Nos ennemis sont en vérité nos bienfaiteurs ; ils ferment la porte de l'enfer et nous ouvrent le chemin du salut ; ils sont aussi utiles que les Bouddhas (110). Les Bouddhas s'identifient avec les créatures ; en aimant les créatures, nous plaisons aux Bouddhas ; en les offensant, nous offensons les Bouddhas (134).
1) Toutes ces bonnes œuvres, la charité, le culte des Bouddhas, dont le saint s'est enrichi pendant des siècles, la haine les détruit [comme une étincelle un tas de paille].
2) Aussi n'est-il pas de péché aussi destructif que la haine, ni mortification aussi bonne [et aussi difficile] que la patience. Appliquez-vous donc à la patience de toutes vos forces et par les diverses méthodes [que nous allons exposer].
3) Quel cœur envenimé par la haine connaîtra jamais le calme, la joie des sentiments bienveillants, le sommeil du corps, la fermeté de la pensée ?
4) Les cadeaux, les prévenances, les services et la protection même qu'il accorde ne défendent pas contre la malveillance un maître que son irritabilité rend insupportable.
5) Ses amis même ont peur de lui ; ses serviteurs l'évitent bien qu'il soit prodigue ; en un mot, il n'y a pas de remède, l'homme colère ne peut être heureux.
6) La colère produit tous ces maux et beaucoup d'autres, [sans parler de la vie à venir] ; c'est un ennemi qu'il faut attaquer énergiquement, qu'il faut détruire pour être heureux dans les deux mondes.
1) Toutes ces bonnes œuvres, la charité, le culte des Bouddhas, dont le saint s'est enrichi pendant des siècles, la haine les détruit [comme une étincelle un tas de paille].
2) Aussi n'est-il pas de péché aussi destructif que la haine, ni mortification aussi bonne [et aussi difficile] que la patience. Appliquez-vous donc à la patience de toutes vos forces et par les diverses méthodes [que nous allons exposer].
3) Quel cœur envenimé par la haine connaîtra jamais le calme, la joie des sentiments bienveillants, le sommeil du corps, la fermeté de la pensée ?
4) Les cadeaux, les prévenances, les services et la protection même qu'il accorde ne défendent pas contre la malveillance un maître que son irritabilité rend insupportable.
5) Ses amis même ont peur de lui ; ses serviteurs l'évitent bien qu'il soit prodigue ; en un mot, il n'y a pas de remède, l'homme colère ne peut être heureux.
6) La colère produit tous ces maux et beaucoup d'autres, [sans parler de la vie à venir] ; c'est un ennemi qu'il faut attaquer énergiquement, qu'il faut détruire pour être heureux dans les deux mondes.
7) Si la haine prend des forces et me tue, c'est qu'elle se nourrit du mécontentement ; le mécontentement naît du désir ou de la répugnance contrariés.
8) Je détruirai l'aliment dont se nourrit mon ennemi, mon ennemi qui, jour et nuit, ne conspire qu'à ma perte.
9) Il ne faut pas que les conjonctures les plus pénibles même troublent ma joie : le mécontentement ne sert à rien qu'à dissiper le mérite.
10) S'il existe quelque remède au mal, à quoi bon s'affliger ? À quoi bon s'affliger, s'il n'y a rien à faire ?
11) La souffrance [physique et morale], injures, discours blessants, médisances, voilà ce que nous craignons pour nous et pour ceux que nous aimons. Et, par un effet contraire, nous souffrons du bonheur d'un ennemi.
12) Au prix de grands efforts [dans la pratique du bien] on obtient parfois des jouissances [imparfaites et qui alimentent la transmigration] ; [la souffrance, au contraire, se présente partout, et l'occasion ne manque pas de s'y habituer ; or] c'est par la seule souffrance qu'on peut s'échapper des existences. Sois donc patiente, ô mon âme !
13) [Les païens eux-mêmes consentent à souffrir pour obtenir un grand bien :] les dévots de la déesse Durgâ, habitants du Carnatic, dans le vain espoir du salut, [se soumettent au jeûne à l'occasion des grandes fêtes] : ils n'hésitent pas à brûler et à lacérer leurs corps ; et moi [qui poursuis, pour le salut universel, l'illumination des Bouddhas, difficile à obtenir], je montrerais une indigne faiblesse ?
8) Je détruirai l'aliment dont se nourrit mon ennemi, mon ennemi qui, jour et nuit, ne conspire qu'à ma perte.
9) Il ne faut pas que les conjonctures les plus pénibles même troublent ma joie : le mécontentement ne sert à rien qu'à dissiper le mérite.
10) S'il existe quelque remède au mal, à quoi bon s'affliger ? À quoi bon s'affliger, s'il n'y a rien à faire ?
11) La souffrance [physique et morale], injures, discours blessants, médisances, voilà ce que nous craignons pour nous et pour ceux que nous aimons. Et, par un effet contraire, nous souffrons du bonheur d'un ennemi.
12) Au prix de grands efforts [dans la pratique du bien] on obtient parfois des jouissances [imparfaites et qui alimentent la transmigration] ; [la souffrance, au contraire, se présente partout, et l'occasion ne manque pas de s'y habituer ; or] c'est par la seule souffrance qu'on peut s'échapper des existences. Sois donc patiente, ô mon âme !
13) [Les païens eux-mêmes consentent à souffrir pour obtenir un grand bien :] les dévots de la déesse Durgâ, habitants du Carnatic, dans le vain espoir du salut, [se soumettent au jeûne à l'occasion des grandes fêtes] : ils n'hésitent pas à brûler et à lacérer leurs corps ; et moi [qui poursuis, pour le salut universel, l'illumination des Bouddhas, difficile à obtenir], je montrerais une indigne faiblesse ?
14) Il n’est rien de difficile [dans les arts, dans la vertu, dans l’endurance] que ne rende aisé l’exercice ; en s’entraînant à supporter des souffrances légères, on rend anodines jusqu’aux plus violentes.
15) Moustiques, taons, mouches, faim, soif, démangeaisons, que sais-je ? — pourquoi laisser stériles [ces occasions d’exercer la patience] ?
16) Froid, chaleur, pluie, vent, route fatigante, maladie, prison, coups... Vas-tu faire l’enfant gâté ? C’est croître la souffrance.
17) Il est des soldats que la vue de leur sang remplit d’un courage extrême ; d’autres pensent mourir en voyant couler le sang de leurs camarades.
18) La pensée des premiers est entraînée au courage ; celle des seconds à la lâcheté. [La vaillance est donc en ton pouvoir :] rends-toi invincible à la souffrance et tu l’auras surmontée.
