Bouddhisme

L’Évangile de Bouddha, XXXIX — Devadatta.

Lorsque Devadatta, fils de Suprabuddha et frère de Yasodharā, devint disciple, il nourrit l’espoir d’obtenir les mêmes distinctions et les mêmes honneurs que Gotama Siddhattha. Déçu dans ses ambitions, il conçut au fond de son cœur une haine jalouse et, tentant de surpasser le Parfait en vertu, il critiqua ses règles et les réprouva, les jugeant trop indulgentes.
Devadatta se rendit à Rājagaha et gagna les bonnes grâces d’Ajātasattu, fils du roi Bimbisāra. Ajātasattu fit construire un nouveau vihāra pour Devadatta et fonda une secte dont les disciples s’engageaient à observer des règles sévères et à pratiquer les mortifications.
Peu après, le Bienheureux lui-même vint à Rājagaha et séjourna au vihāra de Veluvana.
Devadatta se rendit auprès du Bienheureux et lui demanda d’approuver ses règles plus rigoureuses, grâce auxquelles une plus grande sainteté pourrait être atteinte. « Le corps, dit-il, se compose de ses trente-deux parties et ne possède aucun attribut divin. Il est conçu dans le péché et naît dans la corruption. Ses attributs sont la vulnérabilité à la douleur et la dissolution, car il est impermanent. Il est le réceptacle du karma, qui est la malédiction de nos existences antérieures ; il est la demeure du péché et des maladies, et ses organes sécrètent constamment des excrétions répugnantes. Sa fin est la mort et son terme le charnier. Telle étant la condition du corps, il nous convient de le traiter comme une carcasse pleine d’abominations et de ne le vêtir que de haillons ramassés dans les cimetières ou sur les tas de fumier. »
Le Bienheureux dit : « En vérité, le corps est plein d’impuretés et sa fin est le charnier, car il est impermanent et destiné à se dissoudre en ses éléments. Mais, puisqu’il est le réceptacle du karma, il dépend de nous d’en faire un vaisseau de vérité et non de mal. Il n’est pas bon de se livrer aux plaisirs du corps, mais il n’est pas bon non plus de négliger les besoins du corps et d’entasser des souillures sur des impuretés. La lampe qui n’est ni nettoyée ni remplie d’huile s’éteindra, et un corps négligé, non lavé et affaibli par les pénitences ne sera pas un réceptacle digne de la lumière de la vérité. Prenez soin de votre corps et de ses besoins comme vous soigneriez une blessure, sans l’aimer. Des règles sévères ne conduiront pas les disciples sur la voie moyenne que je leur ai enseignée. Certes, nul ne peut être empêché d’observer des règles plus strictes s’il le juge bon, mais elles ne devraient être imposées à personne, car elles sont inutiles. »
Ainsi le Tathâgata rejeta la proposition de Devadatta ; et Devadatta quitta le Bouddha et se rendit au vihâra, où il dénigra la voie du salut du Seigneur, la jugeant trop indulgente et tout à fait insuffisante.
Lorsque le Bienheureux entendit parler des intrigues de Devadatta, il dit : « Parmi les hommes, nul n’échappe au blâme. Les gens blâment celui qui garde le silence et celui qui parle ; ils blâment aussi l’homme qui prêche la voie moyenne. »
Devadatta incita Ajātasattu à comploter contre son père Bimbisāra, le roi, afin que le prince ne soit plus soumis à son autorité ; Bimbisāra fut emprisonné par son fils dans une tour, où il mourut, laissant le royaume de Magadha à son fils Ajātasattu.
Le nouveau roi écouta les mauvais conseils de Devadatta et ordonna de tuer le Tathāgata. Cependant, les assassins envoyés pour tuer le Seigneur ne purent accomplir leur acte criminel et se convertirent dès qu’ils le virent et entendirent sa prédication. Le rocher précipité du haut d’une falaise sur le grand Maître se fendit en deux, et les deux morceaux passèrent de part et d’autre sans lui faire aucun mal. Nalagiri, l’éléphant sauvage lâché pour détruire le Seigneur, s’adoucit en sa présence ; et Ajātasattu, en proie aux tourments de sa conscience, alla trouver le Bienheureux et chercha la paix dans sa détresse.
Le Bienheureux accueillit Ajātasattu avec bonté et lui enseigna la voie du salut ; mais Devadatta essaya encore de fonder sa propre école religieuse.
Devadatta échoua dans ses projets et, abandonné par nombre de ses disciples, tomba malade, puis se repentit. Il supplia ceux qui étaient restés auprès de lui de porter sa litière jusqu’au Bouddha, en disant : « Emmenez-moi, mes enfants, emmenez-moi auprès de lui ; bien que je lui aie fait du mal, je suis son beau-frère. En raison de nos liens de parenté, le Bouddha me sauvera. » Et ils lui obéirent, quoique à contrecœur.
Et Devadatta, impatient de voir le Bienheureux, descendit de sa litière tandis que ses porteurs se lavaient les mains. Mais ses pieds brûlèrent sous lui ; il s’effondra au sol et, après avoir chanté un hymne au Bouddha, mourut.

Source Paul Carus, The Gospel of Buddha (1894), Project Gutenberg #35895 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire