu même sur terre, y était involué et en est lentement sorti, se manifestant lentement, lentement, lentement. L’expression la plus élevée devait déjà être présente à l’état de germe, sous une forme minuscule ; par conséquent, cette force unique, cette chaîne entière, est l’involution de cette vie cosmique qui est partout. C’est cette masse unique d’intelligence qui, depuis le protoplasme jusqu’à l’homme le plus accompli, se déploie lentement, lentement. Elle ne grandit pas. Écartez de votre mental toute idée de croissance. L’idée de croissance implique que quelque chose vient de l’extérieur, quelque chose d’étranger, ce qui contredirait la vérité selon laquelle l’Infini, latent dans toute vie, est indépendant de toutes les conditions extérieures. Il ne peut jamais grandir ; Il a toujours été là et ne fait que se manifester.
L’effet est la cause manifestée. Il n’y a pas de différence essentielle entre l’effet et la cause. Prenez ce verre, par exemple. Il y avait la matière, et la matière, jointe à la volonté du fabricant, a fait le verre ; ces deux éléments en sont les causes et sont présents en lui. Sous quelle forme la volonté est-elle présente ? Sous forme d’adhérence. Si la force n’était pas là, chaque particule se détacherait. Qu’est donc l’effet ? Il est identique à la cause, mais sous une forme différente, avec une composition différente. Lorsque la cause est transformée et limitée pour un temps, elle devient l’effet. Nous devons nous en souvenir. Appliquée à notre idée de la vie, toute la manifestation de cette série unique, depuis le protoplasme jusqu’à l’homme le plus parfait, doit être exactement la même chose que la vie cosmique. D’abord, elle s’est involuée et est devenue plus subtile ; puis, à partir de cette chose subtile, qui était la cause, elle a continué à évoluer, à se manifester et à devenir plus grossière.
Mais la question de l’immortalité n’est pas encore tranchée. Nous avons vu que tout, dans cet univers, est indestructible. Il n’y a rien de nouveau ; il n’y aura rien de nouveau. Les mêmes séries de manifestations se présentent alternativement, comme une roue qui monte et qui descend. Tout mouvement dans cet univers prend la forme de vagues qui s’élèvent et retombent successivement. Des systèmes après d’autres systèmes émergent de formes subtiles, évoluent et prennent des formes plus grossières, puis, pour ainsi dire, se dissolvent à nouveau et retournent aux formes subtiles. De nouveau, ils en émergent, évoluent pendant un certain temps et retournent lentement à leur cause. Il en va ainsi de toute vie. Chaque manifestation de la vie surgit, puis retourne à nouveau à son point de départ. Qu’est-ce qui disparaît ? La forme. La forme se brise en morceaux, mais elle réapparaît. En un sens, même les corps et les formes sont éternels. Comment cela ? Supposons que nous prenions plusieurs dés et les lancions, et qu’ils tombent selon cette séquence : 6 — 5 — 3 — 4. Nous ramassons les dés et les lançons encore et encore ; il arrivera forcément un moment où les mêmes nombres réapparaîtront ; la même combinaison se reproduira. Or, je considère chaque particule, chaque atome de cet univers comme un tel dé, et ceux-ci sont lancés et combinés encore et encore. Toutes ces formes devant vous ne sont qu’une combinaison. Voici les formes d’un verre, d’une table, d’une carafe d’eau, et ainsi de suite. C’est une combinaison ; avec le temps, tout cela se brisera. Mais il arrivera forcément un moment où exactement la même combinaison réapparaîtra, où vous serez ici, où cette forme sera ici, où ce sujet sera abordé et où cette carafe sera ici. Cela s’est produit un nombre infini de fois, et cela se reproduira un nombre infini de fois. Voilà pour les formes physiques. Qu’apprenons-nous ? Que même la combinaison des formes physiques se répète éternellement.