19) Même quand il souffre, le saint tient sa pensée apaisée [dans le Bouddha, ferme dans le bien], car, [la vie], c’est un combat contre les passions, et quel combat est sans souffrances ?
20) Ceux qui triomphent de l’ennemi en offrant leur poitrine aux coups de l’ennemi, ceux-là sont des victorieux et des héros : on appelle « tueurs de cadavres » ceux qui l’emportent par la ruse,
21) La douleur est infiniment avantageuse : elle inspire la sainte épouvante [du péché]. L’orgueil [de la jeunesse et de l’argent] est à bas ; on devient charitable aux douloureuses créatures ; on craint le péché [qui mûrit en douleur] ; et le Bouddha [qui a montré le chemin de la destruction de la douleur], on l’aime, [on l’adore, on croit en lui, on apaise en lui la pensée],
15) Moustiques, taons, mouches, faim, soif, démangeaisons, que sais-je ? — pourquoi laisser stériles [ces occasions d’exercer la patience] ?
16) Froid, chaleur, pluie, vent, route fatigante, maladie, prison, coups... Vas-tu faire l’enfant gâté ? C’est croître la souffrance.
17) Il est des soldats que la vue de leur sang remplit d’un courage extrême ; d’autres pensent mourir en voyant couler le sang de leurs camarades.
18) La pensée des premiers est entraînée au courage ; celle des seconds à la lâcheté. [La vaillance est donc en ton pouvoir :] rends-toi invincible à la souffrance et tu l’auras surmontée.
19) Même quand il souffre, le saint tient sa pensée apaisée [dans le Bouddha, ferme dans le bien], car, [la vie], c’est un combat contre les passions, et quel combat est sans souffrances ?
20) Ceux qui triomphent de l’ennemi en offrant leur poitrine aux coups de l’ennemi, ceux-là sont des victorieux et des héros : on appelle « tueurs de cadavres » ceux qui l’emportent par la ruse,
21) La douleur est infiniment avantageuse : elle inspire la sainte épouvante [du péché]. L’orgueil [de la jeunesse et de l’argent] est à bas ; on devient charitable aux douloureuses créatures ; on craint le péché [qui mûrit en douleur] ; et le Bouddha [qui a montré le chemin de la destruction de la douleur], on l’aime, [on l’adore, on croit en lui, on apaise en lui la pensée],
22) Bien fol qui s’irriterait contre les humeurs dont [le désordre engendre] les maladies si douloureuses ! Aussi déraisonnable est la colère contre les êtres doués de pensée, car, eux aussi, ne sont désordonnés que sous l’influence des causes.
23) De même [que les humeurs, modifiées par telles et telles causes, s’irritent et causent] une souffrance qu’elles n’ont pas en vue ; de même, [quand ses causes ont mûri], jaillit, et sans ressentiment [de l’être doué de pensée], la colère [qui nous sera injurieuse],
24) Direz-vous, en effet, que l’homme s’irrite volontairement et qu’il réfléchit : « Je vais me mettre en colère » ; ou que la colère prenne conseil d’elle-même et se décide à éclater à son heure ?
25) Toutes les fautes, quelles qu’elles soient, toutes les actions mauvaises procèdent de l’enchaînement des causes nécessitantes : rien qui se meuve ou agisse par soi-même.
26) Le complexe des antécédents, [qui engendre l’effet], ne pense pas : « Je vais produire » ; et l’effet engendré ne pense pas : « Je suis produit ».
27) [Mais, direz-vous, il existe quelque chose d’autonome,] ce que les hérétiques appellent du nom de pradhâna, ou ce qu’ils appellent du nom d’âtman — Ce sont de pures imaginations. Ni l’un ni l’autre ne naissent après avoir réfléchi : « Je nais ».
23) De même [que les humeurs, modifiées par telles et telles causes, s’irritent et causent] une souffrance qu’elles n’ont pas en vue ; de même, [quand ses causes ont mûri], jaillit, et sans ressentiment [de l’être doué de pensée], la colère [qui nous sera injurieuse],
24) Direz-vous, en effet, que l’homme s’irrite volontairement et qu’il réfléchit : « Je vais me mettre en colère » ; ou que la colère prenne conseil d’elle-même et se décide à éclater à son heure ?
25) Toutes les fautes, quelles qu’elles soient, toutes les actions mauvaises procèdent de l’enchaînement des causes nécessitantes : rien qui se meuve ou agisse par soi-même.
26) Le complexe des antécédents, [qui engendre l’effet], ne pense pas : « Je vais produire » ; et l’effet engendré ne pense pas : « Je suis produit ».
27) [Mais, direz-vous, il existe quelque chose d’autonome,] ce que les hérétiques appellent du nom de pradhâna, ou ce qu’ils appellent du nom d’âtman — Ce sont de pures imaginations. Ni l’un ni l’autre ne naissent après avoir réfléchi : « Je nais ».
28) Avant de naître, [ni l’un ni l’autre] n’existent : et ce qui n’est pas ne peut désirer d’être. [Direz-vous qu’il s’agit, non pas du passage du néant à l’être, mais du passage de l’état d’indistinction à l’état de distinction ? Nous réfuterons plus loin ce sophisme. Direz-vous que l’âtman est, de sa nature, éternel, non-né ? Notre objection demeure :] si l’âtman est en activité, en contact avec l’objet [présenté par la prakrti], comment cette activité prendra-t-elle fin ?
29) Si Vâtman est éternel, exempt de pensée, comme l’espace, il est trop clair qu’il est inactif. De quelques forces externes dont vous l’entouriez, étant inaltérable, il ne peut agir.
30) Car, demeurant au moment de l’action ce qu’il était auparavant, quelle part prend-il dans l’action ? « L’action de Vâtman », dites-vous : mais quelle sorte de rapport y a-t-il entre l’action et Vâtman ?
31) Ainsi, toute chose dépend de sa cause, et cette cause, à son tour, est dépendante. Les êtres ont le même genre d’activité que les créations magiques : la colère, contre eux, n’est pas justifiée.
32) [Fort bien ;] mais alors il est impossible d’arrêter [la colère] ? Où donc est l’être [autonome] qui arrêtera ? Quelle est la force [autonome, et non nécessitée en ses résultats, désir ou haine,] qui sera arrêtée ? [Nous répondons :] Vous avez tort, car [cet univers de pensée et de souffrance] n’est que l’enchaînement des causes, et c’est ainsi qu’est possible la cessation de la souffrance.
