Catholicisme

Histoire d’une âme, partie 3, chapitre 10

Au nom de Celui que j’adore,

Mes sœurs, je viens tendre la main,

Et chanter pour l’Enfant divin,

Car il ne peut parler encore !

Pour Jésus, l’Exilé du ciel,

Je n’ai rencontré dans le monde

Qu’une indifférence profonde ;

C’est pourquoi je viens au Carmel.



Toujours, toujours, que vos caresses,

Votre louange et vos tendresses,

Soient pour l’Enfant !

Brûlez d’amour, âme ravie ;

Un Dieu pour vous s’est fait mortel.

Ô mystère touchant ! Celui qui vous mendie

C’est le Verbe éternel !



Ô mes sœurs, approchez sans crainte :

Venez, chacune à votre tour,

Offrir à Jésus votre amour ;

Vous saurez sa volonté sainte.

Je vous apprendrai le désir

De l’Enfant couché dans les langes,

À vous, pures comme des anges

Et qui, de plus, pouvez souffrir !



Toujours, toujours, que vos souffrances,

Et de même vos jouissances

Soient pour l’Enfant
Brûlez d’amour, âme ravie ;

Un Dieu pour vous s’est fait mortel.

Ô mystère touchant ! Celui qui vous mendie

C’est le Verbe éternel !
De Jésus, votre seul trésor,

Écoutez le désir aimable :

Il vous demande un trône d’or,

N’en trouvant aucun dans l’étable.

L’étable est comme le pécheur

Où Jésus ne voit nulle chose

Qui puisse réjouir son Cœur,

Où jamais Il ne se repose…

Sauvez, ma sœur,

L’âme du pécheur !

Vers ce trône, Jésus soupire.

Mais, plus encor,

Pour son trône d’or,

C’est votre cœur pur qu’Il désire.
Celui qui nourrit les élus

De sa sainte et divine essence,

S’est fait pour vous l’Enfant-Jésus ;

Il réclame votre assistance !

Au ciel Son bonheur est parfait ;

Mais il est pauvre sur la terre…

Donnez, ma sœur, un peu de lait

À Jésus votre petit Frère !

Il vous sourit,

Tout bas vous redit :

C’est la simplicité que j’aime.
Noël ! Noël !

Je descends du ciel ;

Mon doux lait d’amour, c’est toi-même.
Ma sœur, vous brûlez de savoir

Ce que l’Enfant-Jésus désire ;

Eh bien ! je vous dirai ce soir

Comment vous le ferez sourire :

Attrapez des oiseaux charmants ;

Faites-les voler dans l’étable.

Ils sont l’image des enfants

Que chérit le Verbe adorable.

À leurs doux chants,

Leurs gazouillements,

Son visage enfantin rayonne.

Priez pour eux ;

Un jour dans les cieux,

Ils formeront votre couronne.
Parfois, lorsque le ciel est noir

Et couvert d’un nuage sombre,

Jésus est bien triste le soir,

Étant sans lumière, dans l’ombre.

Pour réjouir l’Enfant-Jésus,

Comme une étoile scintillante,

Brillez par toutes vos vertus…

Soyez une lumière ardente !

Ah ! que vos feux,

Les guidant aux cieux,

Des pécheurs déchirent le voile.

L’Enfant divin,

L’Astre du matin,

Vous choisit pour sa douce étoile.
Écoutez, ma petite sœur,

Ce que l’Enfant-Jésus désire :
Il vous demande votre cœur

Pour sa mélodieuse lyre !

Il avait bien, dans son beau ciel,

L’harmonie et l’encens des Anges ;

Mais il veut que, sur le Carmel,

Comme eux, vous chantiez ses louanges.

Aimable sœur,

C’est de votre cœur

Que Jésus veut la mélodie…

La nuit, le jour,

En des chants d’amour,

Se consumera votre vie.
Votre âme est un lis embaumé

Qui charme Jésus et sa Mère ;

Écoutez votre Bien-Aimé

Dire tout bas avec mystère :

Ah ! si je chéris la blancheur

Des lis, symboles d’innocence,

J’aime aussi la riche couleur

Des roses de la pénitence.

Lorsque tes pleurs

Arrosent les cœurs,

Quel charmant plaisir tu me causes !

Car je pourrai,

Tant que je voudrai,

À pleines mains, cueillir des roses !
Comme, par l’éclat du soleil,

La nature est tout embellie ;

Qu’il dore de son feu vermeil

Et la vallée, et la prairie :

Ainsi Jésus, Soleil divin,

N’approche rien qu’il ne le dore.

Il resplendit à son matin,

Bien plus qu’une brillante aurore.

À son réveil,

Le divin Soleil
Répand sur votre âme exilée,

Avec ses dons,

Ses plus chauds rayons :

Soyez sa riante vallée !…
Là-bas, sous d’autres horizons,

Malgré les frimas et la neige,

Déjà se dorent les moissons

Que le divin Enfant protège.