Une conclusion très intéressante découle de cette théorie : elle permet d’expliquer des faits tels que ceux-ci. Certains d’entre vous ont peut-être vu un homme capable de lire les vies passées d’autrui et de prédire l’avenir. Comment serait-il possible à quiconque de voir ce que sera l’avenir, si celui-ci n’était pas réglé ? Les effets du passé se reproduiront dans l’avenir, et nous constatons qu’il en est ainsi. Vous avez vu la grande roue de Chicago. Elle tourne, et les petites cabines qui la composent se succèdent régulièrement ; un groupe de personnes y monte, puis, après avoir parcouru le cercle, en descend, et un nouveau groupe prend sa place. Chacun de ces groupes est semblable à l’une de ces manifestations, depuis les animaux les plus humbles jusqu’à l’homme le plus élevé. La nature est comme la chaîne de la grande roue : elle est sans fin et infinie ; et ces petites cabines sont les corps ou les formes dans lesquels de nouveaux groupes d’âmes prennent place, s’élevant toujours plus haut jusqu’à atteindre la perfection et sortir de la roue. Mais la roue continue de tourner. Et tant que les corps se trouvent dans la roue, on peut prédire avec une certitude absolue et mathématique où ils iront, mais il n’en va pas ainsi des âmes. Il est donc possible de lire avec précision le passé et l’avenir de la nature. Nous voyons ainsi que les mêmes phénomènes matériels se reproduisent à certaines périodes et que les mêmes combinaisons se forment depuis l’éternité. Mais ce n’est pas là l’immortalité de l’âme. Aucune force ne peut mourir, aucune matière ne peut être anéantie. Que devient-elle ? Elle poursuit ses transformations, dans un sens puis dans l’autre, jusqu’à retourner à sa source. Aucun mouvement ne suit une ligne droite. Tout se meut en cercle ; une ligne droite prolongée à l’infini devient un cercle. S’il en est ainsi, aucune âme ne peut dégénérer éternellement. Cela ne se peut pas. Tout doit achever le cercle et revenir à sa source. Que sommes-nous, vous et moi, et toutes ces âmes ? Dans notre discussion sur l’évolution et l’involution, nous avons vu que vous et moi devons faire partie de la conscience cosmique, de la vie cosmique, du mental cosmique, qui s’est involué, et que nous devons achever le cercle et retourner à cette intelligence cosmique qui est Dieu. Cette intelligence cosmique, les uns l’appellent Seigneur, Dieu, Christ, Bouddha ou Brahman ; les matérialistes la perçoivent comme une force, et les agnostiques comme cet au-delà infini et inexprimable ; et nous en sommes tous des parties.
Voici la deuxième idée, mais cela ne suffit pas ; d’autres doutes surgiront encore. Il est très juste de dire qu’aucune force ne peut être détruite. Mais toutes les forces et toutes les formes que nous voyons sont des assemblages. Cette forme qui se trouve devant nous est composée de plusieurs éléments, et toute force que nous voyons est de même composée. Si vous reprenez l’idée scientifique de la force et que vous la définissez comme la somme, la résultante de plusieurs forces, que devient votre individualité ? Tout ce qui est composé doit tôt ou tard se décomposer en ses éléments. Tout ce qui, dans cet univers, résulte de la combinaison de matière ou de force doit tôt ou tard retourner à ses éléments. Tout ce qui est le résultat de certaines causes doit mourir, doit être détruit. Cela se désagrège, se disperse et se résout en ses éléments. L’âme n’est pas une force ; elle n’est pas non plus la pensée. Elle produit la pensée, mais n’est pas la pensée elle-même ; elle produit le corps, mais n’est pas le corps. Pourquoi ? Nous voyons que le corps ne peut être l’âme. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas intelligent. Un cadavre n’est pas intelligent, pas plus qu’un morceau de viande dans une boucherie. Qu’entendons-nous par intelligence ? Le pouvoir de réaction. Approfondissons un peu cette question. Voici une cruche ; je la vois. Comment ? Des rayons de lumière provenant de la cruche pénètrent dans mes yeux et forment une image sur ma rétine, qui est transmise au cerveau. Pourtant, il n’y a pas de vision. Ce que les physiologistes appellent les nerfs sensitifs acheminent cette impression vers l’intérieur. Mais jusque-là, il n’y a aucune réaction. Le centre nerveux dans le cerveau transmet