Hindouisme

Narada Bhakti Sutra, Aphorisme 62

Lorsque l’Amour a été atteint, les coutumes sociales ne doivent pas être méprisées, mais elles doivent être observées (en renonçant à leurs fruits).
Lorsque le mental s’est libéré, on est fortement tenté d’oublier les formes directrices nécessaires à ceux qui restent entravés par les préjugés, l’ignorance ou l’égoïsme. On tend à penser qu’il est hypocrite de se conformer extérieurement à une coutume ou à une forme que l’on ne reconnaît intérieurement que comme telle, et que l’on peut arracher de force les bandeaux des yeux des autres. Il existe une différence entre la limitation de la Vérité qui, malgré tout, dirige encore les gens dans la bonne direction, et sa déformation ou sa perversion. La vérité est limitée pour tout être manifesté, et la question est toujours affaire de degré. De cette question subtile est née une foule de subtilités intellectuelles, parmi lesquelles celle qui consiste à justifier les moyens par la fin. Nous avons le défenseur de celui qui détruit tout ce qu’il a lui-même dépassé, et son rival, qui soutient que seule compte l’intention, que les méthodes ne sont rien, que l’on peut entretenir chez autrui n’importe quel faux espoir, pratiquer n’importe quelle tromperie, si cela conduit le dévot dans la bonne direction.
La réponse à tout cela est qu’il existe certaines formes et observances qui mènent à des vérités moins voilées et forment une échelle dont les degrés permettent aux hommes de s’élever ; il existe aussi d’autres méthodes, extrêmement indirectes ou de sens contraire. Parmi ces deux catégories, l’homme devrait observer ce qu’il estime mener dans la bonne direction et s’opposer à tout ce qui lui est contraire ou extrêmement indirect. Pour celui qui est « allé au-delà des opposés », le « bien et le mal » ne sont que des mots ; pourtant, s’il ne se conformait pas, parmi les hommes, à ce qu’ils peuvent reconnaître comme bien et n’évitait pas ce qu’ils peuvent reconnaître comme mal, il renverserait la longue échelle par laquelle lui-même, au fil des âges, grâce à une reconnaissance fidèle et à une croyance au bien et au mal, s’est élevé.

Source Nârada, Bhakti-Sûtras (« Nârada Sûtra : An Inquiry into Love »), trad. E. T. Sturdy, 1896, archive.org — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire