Catholicisme

Confessions, livre dixième, chapitre V

L’homme ne se connaît pas entièrement lui-même.
C’est Vous, Seigneur, qui êtes mon juge, parce que, «bien que nul homme ne sache rien de l’homme que l’esprit de l’homme qui est en lui», cependant il est quelque chose de l’homme que ne sait pas même l’esprit de l’homme qui est en lui. Mais Vous savez tout de lui, Seigneur, qui l’avez fait. Et moi, qui m’abaisse sous votre regard, qui ne vois en moi que terre et que cendre, je sais pourtant de Vous une chose que j’ignore de moi. Et, certes, «ne Vous voyant pas encore face à face, mais en énigme et au miroir», dans cet exil, errant loin de Vous, plus présent à moi-même qu’à vous, je sais, néanmoins, que Vous êtes inviolable, et j’ignore à quelles tentations je suis ou ne suis pas capable de résister.
I Cor., II, 11.
I Cor., XIII, 12.
Et j’ai l’espérance que, «fidèle comme Vous l’êtes, ne permettant pas que nous soyons tentés au delà de nos forces, Vous nous donnez la puissance de soutenir la tentation et d’en sortir vainqueurs». Je confesserai donc, de moi, ce que je sais, et aussi ce que j’ignore. Car ce que je connais de moi, je le connais à Votre lumière, et ce que j’ignore de moi, je l’ignore «jusqu’à ce que Votre face change mes ténèbres en midi».

Source Saint Augustin, Confessions, trad. L. Moreau, Project Gutenberg #67320 · Sommaire