l’impression au mental, et le mental réagit ; dès que cette réaction se produit, la cruche apparaît devant lui. Prenons un exemple plus courant. Supposons que vous m’écoutiez attentivement et qu’un moustique soit posé sur le bout de votre nez, vous procurant cette agréable sensation que les moustiques savent donner ; mais vous êtes si attentif à m’écouter que vous ne sentez pas du tout le moustique. Que s’est-il passé ? Le moustique vous a piqué à un endroit de la peau où se trouvent certains nerfs. Ceux-ci ont transmis une sensation au cerveau, et l’impression s’y trouve, mais le mental, occupé à autre chose, ne réagit pas ; vous n’avez donc pas conscience de la présence du moustique. Lorsqu’une impression nouvelle se produit, si le mental ne réagit pas, nous n’en avons pas conscience ; mais quand la réaction survient, nous sentons, nous voyons, nous entendons, et ainsi de suite. Cette réaction s’accompagne d’une illumination, comme l’appellent les philosophes Sâmkhya. Nous voyons que le corps ne peut illuminer, car en l’absence d’attention, aucune sensation n’est possible. On a connu des cas où, dans des circonstances particulières, un homme qui n’avait jamais appris une langue donnée se révélait capable de la parler. Des recherches ultérieures ont prouvé que, dans son enfance, cet homme avait vécu parmi des gens qui parlaient cette langue et que des impressions en étaient restées dans son cerveau. Ces impressions y demeurèrent emmagasinées jusqu’à ce que, pour une raison quelconque, le mental réagisse et que l’illumination se produise ; alors, l’homme fut capable de parler cette langue. Cela montre que le mental, à lui seul, ne suffit pas, qu’il est lui-même un instrument entre les mains de quelqu’un. Dans le cas de ce garçon, le mental contenait cette langue, et pourtant il ne la connaissait pas ; plus tard, cependant, le moment vint où il la connut. Cela montre qu’il existe quelqu’un d’autre que le mental ; lorsque le garçon était bébé, cet être n’utilisait pas ce pouvoir, mais quand le garçon grandit, il en profita et l’employa. Premièrement, il y a le corps ; deuxièmement, le mental, ou instrument de la pensée ; et troisièmement, derrière ce mental se trouve le Soi de l’homme. Le mot sanskrit est Atman. Comme les philosophes modernes ont identifié la pensée à des changements moléculaires dans le cerveau, ils ne savent pas comment expliquer un tel cas et le nient généralement. Le mental est étroitement lié au cerveau, qui meurt chaque fois que le corps change. Le Soi est celui qui illumine, et le mental est l’instrument entre ses mains ; au moyen de cet instrument, Il se saisit de l’instrument extérieur, et la perception se produit ainsi. Les instruments extérieurs recueillent les impressions et les transmettent aux organes, car vous devez toujours vous rappeler que les yeux et les oreilles ne sont que des récepteurs : ce sont les organes internes, les centres cérébraux, qui agissent. En sanskrit, ces centres sont appelés Indriyas ; ils transmettent les sensations au mental, et le mental les présente ensuite à un autre état du mental, appelé en sanskrit Chitta, où elles sont organisées en volonté. Tout cela les présente au Roi des rois qui réside à l’intérieur, au Souverain sur son trône, le Soi de l’homme. Il voit alors et donne ses ordres. Aussitôt, le mental agit sur les organes, et les organes sur le corps extérieur. Le véritable Percevant, le véritable Souverain, le Gouverneur, le Créateur, celui qui dirige tout cela, est le Soi de l’homme.
Nous voyons donc que le Soi de l’homme n’est pas le corps, pas plus qu’il n’est la pensée.
Il ne peut pas être un composé. Pourquoi ? Parce que tout ce qui est un composé peut
être vu ou imaginé. Ce que nous ne pouvons ni imaginer ni percevoir, ce que nous
ne pouvons pas réunir, n’est ni force ni matière, ni cause ni effet, et ne peut être un
composé. Le domaine des composés ne s’étend que jusqu’aux limites de notre univers
mental, de notre univers de pensée. Au-delà, cela ne s’applique plus ; la loi ne règne
que jusque-là, et s’il existe quelque chose au-delà de la loi, cela ne peut en aucun cas
être un composé. Le Soi de l’homme, puisqu’il est au-delà de la loi de causalité, n’est pas un
composé. Il est toujours libre et règne sur tout ce qui est soumis à la loi.