29) Si Vâtman est éternel, exempt de pensée, comme l’espace, il est trop clair qu’il est inactif. De quelques forces externes dont vous l’entouriez, étant inaltérable, il ne peut agir.
30) Car, demeurant au moment de l’action ce qu’il était auparavant, quelle part prend-il dans l’action ? « L’action de Vâtman », dites-vous : mais quelle sorte de rapport y a-t-il entre l’action et Vâtman ?
31) Ainsi, toute chose dépend de sa cause, et cette cause, à son tour, est dépendante. Les êtres ont le même genre d’activité que les créations magiques : la colère, contre eux, n’est pas justifiée.
32) [Fort bien ;] mais alors il est impossible d’arrêter [la colère] ? Où donc est l’être [autonome] qui arrêtera ? Quelle est la force [autonome, et non nécessitée en ses résultats, désir ou haine,] qui sera arrêtée ? [Nous répondons :] Vous avez tort, car [cet univers de pensée et de souffrance] n’est que l’enchaînement des causes, et c’est ainsi qu’est possible la cessation de la souffrance.
33) Quand un ennemi, ou même un ami, offense le prochain, il faut penser : « Telles sont les causes qui agissent en lui », et garder la sérénité.
34) S’il suffisait de désirer pour obtenir ce qu’on veut, personne ne souffrirait ; car qui désire la souffrance ?
35) Inconsidérés, sous l’empire de la colère ou de la convoitise, pour des femmes ou des richesses hors de leur portée, les hommes se font leurs propres ennemis : voyez-les [dans les chemins difficiles], déchirés aux ronces, meurtris par les pierres, [privés d’eau et de nourriture].
36) Quelques-uns mettent eux-mêmes fin à leurs jours : ils se pendent, se jettent dans les précipices, avalent du poison, mangent ou boivent trop, ou bien commettent des crimes [punis de mort].
37) Esclaves des passions, les hommes torturent leur propre corps qui leur est cher. Comment pourraient-ils épargner autrui ?
38) Affolés, [possédés] par [ces démons qui sont] les passions, les hommes s’appliquent à leur perte, [soit qu’ils se fassent leurs propres bourreaux, soit qu’ils tourmentent le prochain]. Plus dignes, en vérité, de pitié que de colère !
39-40) [Autre point.] Ou ces insensés sont naturellement méchants : s’irriter contre eux est aussi absurde que de s’irriter contre le feu parce qu’il brûle ; ou la méchanceté est chez eux adventice : « les êtres sont naturellement purs » ; et vas-tu t’irriter contre l’air à cause de la fumée ?
34) S’il suffisait de désirer pour obtenir ce qu’on veut, personne ne souffrirait ; car qui désire la souffrance ?
35) Inconsidérés, sous l’empire de la colère ou de la convoitise, pour des femmes ou des richesses hors de leur portée, les hommes se font leurs propres ennemis : voyez-les [dans les chemins difficiles], déchirés aux ronces, meurtris par les pierres, [privés d’eau et de nourriture].
36) Quelques-uns mettent eux-mêmes fin à leurs jours : ils se pendent, se jettent dans les précipices, avalent du poison, mangent ou boivent trop, ou bien commettent des crimes [punis de mort].
37) Esclaves des passions, les hommes torturent leur propre corps qui leur est cher. Comment pourraient-ils épargner autrui ?
38) Affolés, [possédés] par [ces démons qui sont] les passions, les hommes s’appliquent à leur perte, [soit qu’ils se fassent leurs propres bourreaux, soit qu’ils tourmentent le prochain]. Plus dignes, en vérité, de pitié que de colère !
39-40) [Autre point.] Ou ces insensés sont naturellement méchants : s’irriter contre eux est aussi absurde que de s’irriter contre le feu parce qu’il brûle ; ou la méchanceté est chez eux adventice : « les êtres sont naturellement purs » ; et vas-tu t’irriter contre l’air à cause de la fumée ?
41) On ne s’irrite pas contre le bâton, cause immédiate de la douleur, mais contre celui qui le met en mouvement ; or celui-ci est mis en mouvement par la haine : c’est donc la haine qu’il faut haïr.
42) [Venons au fond :] moi-même, autrefois, j’ai tourmenté les créatures comme [mon ennemi] me tourmente aujourd’hui ; ma souffrance actuelle m’est bien due puisque j’ai fait souffrir les créatures.
43) Double est la cause de ma souffrance, l’épée qui me frappe et mon corps qui est frappé. Mon ennemi a pris l’épée, j’ai revêtu le corps : contre qui m’irriter ?
44) Ce que j’ai revêtu, c’est plutôt une plaie qu’un corps, tant [le corps] est sensible ! Il faut que la passion m’aveugle pour que je m’irrite [contre mon ennemi, et non contre moi-même].
45) Je hais la souffrance, et, comme un insensé, j’aime la [première] cause de la souffrance, [qui est mon corps] ; la souffrance du corps résulte du mal commis par le corps : pourquoi m’irriter ailleurs [, contre les agents et les auxiliaires de la cause première] ?
46) Ce sont mes actes seuls qui produisent la forêt aux feuilles-épées et les vautours de l’enfer ; de même, cette douleur actuelle : contre qui m’irriter ?
C'est l'acte commis par moi-même qui met en mouvement les hommes qui me font du mal; [qui, par conséquent], les précipite en enfer. Ne peut-on pas dire, [ô mon âme !] que je les perds [, tandis qu'ils ne me font aucun mal].
42) [Venons au fond :] moi-même, autrefois, j’ai tourmenté les créatures comme [mon ennemi] me tourmente aujourd’hui ; ma souffrance actuelle m’est bien due puisque j’ai fait souffrir les créatures.
43) Double est la cause de ma souffrance, l’épée qui me frappe et mon corps qui est frappé. Mon ennemi a pris l’épée, j’ai revêtu le corps : contre qui m’irriter ?
44) Ce que j’ai revêtu, c’est plutôt une plaie qu’un corps, tant [le corps] est sensible ! Il faut que la passion m’aveugle pour que je m’irrite [contre mon ennemi, et non contre moi-même].
45) Je hais la souffrance, et, comme un insensé, j’aime la [première] cause de la souffrance, [qui est mon corps] ; la souffrance du corps résulte du mal commis par le corps : pourquoi m’irriter ailleurs [, contre les agents et les auxiliaires de la cause première] ?
46) Ce sont mes actes seuls qui produisent la forêt aux feuilles-épées et les vautours de l’enfer ; de même, cette douleur actuelle : contre qui m’irriter ?
