Catholicisme

Histoire d’une âme, partie 1, chapitre 9

Pour supporter l’exil de la terre des larmes,

Il me faut le regard de mon divin sauveur ;

Ce regard plein d’amour m’a dévoilé Ses charmes,

Il m’a fait pressentir le céleste bonheur.

Mon Jésus me sourit, quand vers Lui je soupire ;

Alors je ne sens plus l’épreuve de la foi.

Le regard de mon Dieu, Son ravissant sourire,

Voilà mon ciel à moi !



Mon ciel est d’attirer sur l’Église bénie,

Sur la France coupable et sur chaque pécheur,

La grâce que répand ce beau fleuve de vie

Dont je trouve la source, ô Jésus, dans Ton Cœur.

Je puis tout obtenir lorsque, dans le mystère,

Je parle cœur à cœur avec mon divin Roi.

Cette douce oraison, tout près du sanctuaire,

Voilà mon ciel à moi !



Mon ciel, il est caché dans la petite hostie

Où Jésus, mon Époux, se voile par amour.

À ce foyer divin je vais puiser la vie ;

Et là, mon doux Sauveur m’écoute nuit et jour.

Oh ! quel heureux instant, lorsque dans Ta tendresse

Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en Toi !

Cette union d’amour, cette ineffable ivresse,

Voilà mon ciel à moi !



Mon ciel est de sentir en moi la ressemblance

Du Dieu qui me créa de Son souffle puissant ;

Mon ciel est de rester toujours en Sa présence,

De l’appeler mon Père et d’être Son enfant ;

Entre ses bras divins je ne crains pas l’orage…

Le total abandon, voilà ma seule loi !

Sommeiller sur Son Cœur, tout près de son Visage,

Voilà mon ciel à moi !
Mon ciel, je l’ai trouvé dans la Trinité sainte

Qui réside en mon cœur, prisonnière d’amour.

Là, contemplant mon Dieu, je Lui redis sans crainte

Que je veux le servir et l’aimer sans retour.

Mon ciel est de sourire à ce Dieu que j’adore,

Lorsqu’Il veut se cacher pour éprouver ma foi ;

Sourire, en attendant qu’Il me regarde encore,

Voilà mon ciel à moi !

Source Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme (1898), fr.wikisource.org · Sommaire