Il ne mourra jamais, car la mort signifie le retour aux éléments constitutifs,
et ce qui n’a jamais été un composé ne peut jamais mourir. Dire qu’Il meurt est
un pur non-sens.
Nous avançons maintenant sur un terrain de plus en plus subtil, et certains d’entre vous seront peut-être effrayés. Nous avons vu que ce Soi, étant au-delà du petit univers de matière, de force et de pensée, est un être simple ; et qu’en tant qu’être simple, Il ne peut mourir. Ce qui ne meurt pas ne peut vivre. Car la vie et la mort sont les deux faces d’une même pièce. La vie est un autre nom pour la mort, et la mort pour la vie. Une modalité particulière de manifestation est ce que nous appelons la vie ; une autre modalité particulière de manifestation de la même chose est ce que nous appelons la mort. Quand la vague s’élève au sommet, c’est la vie ; quand elle retombe dans le creux, c’est la mort. Si quelque chose est au-delà de la mort, nous voyons naturellement que cela doit aussi être au-delà de la vie. Je dois vous rappeler la première conclusion : l’âme de l’homme fait partie de l’énergie cosmique qui existe, laquelle est Dieu. Nous découvrons maintenant qu’elle est au-delà de la vie et de la mort. Vous n’êtes jamais né, et vous ne mourrez jamais. Qu’est-ce que cette naissance et cette mort que nous voyons autour de nous ? Cela ne concerne que le corps, parce que l’âme est omniprésente. « Comment cela se peut-il ? » demanderez-vous peut-être. « Tant de personnes sont assises ici, et vous dites que l’âme est omniprésente ? » Qu’y a-t-il, je vous le demande, pour limiter quoi que ce soit qui soit au-delà de la loi, au-delà de la causalité ? Ce verre est limité ; il n’est pas omniprésent, parce que la matière qui l’entoure le contraint à prendre cette forme, ne lui permet pas de s’étendre. Tout ce qui l’entoure le conditionne et, par conséquent, le limite. Mais ce qui est au-delà de la loi, là où rien ne peut agir sur cela, comment cela pourrait-il être limité ? Cela doit être omniprésent. Vous êtes partout dans l’univers. Comment se fait-il alors que je naisse, que je doive mourir, et tout le reste ? Ce sont des propos d’ignorance, une hallucination du cerveau. Vous n’êtes pas né, et vous ne mourrez pas. Vous n’avez connu ni naissance, ni ne connaîtrez de renaissance, ni vie, ni incarnation, ni quoi que ce soit. Que voulez-vous dire par aller et venir ? Ce ne sont que sornettes superficielles. Vous êtes partout. Alors, qu’est-ce que cet aller et venir ? C’est l’hallucination produite par le changement de ce corps subtil que vous appelez le mental. Voilà ce qui se passe. Ce n’est qu’un petit nuage qui passe devant le ciel. En avançant sans cesse, il peut créer l’illusion que le ciel se déplace. Parfois, vous voyez un nuage passer devant la lune et vous pensez que la lune se déplace. Lorsque vous êtes dans un train, vous pensez que la terre défile ; ou lorsque vous êtes dans un bateau, vous pensez que l’eau se déplace. En réalité, vous n’allez ni ne venez, vous ne naissez pas et vous ne renaîtrez pas ; vous êtes infini, toujours présent, au-delà de toute causalité et toujours libre. Une telle question est hors de propos ; c’est une pure absurdité. Comment pourrait-il y avoir mortalité s’il n’y a pas eu de naissance ?
