Catholicisme

Confessions, livre septième, chapitre XXI

Il trouve dans l’Écriture l’humilité et la vraie voie du salut.
Je dévorai donc avidement ces vénérables dictées de votre Esprit, et surtout l’apôtre Paul; et en un moment s’évanouirent ces difficultés, où il m’avait paru quelquefois en contradiction avec lui-même, et son texte en désaccord avec les témoignages de la loi et des prophètes. Et je saisis l’unité de physionomie de ces chastes éloquences, et je connus cette joie où l’on tremble.
Et j’appris aussitôt que tout ce que j’avais lu de vrai dans ces autres livres s’enseignait ici avec l’idée toujours présente de votre grâce, afin que celui qui voit ne se glorifie pas, comme s’il n’eût pas reçu, non seulement ce qu’il voit, mais aussi de voir». «Qu’a-t-il, en effet, qu’il n’ait reçu»? afin que votre parole lui donne non seulement les yeux pour voir, mais aussi la force pour embrasser votre immutabilité; afin que le voyageur, encore trop éloigné pour vous découvrir, prenne la route qui mène à vous, vous voie et vous embrasse.
I Cor., IV, 7.
Que si «l’homme se plaît dans la loi de Dieu, selon l’homme intérieur, que fera-t-il de cette autre loi, incarnée dans ses membres, qui combat contre la loi de son esprit, et le traîne captif sous cette loi de péché qui lui est incorporée»? Car «vous êtes juste, Seigneur; ce sont nos péchés, nos iniquités, nos offenses, qui ont appesanti sur nous votre main». Et votre justice nous a livrés à l’antique pécheur, au prince de la mort, qui a persuadé à notre volonté l’imitation de sa volonté déchue de votre vérité.
Rom., VII, 22.
Dan., III, 27, 32.
Que fera cet homme de misère? «Qui le délivrera du corps de cette mort, sinon votre grâce par Jésus-Christ Notre-Seigneur», «que Vous avez engendré coéternel à Vous-même, et créé au commencement de Vos voies», «en qui le prince du monde n’a rien trouvé digne de mort»; «victime innocente, dont le sang a effacé l’arrêt de notre condamnation»?
Rom., VII, 23, 25.
Prov., VIII, 22.
Joan., XIV, 30.
Coloss., II, 14.
Voilà où ces livres sont muets. Ces pages profanes nous offrent-elles cet air de piété, ces larmes de pénitence, ce sacrifice que Vous aimez des tribulations spirituelles d’un cœur contrit et humilié, et le salut de Votre peuple, et Votre cité promise, et le gage de l’Esprit-Saint, et le calice de notre rançon?
On n’y entend point ces cantiques: «Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu? Dieu dont elle attend son salut. Car il est mon Dieu, mon Sauveur, mon Tuteur, et je ne serai plus ébranlé». Personne n’y entend cet appel: «Venez à moi, vous tous qui êtes affligés». Ils dédaignent, ces superbes, d’apprendre de Lui qu’il est doux et humble de cœur. C’est là ce que Vous avez caché aux sages, aux savants, et révélé aux humbles.
Ps. LXI, 2, 3.
Matth., XI, 28, 29, 23.
Oui, autre chose est d’apercevoir du haut d’un roc sauvage la patrie de la paix, sans trouver le chemin qui y mène, et de s’épuiser en vains efforts, par des sentiers perdus, pour échapper aux embûches de ces fugitifs, déserteurs de Dieu, guerroyant contre l’Homme sous la conduite de leur prince, tout ensemble lion et dragon; autre chose d’entrer en possession de la véritable route, où la vigilance du souverain empereur prévient le brigandage des transfuges de la milice céleste: car cette voie, ils l’évitent comme un supplice. Et ma substance s’assimilait merveilleusement ces vérités. A la lecture du «moindre» de Vos apôtres, «je considérais Vos œuvres, et j’admirais».

Source Saint Augustin, Confessions, trad. L. Moreau, Project Gutenberg #67320 · Sommaire