C'est l'acte commis par moi-même qui met en mouvement les hommes qui me font du mal; [qui, par conséquent], les précipite en enfer. Ne peut-on pas dire, [ô mon âme !] que je les perds [, tandis qu'ils ne me font aucun mal].
Grâce à eux, si je supporte patiemment leurs offenses, beaucoup de péchés me sont détruits [par la souffrance même en laquelle ils mûrissent] ; tandis qu'à cause de moi mes ennemis vont aux longues tortures de l'enfer.
C'est moi qui leur fais du mal tandis qu'ils me font du bien. Pourquoi prendre le change, sot que tu es ! et t'irriter ?
Si je ne vais pas en enfer, c'est sans doute par la pureté de mon intention : si je parviens à me sauvegarder, cela ne les regarde pas.
Voulez-vous que je me venge de mes ennemis ? Ce n'est pas le moyen de les sauver. Et qu'arrive-t-il ? C'en est fait de mes vœux et de ma pratique de futur Bouddha, et ces malheureux, ces misérables sont perdus [et tombent en enfer].
[La souffrance, dit-on communément, est de deux sortes, corporelle ou morale.] L'âme, immatérielle, ne peut être atteinte en aucun endroit et par quoi que ce soit : si elle est atteinte par la douleur du corps, c'est par suite des faux jugements qui font dire : « mon corps ».
Quant au corps, peut-on dire qu'il souffre des offenses verbales, injures, paroles grossières, médisances ? Comment, ô mon âme, justifier ta colère ?
Les mauvaises dispositions d'autrui ne sont funestes, ni dans cette vie, ni dans l'autre. Pourquoi les redouter et s'en affliger ?
C'est moi qui leur fais du mal tandis qu'ils me font du bien. Pourquoi prendre le change, sot que tu es ! et t'irriter ?
Si je ne vais pas en enfer, c'est sans doute par la pureté de mon intention : si je parviens à me sauvegarder, cela ne les regarde pas.
Voulez-vous que je me venge de mes ennemis ? Ce n'est pas le moyen de les sauver. Et qu'arrive-t-il ? C'en est fait de mes vœux et de ma pratique de futur Bouddha, et ces malheureux, ces misérables sont perdus [et tombent en enfer].
[La souffrance, dit-on communément, est de deux sortes, corporelle ou morale.] L'âme, immatérielle, ne peut être atteinte en aucun endroit et par quoi que ce soit : si elle est atteinte par la douleur du corps, c'est par suite des faux jugements qui font dire : « mon corps ».
Quant au corps, peut-on dire qu'il souffre des offenses verbales, injures, paroles grossières, médisances ? Comment, ô mon âme, justifier ta colère ?
Les mauvaises dispositions d'autrui ne sont funestes, ni dans cette vie, ni dans l'autre. Pourquoi les redouter et s'en affliger ?
Mais [la médisance] tarit la générosité des hommes ? Mes biens vont périr sous peu de jours, et le péché [né du ressentiment] m'accompagnera dans l'autre monde.
Mieux vaut mourir sur le champ, [faute de ressources], que de vivre une longue vie de péché. Quand je vivrais cent ans, la mort inévitable me réserve la même douleur.
Un homme rêve qu'il est heureux pendant cent ans ; un autre, qu'il est heureux pendant une heure : ils s'éveillent.
Quand ils sont éveillés, leur bonheur est à jamais interrompu. Tels sont, quand ils meurent, l'homme qui a vécu longtemps, l'homme qui a vécu peu de jours.
En vain je posséderai des richesses, en vain je jouirai longtemps des jouissances : la mort, comme un voleur, ne me laissera ni viatique, ni vêtement.
60) Mais, diras-tu, les biens prolongent la vie, et je pourrai plus longtemps détruire mon péché, accroître le mérite? Mais ne t’irrites pas dans le désir des biens, car tu détruirais le mérite et accroîtrais le péché !
61) Maudite soit la vie, si je manque le but unique de ma vie, si ma vie se passe entière dans le péché !
62) Mais, diras-tu, je hais le médisant, non parce qu’il met obstacle à mes profits, mais parce qu’il fait partager aux autres sa malveillance et cause ainsi leur perte. D’où vient que les calomniateurs d’autrui te laissent si indifférent ?
Mieux vaut mourir sur le champ, [faute de ressources], que de vivre une longue vie de péché. Quand je vivrais cent ans, la mort inévitable me réserve la même douleur.
Un homme rêve qu'il est heureux pendant cent ans ; un autre, qu'il est heureux pendant une heure : ils s'éveillent.
Quand ils sont éveillés, leur bonheur est à jamais interrompu. Tels sont, quand ils meurent, l'homme qui a vécu longtemps, l'homme qui a vécu peu de jours.
En vain je posséderai des richesses, en vain je jouirai longtemps des jouissances : la mort, comme un voleur, ne me laissera ni viatique, ni vêtement.
60) Mais, diras-tu, les biens prolongent la vie, et je pourrai plus longtemps détruire mon péché, accroître le mérite? Mais ne t’irrites pas dans le désir des biens, car tu détruirais le mérite et accroîtrais le péché !
61) Maudite soit la vie, si je manque le but unique de ma vie, si ma vie se passe entière dans le péché !
62) Mais, diras-tu, je hais le médisant, non parce qu’il met obstacle à mes profits, mais parce qu’il fait partager aux autres sa malveillance et cause ainsi leur perte. D’où vient que les calomniateurs d’autrui te laissent si indifférent ?
63) Tu supportes aisément la malveillance dont un tiers est l’objet : supporte donc les mauvais discours qui blâment tes vices.
64) Ne va pas, par piété, haïr ceux qui détruisent ou insultent les images des Bouddhas, ces stûpas, la bonne religion, les Bouddhas, Bodhisattvas, Nobles disciples et Pratyekabuddhas ne souffrent de ces insultes.
65) Si on offense tes maîtres, tes parents, tes amis, reconnais dans ce qui arrive la manifestation des causes ; écarte la colère.
66) Que l’instrument en soit un être intelligent ou une chose inanimée, la souffrance résulte de causes nécessitantes ; elle a toujours son siège dans le corps sensible : supporte-la donc, ô mon âme, d’où qu’elle vienne.
67) Les uns, égarés par l’égoïsme, offensent ; les autres, égarés aussi, s’irritent. Qui est sans reproche ? Qui est coupable ?
68) Pourquoi, ô mon âme, as-tu commis les péchés par lesquels tu souffres aujourd’hui sous tes ennemis ? Espères-tu pouvoir échapper ? Les êtres sont soumis à leurs actes anciens.