Nous devons faire un pas de plus pour parvenir à une conclusion logique. Il n’y a pas de compromis possible. Vous êtes des métaphysiciens, et il n’est pas question de demander grâce. Si donc nous sommes au-delà de toute loi, nous devons être omniscients, éternellement bienheureux ; toute connaissance et toute puissance, toute félicité doivent être en nous. Certainement. Vous êtes l’omniscient. L’Être omniprésent de l’univers. Mais peut-il y avoir beaucoup d’êtres de cette sorte ? Peut-il y avoir cent mille millions d’êtres omniprésents ? Certainement pas. Alors, que devient chacun de nous ? Vous n’êtes qu’un seul ; il n’existe qu’un seul Soi de cette sorte, et ce Soi unique, c’est vous. Derrière cette petite nature se tient ce que nous appelons l’Âme. Il n’existe qu’un seul Être, une seule Existence, éternellement bienheureuse, omniprésente, omnisciente, sans naissance et immortelle. « Par Son pouvoir, le ciel s’étend, par Son pouvoir, l’air respire, par Son pouvoir, le soleil brille, et par Son pouvoir, tous vivent. Il est la Réalité de la nature, Il est l’Âme de votre âme ; bien plus, vous êtes Lui, vous ne faites qu’un avec Lui. » Là où il y a deux êtres, il y a de la peur, du danger, du conflit, de la lutte. Quand tout est Un, qui y a-t-il à haïr, contre qui lutter ? Quand tout est Lui, contre qui pouvez-vous vous battre ? Cela explique la véritable nature de la vie ; cela explique la véritable nature de l’être. Voilà la perfection, et voilà Dieu. Tant que vous voyez la multiplicité, vous êtes dans l’illusion. « Dans ce monde de multiplicité, celui qui voit l’Un ; dans ce monde en perpétuel changement, celui qui voit Celui qui ne change jamais, comme l’Âme de sa propre âme, comme son propre Soi, celui-là est libre, il est bienheureux, il a atteint le but. » Sache donc que tu es Lui ; tu es le Dieu de cet univers, « Tat Tvam Asi » (Tu es Cela). Toutes ces idées diverses selon lesquelles je suis un homme ou une femme, malade ou en bonne santé, fort ou faible, que je hais ou que j’aime, ou que je possède un peu de pouvoir, ne sont que des hallucinations. Rejette-les ! Qu’est-ce qui te rend faible ? Qu’est-ce qui te fait peur ? Tu es l’Être unique de l’univers. Qu’est-ce qui t’effraie ? Alors, lève-toi et sois libre. Sache que toute pensée et toute parole qui t’affaiblissent en ce monde sont le seul mal qui existe. Tout ce qui rend les hommes faibles et craintifs est le seul mal qu’il faille éviter. Qu’est-ce qui peut t’effrayer ? Si les soleils s’abattent, si les lunes tombent en poussière et si des systèmes entiers sont précipités dans l’anéantissement, qu’est-ce que cela peut te faire ? Demeure ferme comme un roc ; tu es indestructible. Tu es le Soi, le Dieu de l’univers. Dis : « Je suis Existence absolue, Félicité absolue, Connaissance absolue, je suis Lui », et, tel un lion qui brise sa cage, brise tes chaînes et sois libre à jamais. Qu’est-ce qui t’effraie, qu’est-ce qui te retient ? Seulement l’ignorance et l’illusion ; rien d’autre ne peut te lier. Tu es le Pur, l’Éternellement bienheureux.
De stupides insensés vous disent que vous êtes des pécheurs, et vous vous asseyez dans un coin pour pleurer. C’est une sottise, une méchanceté, une véritable friponnerie que de dire que vous êtes des pécheurs ! Vous êtes tous Dieu. Ne voyez-vous pas Dieu et ne l’appelez-vous pas homme ? Alors, si vous l’osez, tenez-vous-en à cela — façonnez toute votre vie en conséquence. Si un homme vous tranche la gorge, ne dites pas non, car c’est votre propre gorge que vous tranchez. Quand vous aidez un pauvre, n’en tirez pas la moindre fierté. Voilà votre culte, et non une cause de fierté. L’univers entier n’est-il pas vous ? Qui donc n’est pas vous ? Vous êtes l’Âme de cet univers. Vous êtes le soleil, la lune et les étoiles ; c’est vous qui brillez partout. L’univers entier, c’est vous. Qui allez-vous haïr ou combattre ? Sache donc que Tu es Lui, et modèle toute ta vie en conséquence ; et celui qui le sait et modèle sa vie en conséquence ne rampera plus dans les ténèbres.

Source Swami Vivekananda, The Complete Works, Volume 2, en.wikisource.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire