Catholicisme

Confessions, livre premier, chapitre V

Dites à mon âme: «Je suis Ton salut».
Qui me donnera de me reposer en vous? Qui vous fera descendre en mon cœur? Quand trouverai-je l’oubli de mes maux dans l’ivresse de Votre présence, dans le charme de Vos embrassements, ô mon seul bien? Que m’êtes-vous? Par pitié, déliez ma langue! Que vous suis-je moi-même, pour que vous m’ordonniez de vous aimer, et, si je désobéis, que Votre colère s’allume contre moi et me menace de grandes misères? N’est-ce donc rien que de ne vous aimer pas? Ah! dites-moi, au nom de Vos miséricordes, Seigneur mon Dieu, dites-moi ce que Vous m’êtes. Dites à mon âme: «Je suis Ton salut». Parlez haut, que j’entende. L’oreille de mon cœur est devant Vous, Seigneur; ouvrez-la, et dites à mon âme: «Je suis Ton salut». Et je cours après cette voix, et je m’attache à Vous! Ne me voilez pas Votre face. Que je meure pour la voir! Que je meure pour vivre de Sa vue!
Ps. XXXIV, 3.
La maison de mon âme est étroite pour Vous recevoir, élargissez-la. Elle tombe en ruines, réparez-la. Çà et là, elle blesse Vos yeux, je l’avoue et le sais; mais qui la balayera, à quel autre que Vous crierai-je? «Purifiez-moi de mes secrètes souillures, Seigneur, et n’imputez pas celles d’autrui à Votre serviteur» Je crois, c’est pourquoi je parle, Seigneur, Vous le savez. Ne vous ai-je pas, contre moi-même, accusé mes crimes, ô mon Dieu, et ne m’avez-Vous pas remis la malice de mon cœur? Je n’entre point en jugement avec Vous qui êtes la vérité. Et je ne veux pas me tromper moi-même, de peur que «mon iniquité ne mente à elle-même». «Non, je ne conteste pas avec Vous; «car si Vous pesez les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui pourra tenir?»
Ps. XVIII, 13, 14.
Ps. XXVI, 12.
Ps. CXXIX, 3.

Source Saint Augustin, Confessions, trad. L. Moreau, Project Gutenberg #67320 · Sommaire