69) Sachant cela, je m’appliquerai avec tant d’énergie aux bonnes œuvres que toutes les créatures, entrant dans le bon chemin, seront remplies d’une mutuelle affection.
70) Quand une maison brûle, on enlève de la maison voisine la paille et le bois qui alimenteraient le feu s’il venait à s’étendre.
71) De même les objets auxquels on s’attache et qui peuvent allumer dans l’âme le feu de la haine, il faut, sur-le-champ, les rejeter, de peur que l’incendie ne détruise notre mérite.
64) Ne va pas, par piété, haïr ceux qui détruisent ou insultent les images des Bouddhas, ces stûpas, la bonne religion, les Bouddhas, Bodhisattvas, Nobles disciples et Pratyekabuddhas ne souffrent de ces insultes.
65) Si on offense tes maîtres, tes parents, tes amis, reconnais dans ce qui arrive la manifestation des causes ; écarte la colère.
66) Que l’instrument en soit un être intelligent ou une chose inanimée, la souffrance résulte de causes nécessitantes ; elle a toujours son siège dans le corps sensible : supporte-la donc, ô mon âme, d’où qu’elle vienne.
67) Les uns, égarés par l’égoïsme, offensent ; les autres, égarés aussi, s’irritent. Qui est sans reproche ? Qui est coupable ?
68) Pourquoi, ô mon âme, as-tu commis les péchés par lesquels tu souffres aujourd’hui sous tes ennemis ? Espères-tu pouvoir échapper ? Les êtres sont soumis à leurs actes anciens.
69) Sachant cela, je m’appliquerai avec tant d’énergie aux bonnes œuvres que toutes les créatures, entrant dans le bon chemin, seront remplies d’une mutuelle affection.
70) Quand une maison brûle, on enlève de la maison voisine la paille et le bois qui alimenteraient le feu s’il venait à s’étendre.
71) De même les objets auxquels on s’attache et qui peuvent allumer dans l’âme le feu de la haine, il faut, sur-le-champ, les rejeter, de peur que l’incendie ne détruise notre mérite.
72) Un homme est condamné à mort : on lui tranche la main et on le renvoie. Peut-il se plaindre ? — Souffrir les souffrances humaines au lieu des souffrances infernales, c’est tout profit.
73) Comment, tu ne peux prendre sur toi de supporter des souffrances qui sont peu de chose et tu te livres à la colère qui mûrit en souffrances infernales !
74) Mille et mille fois la colère m’a livré aux bourreaux de Yama — sans que mes douleurs aient servi à moi-même ou au prochain.
75) Bien moindres les douleurs de cette vie, et, fécondées par la patience, sources d’un bien infini. Réjouissons-nous d’une douleur qui détruit la douleur universelle.
76) Des hommes trouvent une satisfaction personnelle à louer les vertus du prochain : pourquoi, ô mon âme, ne pas te réjouir en t’associant à cette louange ?
77) Mais toute joie n’est-elle pas attachement, et, par le fait même, mauvaise ? — Cette joie, qui a pour principe le mérite d’autrui, est irréprochable ; elle est source de bonheur : elle n’est pas interdite par les docteurs de la Loi ; elle est, par excellence, le moyen de conquérir le prochain.
79) Quelqu’un vous loue, par hasard, vous aimez la joie qu’il tire de vos qualités ; on loue le mérite d’autrui, vous n’aimez pas votre propre joie.
73) Comment, tu ne peux prendre sur toi de supporter des souffrances qui sont peu de chose et tu te livres à la colère qui mûrit en souffrances infernales !
74) Mille et mille fois la colère m’a livré aux bourreaux de Yama — sans que mes douleurs aient servi à moi-même ou au prochain.
75) Bien moindres les douleurs de cette vie, et, fécondées par la patience, sources d’un bien infini. Réjouissons-nous d’une douleur qui détruit la douleur universelle.
76) Des hommes trouvent une satisfaction personnelle à louer les vertus du prochain : pourquoi, ô mon âme, ne pas te réjouir en t’associant à cette louange ?
77) Mais toute joie n’est-elle pas attachement, et, par le fait même, mauvaise ? — Cette joie, qui a pour principe le mérite d’autrui, est irréprochable ; elle est source de bonheur : elle n’est pas interdite par les docteurs de la Loi ; elle est, par excellence, le moyen de conquérir le prochain.
79) Quelqu’un vous loue, par hasard, vous aimez la joie qu’il tire de vos qualités ; on loue le mérite d’autrui, vous n’aimez pas votre propre joie.
80) Comment ! tu as formé, pour le bonheur de toute créature, le vœu de devenir Bouddha ; et tu t’irrites contre ceux qui, dès aujourd’hui et d’eux-mêmes, sont heureux par l’amour des vertus d’autrui !
81) Certes, tu souhaites à toute créature la possession de l’état de Bouddha, adorable aux trois mondes, et tu t’affliges des périssables honneurs accordés à tes frères !
82) Celui qui nourrit ceux que tu dois nourrir, tes amis, tes enfants, n’est-ce pas à toi qu’il donne ? Tu rencontres un bienfaiteur qui fait vivre ta propre famille, tu vas sans doute te réjouir ? Non pas. Tu t’irrites !
83) Quel bien, mondain ou surnaturel, ne souhaite-t-il pas aux créatures celui qui leur souhaite l’état de Bouddha ? Comment posséderait-il la pensée de Bodhi celui qui s’irrite du bonheur d’autrui ?
84) Si ton prochain ne recevait pas l’aumône que tu lui jalouses, elle resterait dans la maison du « maître de charité ». Dans les deux cas, tu n’en as rien. Que t’importe qu’on la donne ou non ?
85) Exiges-tu que le prochain arrête la fructification de ses mérites, qui mûrissent en aumônes et en honneurs ; qu’il se soustraie à la bienveillance des laïcs généreux ; qu’il stérilise ses qualités, source de la sympathie ; qu’il refuse ce qu’on lui donne ? — Oui, c’est cela, mets-toi en colère !
81) Certes, tu souhaites à toute créature la possession de l’état de Bouddha, adorable aux trois mondes, et tu t’affliges des périssables honneurs accordés à tes frères !
82) Celui qui nourrit ceux que tu dois nourrir, tes amis, tes enfants, n’est-ce pas à toi qu’il donne ? Tu rencontres un bienfaiteur qui fait vivre ta propre famille, tu vas sans doute te réjouir ? Non pas. Tu t’irrites !
83) Quel bien, mondain ou surnaturel, ne souhaite-t-il pas aux créatures celui qui leur souhaite l’état de Bouddha ? Comment posséderait-il la pensée de Bodhi celui qui s’irrite du bonheur d’autrui ?
84) Si ton prochain ne recevait pas l’aumône que tu lui jalouses, elle resterait dans la maison du « maître de charité ». Dans les deux cas, tu n’en as rien. Que t’importe qu’on la donne ou non ?
85) Exiges-tu que le prochain arrête la fructification de ses mérites, qui mûrissent en aumônes et en honneurs ; qu’il se soustraie à la bienveillance des laïcs généreux ; qu’il stérilise ses qualités, source de la sympathie ; qu’il refuse ce qu’on lui donne ? — Oui, c’est cela, mets-toi en colère !
86) Non seulement tu ne pleures pas sur toi-même, sur tes péchés, causes uniques de tes souffrances, tu prétends rivaliser avec les vertueux, non pas en bonnes œuvres, mais en jouissances, fruit des bonnes œuvres.
87-88) Tu souhaites le malheur de ton ennemi : je veux bien, ce qui est absurde, que tes souhaits troublent la loi de causalité ; que ton ennemi, par la seule vertu de ton désir, soit malheureux : voilà un grand gain pour toi ! — Mais ce malheur, dis-tu, fait ma joie ? — C’est le plus grand malheur qui puisse t’arriver !
89) C’est un filet terrible entre les mains des passions, sinistres pêcheurs, que cette trame de tes souhaits envieux : les gardiens des enfers viendront t’y prendre, pauvre poisson, et te cuiront dans leurs antres.
90) Louanges, gloire, honneurs ne servent ni au mérite, ni à la prolongation de la vie, ni à la vigueur, ni à la santé, ni aux joies du corps.
91) Or ce sont là les biens que poursuit le sage qui connaît ce qui est utile ; à la boisson, au jeu, aux conversations s’adonne celui qui cherche les jouissances de l’esprit.
92) Mais la gloire, pour laquelle des insensés prodiguent leurs richesses et sacrifient leur vie ! Mange-t-on des syllabes ? Jouit-on de la gloire quand on est mort ?
87-88) Tu souhaites le malheur de ton ennemi : je veux bien, ce qui est absurde, que tes souhaits troublent la loi de causalité ; que ton ennemi, par la seule vertu de ton désir, soit malheureux : voilà un grand gain pour toi ! — Mais ce malheur, dis-tu, fait ma joie ? — C’est le plus grand malheur qui puisse t’arriver !
89) C’est un filet terrible entre les mains des passions, sinistres pêcheurs, que cette trame de tes souhaits envieux : les gardiens des enfers viendront t’y prendre, pauvre poisson, et te cuiront dans leurs antres.
90) Louanges, gloire, honneurs ne servent ni au mérite, ni à la prolongation de la vie, ni à la vigueur, ni à la santé, ni aux joies du corps.
91) Or ce sont là les biens que poursuit le sage qui connaît ce qui est utile ; à la boisson, au jeu, aux conversations s’adonne celui qui cherche les jouissances de l’esprit.
92) Mais la gloire, pour laquelle des insensés prodiguent leurs richesses et sacrifient leur vie ! Mange-t-on des syllabes ? Jouit-on de la gloire quand on est mort ?
93) Un enfant pleure avec des cris déchirants quand s’écroule sa maison de sable : de même ma pensée, quand s’écroule l’édifice illusoire de mes louanges et de ma gloire.
94) Cette louange n’est qu’un souffle sonore, dépourvu de pensée : diras-tu que ce souffle proclame tes mérites ? — Mais je t’entends : ce qui cause ta joie, c’est que le prochain se réjouisse en toi.
95) Que j’en sois la cause et l’objet, ou que ce soit un autre, que me fait la satisfaction sympathique d’autrui ? Celui-là seul est heureux dont la joie se manifeste par l’éloge : je n’ai point part dans cette joie.
96) Comment, répliques-tu, le saint n’est-il pas heureux du bonheur d’autrui ? — Hypocrite, si c’étaient là tes sentiments, pourquoi faire des différences ? Pourquoi n’es-tu pas heureux quand ton prochain est l’objet des éloges et la cause de la joie ?
97) Conviens-en, ô mon âme, si je me réjouis quand on me loue, c’est parce qu’on me loue et non par sympathie désintéressée ; et cette joie d’amour-propre est-elle assez déraisonnable et puérile ?
98) Car les louanges et les honneurs dissipent l’épouvante du péché et de la transmigration, dissolvent l’attention et la méfiance de soi-même, rendent le vaniteux jaloux du mérite d’autrui et envieux de sa prospérité.
[Honore] ceux qui se lèvent contre toi pour détruire ta réputation, ta vaine gloire et tes richesses ! Il semble qu’ils aient uniquement en vue de te préserver des enfers.
94) Cette louange n’est qu’un souffle sonore, dépourvu de pensée : diras-tu que ce souffle proclame tes mérites ? — Mais je t’entends : ce qui cause ta joie, c’est que le prochain se réjouisse en toi.
95) Que j’en sois la cause et l’objet, ou que ce soit un autre, que me fait la satisfaction sympathique d’autrui ? Celui-là seul est heureux dont la joie se manifeste par l’éloge : je n’ai point part dans cette joie.
96) Comment, répliques-tu, le saint n’est-il pas heureux du bonheur d’autrui ? — Hypocrite, si c’étaient là tes sentiments, pourquoi faire des différences ? Pourquoi n’es-tu pas heureux quand ton prochain est l’objet des éloges et la cause de la joie ?
97) Conviens-en, ô mon âme, si je me réjouis quand on me loue, c’est parce qu’on me loue et non par sympathie désintéressée ; et cette joie d’amour-propre est-elle assez déraisonnable et puérile ?
98) Car les louanges et les honneurs dissipent l’épouvante du péché et de la transmigration, dissolvent l’attention et la méfiance de soi-même, rendent le vaniteux jaloux du mérite d’autrui et envieux de sa prospérité.
[Honore] ceux qui se lèvent contre toi pour détruire ta réputation, ta vaine gloire et tes richesses ! Il semble qu’ils aient uniquement en vue de te préserver des enfers.
Les biens et les honneurs sont une chaîne pour qui aspire à la délivrance : [mes ennemis, — dirai-je pas plutôt mes bienfaiteurs et les amis de mon salut ?], me dégagent de cette chaîne. Serai-je assez fou pour les haïr ?
Je me précipitais, volontairement peut-on dire, dans la souffrance ; mes ennemis, comme par un effet de la protection du Bouddha, viennent me barrer le passage : serai-je assez fou pour les haïr ?
« Mais mon ennemi fait obstacle à mes bonnes œuvres ! » Mauvaise excuse, car il n’est pas d’austérité comparable à la patience, et c’est l’ennemi qui m’en fournit [gratuitement] l’occasion.
Si, et ce sera bien ma faute, je ne pratique pas la patience à son égard, c’est bien moi-même qui fais obstacle à ma sainteté, qui en détruis la cause présente.
Si B n’existe pas sans A ; si, A existant, B existe, A est la cause de B. N’appelez pas « obstacle » ce qui est « cause ».
Le mendiant qui se présente à l’heure convenable fait-il obstacle à la charité ? Le religieux, [dont la vue incite à la vie religieuse], fait-il obstacle à la conversion ?
[Or] on rencontre aisément des mendiants de par le monde, mais difficilement des offenseurs : si je n’offense personne, qui m’offensera ?
C’est donc comme un trésor miraculeusement apparu dans ma maison, un ennemi qui vient de lui-même, incomparable auxiliaire dans la pratique de la sainteté : il faut le chérir.
Je me précipitais, volontairement peut-on dire, dans la souffrance ; mes ennemis, comme par un effet de la protection du Bouddha, viennent me barrer le passage : serai-je assez fou pour les haïr ?
« Mais mon ennemi fait obstacle à mes bonnes œuvres ! » Mauvaise excuse, car il n’est pas d’austérité comparable à la patience, et c’est l’ennemi qui m’en fournit [gratuitement] l’occasion.
Si, et ce sera bien ma faute, je ne pratique pas la patience à son égard, c’est bien moi-même qui fais obstacle à ma sainteté, qui en détruis la cause présente.
Si B n’existe pas sans A ; si, A existant, B existe, A est la cause de B. N’appelez pas « obstacle » ce qui est « cause ».
Le mendiant qui se présente à l’heure convenable fait-il obstacle à la charité ? Le religieux, [dont la vue incite à la vie religieuse], fait-il obstacle à la conversion ?
[Or] on rencontre aisément des mendiants de par le monde, mais difficilement des offenseurs : si je n’offense personne, qui m’offensera ?
C’est donc comme un trésor miraculeusement apparu dans ma maison, un ennemi qui vient de lui-même, incomparable auxiliaire dans la pratique de la sainteté : il faut le chérir.
Par nos efforts combinés, [lui offensant, moi pardonnant,] j’obtiendrai le fruit de la patience, [la connaissance suprême d’un Bouddha]. C’est à lui le premier que je ferai part de ma conquête, car il est la source et l’occasion de ma patience.
« Mais mon ennemi n’a pas l’intention de faire croître ma patience et ne mérite [ni mes dons], ni mon culte, [ni mon amour]. » — Pourquoi donc vénérer la Bonne Loi, cause inconsciente de notre sanctification ?
« Mais l’ennemi a l’intention de nuire ! » [Eh, je le sais ; c’est pour cela qu’il est si précieux :] comptez-vous pratiquer le pardon des injures à l’égard d’un médecin dévoué ?
S’il y a patience, [pardon des injures], c’est parce qu’il y a intention de nuire. C’est par cette intention que l’ennemi, cause de la patience, est digne de vénération comme l’est la Bonne Loi.
C’est pour cette raison que le Bouddha a déclaré : « Les créatures sont un champ [de mérite], les Bouddhas sont un autre champ. » Nombreux sont [les saints] qui ont atteint l’autre bord des félicités [mondaines et surnaturelles], soit par la vertu des créatures, soit par celle des Bouddhas.
Dans les créatures et dans les Bouddhas réside la même efficace pour l’acquisition de la nature d’un Bouddha. Pourquoi refuser aux unes la vénération qu’on accorde aux autres ? Pourquoi établir une différence ?
« Mais mon ennemi n’a pas l’intention de faire croître ma patience et ne mérite [ni mes dons], ni mon culte, [ni mon amour]. » — Pourquoi donc vénérer la Bonne Loi, cause inconsciente de notre sanctification ?
« Mais l’ennemi a l’intention de nuire ! » [Eh, je le sais ; c’est pour cela qu’il est si précieux :] comptez-vous pratiquer le pardon des injures à l’égard d’un médecin dévoué ?
S’il y a patience, [pardon des injures], c’est parce qu’il y a intention de nuire. C’est par cette intention que l’ennemi, cause de la patience, est digne de vénération comme l’est la Bonne Loi.
C’est pour cette raison que le Bouddha a déclaré : « Les créatures sont un champ [de mérite], les Bouddhas sont un autre champ. » Nombreux sont [les saints] qui ont atteint l’autre bord des félicités [mondaines et surnaturelles], soit par la vertu des créatures, soit par celle des Bouddhas.
Dans les créatures et dans les Bouddhas réside la même efficace pour l’acquisition de la nature d’un Bouddha. Pourquoi refuser aux unes la vénération qu’on accorde aux autres ? Pourquoi établir une différence ?
Il faut apprécier la grandeur de l’intention, non pas d’après sa valeur propre, mais d’après les résultats qu’elle produit : or, de ce point de vue, les créatures ont la même importance [que les Bouddhas] ; donc elles seront mises sur le même rang.
Ce qui constitue la grandeur propre aux créatures, c’est que [le saint], par son intention charitable [à leur égard, devient un] adorable [Bouddha]. Ce qui constitue la grandeur propre aux Bouddhas, c’est le mérite produit par la foi en Bouddha et par l’amour.
Les créatures sont comparables aux Bouddhas, parce qu’elles contribuent, pour une part, à l’acquisition de la nature d’un Bouddha ; mais, en réalité, il n’en est pas une qui soit comparable aux Bouddhas, océans partout insondables de qualités.
De ces accumulations uniques de l’essence de toute qualité, si un seul atome existe dans une créature, pour l’honorer dignement, le triple monde est un hommage insuffisant.
Or, dans les créatures existe, et excellente bien que partielle, cette faculté de produire [chez le charitable, chez le patient, etc.] la nature d’un Bouddha. Il faut donc honorer les créatures en raison de cette faculté partielle.
D’ailleurs, sinon par le service des créatures, comment nous faire pardonner par les [Bouddhas et les Bodhisattvas], parents sincères, inappréciables bienfaiteurs ?
[Les Bouddhas et les Bodhisattvas], pour les créatures, déchirent leur corps et supportent les douleurs de l’enfer ; ce qu’on fait aux créatures, on le fait aux Bouddhas ; à mes plus cruels ennemis, je dois faire tout le bien de toutes les puissances de mon être.
Ce qui constitue la grandeur propre aux créatures, c’est que [le saint], par son intention charitable [à leur égard, devient un] adorable [Bouddha]. Ce qui constitue la grandeur propre aux Bouddhas, c’est le mérite produit par la foi en Bouddha et par l’amour.
Les créatures sont comparables aux Bouddhas, parce qu’elles contribuent, pour une part, à l’acquisition de la nature d’un Bouddha ; mais, en réalité, il n’en est pas une qui soit comparable aux Bouddhas, océans partout insondables de qualités.
De ces accumulations uniques de l’essence de toute qualité, si un seul atome existe dans une créature, pour l’honorer dignement, le triple monde est un hommage insuffisant.
Or, dans les créatures existe, et excellente bien que partielle, cette faculté de produire [chez le charitable, chez le patient, etc.] la nature d’un Bouddha. Il faut donc honorer les créatures en raison de cette faculté partielle.
D’ailleurs, sinon par le service des créatures, comment nous faire pardonner par les [Bouddhas et les Bodhisattvas], parents sincères, inappréciables bienfaiteurs ?
[Les Bouddhas et les Bodhisattvas], pour les créatures, déchirent leur corps et supportent les douleurs de l’enfer ; ce qu’on fait aux créatures, on le fait aux Bouddhas ; à mes plus cruels ennemis, je dois faire tout le bien de toutes les puissances de mon être.
Nos Maîtres, [Bouddhas et Bodhisattvas], librement, sans y prendre garde, abandonnent jusqu’à leur vie pour le salut des créatures ; et nous, serviteurs de ces Maîtres charitables, qui devrions être les esclaves [de ces créatures tant aimées], quel égoïsme ! quel orgueil !
Quand elles sont heureuses, les Rois-Bouddhas se réjouissent ; ils s’irritent quand elles souffrent ; ils sont satisfaits, tous tant qu’ils sont, quand elles sont satisfaites : offenser les créatures, c’est offenser les Bouddhas [tendres pères d’enfants chéris].
Point de volupté, point de plaisir pour les malheureux dont le corps est enveloppé par les flammes : de même, quand les créatures souffrent, il n’est pas de joie pour ceux qui sont la compassion même.
En faisant souffrir les créatures, j’ai donc fait souffrir tous les Grands Miséricordieux. Je veux confesser aujourd’hui ce péché : que les Bouddhas me pardonnent le mal que je leur ai fait.
Dès cet instant, pour apaiser les Bouddhas [et réaliser leurs vues], je me fais l’esclave des créatures, corps, voix, pensée ! Que la foule [bienveillante] des hommes mette le pied sur ma tête et l’écrase ! Que le Protecteur des êtres [me pardonne et] soit satisfait !
« Pouvez-vous en douter ? Les [Bouddhas], qui sont toute compassion, ont adopté en qualité de “moi” toute créature. Ce sont nos Protecteurs même qui apparaissent sous l’aspect des hommes ; et vous iriez les mépriser !
Quand elles sont heureuses, les Rois-Bouddhas se réjouissent ; ils s’irritent quand elles souffrent ; ils sont satisfaits, tous tant qu’ils sont, quand elles sont satisfaites : offenser les créatures, c’est offenser les Bouddhas [tendres pères d’enfants chéris].
Point de volupté, point de plaisir pour les malheureux dont le corps est enveloppé par les flammes : de même, quand les créatures souffrent, il n’est pas de joie pour ceux qui sont la compassion même.
En faisant souffrir les créatures, j’ai donc fait souffrir tous les Grands Miséricordieux. Je veux confesser aujourd’hui ce péché : que les Bouddhas me pardonnent le mal que je leur ai fait.
Dès cet instant, pour apaiser les Bouddhas [et réaliser leurs vues], je me fais l’esclave des créatures, corps, voix, pensée ! Que la foule [bienveillante] des hommes mette le pied sur ma tête et l’écrase ! Que le Protecteur des êtres [me pardonne et] soit satisfait !
« Pouvez-vous en douter ? Les [Bouddhas], qui sont toute compassion, ont adopté en qualité de “moi” toute créature. Ce sont nos Protecteurs même qui apparaissent sous l’aspect des hommes ; et vous iriez les mépriser !
[Honorer et se rendre propices les créatures], c’est honorer les Bouddhas et leur complaire ; c’est réaliser ma fin propre [l’état de Bouddha] ; c’est chasser la souffrance de l’univers ; c’est donc le vœu auquel je m’oblige.
Sans escorte, un homme du roi pressure et outrage un peuple nombreux : et la foule, qui voit de loin, se laisse maltraiter sans rien dire. C’est que cet homme n’est pas seul : la force du roi fait sa force.
De même, n’allez pas mépriser [à cause de sa faiblesse apparente] celui qui vous fait injure : car les gardiens des enfers et les [Bouddhas compatissants] sont, pour lui, comme une armée.
Respectez les créatures ainsi qu’un serviteur respecte un roi irritable. Quel roi furieux a-t-il des supplices comme ceux des enfers, et quel roi satisfait donne-t-il des biens comparables à l’état de Bouddha ? Or les créatures, mécontentes, nous damnent, et, satisfaites, font de nous des Bouddhas.
Mais, sans parler de l’état de Bouddha, espoir certain de celui qui satisfait les créatures, ne voyez-vous pas qu’il s’assure tous les biens périssables : popularité, gloire, bien-être, beauté qui charme, santé, joie, longue vie, abondante félicité des rois souverains : voilà, au cours des existences, le lot du patient.
Sans escorte, un homme du roi pressure et outrage un peuple nombreux : et la foule, qui voit de loin, se laisse maltraiter sans rien dire. C’est que cet homme n’est pas seul : la force du roi fait sa force.
De même, n’allez pas mépriser [à cause de sa faiblesse apparente] celui qui vous fait injure : car les gardiens des enfers et les [Bouddhas compatissants] sont, pour lui, comme une armée.
Respectez les créatures ainsi qu’un serviteur respecte un roi irritable. Quel roi furieux a-t-il des supplices comme ceux des enfers, et quel roi satisfait donne-t-il des biens comparables à l’état de Bouddha ? Or les créatures, mécontentes, nous damnent, et, satisfaites, font de nous des Bouddhas.
Mais, sans parler de l’état de Bouddha, espoir certain de celui qui satisfait les créatures, ne voyez-vous pas qu’il s’assure tous les biens périssables : popularité, gloire, bien-être, beauté qui charme, santé, joie, longue vie, abondante félicité des rois souverains : voilà, au cours des existences, le lot du patient.