Mais, hélas ! pour les recueillir

Il faudrait de brûlantes âmes :

Des Moissonneurs voulant souffrir,

Se jouant du fer et des flammes ;

Noël ! Noël !

Je viens au Carmel,

Sachant que mes vœux sont les vôtres.

Au doux Sauveur

Enfantez, ma sœur,

Un grand nombre d’âmes d’apôtres…
Je voudrais un fruit savoureux,

Une grappe toute dorée,

Pour rafraîchir du Roi des cieux

La petite bouche altérée.

Ma sœur, qu’il est doux votre sort !

C’est vous cette grappe choisie ;

Jésus vous pressera bien fort

Dans sa main mignonne et chérie.

En cette nuit,

Il est trop petit

Pour manger le raisin lui-même ;

Le jus sucré,

Par lui tout doré,

Voilà simplement ce qu’il aime !
Jésus, le bel Enfant divin,

Pour vous communiquer sa vie,

Transforme en lui, chaque matin,

Une petite et blanche hostie ;

Avec bien plus d’amour encor,

Il veut vous changer en lui-même.

Votre cœur est son cher trésor,

Son bonheur, son plaisir suprême.

Noël ! Noël !

Je descends du ciel,

Pour dire à votre âme ravie :

L’Agneau si doux

S’abaisse vers vous ;

Soyez Sa blanche et pure hostie !
Le monde méconnaît les charmes

De Jésus votre aimable Époux,

Et je vois de petites larmes

Scintiller en Ses yeux si doux.

Consolez, ô ma sœur chérie,

Cet Enfant qui vous tend les bras.

Pour le charmer, je vous en prie,

Souriez toujours ici-bas !

Voyez… son regard semble dire :

Lorsque tu souris à tes sœurs,

Ô mon épouse, ton sourire

Suffit pour essuyer mes pleurs !
Voulez-vous être sur la terre

Le jouet de l’Enfant divin ?

Ma sœur, désirez-vous Lui plaire ?

Restez en sa petite main.

Si l’aimable Enfant vous caresse,

S’il vous approche de son Cœur,
Ou si, parfois, il vous délaisse,

De tout, faites votre bonheur !

Recherchez toujours ses caprices,

Vous charmerez ses yeux divins.

Désormais, toutes vos délices

Seront Ses désirs enfantins.
Dans la crèche où Jésus repose,

Souvent je Le vois s’éveiller.

Voulez-vous en savoir la cause ?

Il n’y trouve pas d’oreiller…

Je le sais, votre âme n’aspire

Qu’à le consoler nuit et jour ;

Eh bien ! l’oreiller qu’il désire,

C’est votre cœur brûlant d’amour.

Ah ! soyez toujours humble et douce,

Et le plus chéri des Trésors

Pourra vous dire : Mon épouse,

En toi doucement je m’endors !…
La terre est couverte de neige,

Partout règnent les durs frimas.

L’hiver et Son triste cortège

Ont flétri les fleurs d’ici-bas.

Mais pour vous s’est épanouie

La ravissante Fleur des champs

Qui vient de la sainte patrie,

Où règne un éternel printemps.

Ma sœur, cachez-vous dans l’herbette,

Près de la Rose de Noël ;

Et soyez aussi la fleurette

De votre Époux, le Roi du ciel.
Chaque jour, en votre prière,

Parlant à l’Auteur de tout bien,

Vous répétez : Ô notre Père !

Donnez-nous le pain quotidien.
Ce Dieu, qui s’est fait votre Frère,

Comme vous souffre de la faim.

Écoutez Son humble prière :

Il vous demande un peu de pain !…

Ô ma sœur, soyez-en bien sûre,

Jésus ne veut que votre amour.

Il se nourrit de l’âme pure ;

Voilà Son pain de chaque jour
Tout enfant aime qu’on le place

Devant un fidèle miroir,

Alors il sourit avec grâce

À l’autre petit qu’Il croit voir.

Ah ! venez dans la pauvre étable :

Votre âme est un cristal brillant ;

Reflétez le Verbe adorable,

Les charmes du Dieu fait enfant…

Oui, soyez la vivante image,

Le pur miroir de votre Époux ;

L’éclat divin de Son Visage,

Il veut le contempler en vous !
Les grands, les nobles de la terre

Ont tous des palais somptueux ;

Des masures sont, au contraire,

Les asiles des malheureux.

Ainsi, voyez dans une étable

Le petit Pauvre de Noël :

Il voile Sa gloire ineffable

En quittant Son palais du ciel.

La pauvreté, votre cœur l’aime,

En elle vous trouvez la paix ;

Aussi, c’est votre cœur lui-même

Que Jésus veut pour Son palais !
Les pécheurs couronnent d’épines

La tête aimable de Jésus.
Admirez les grâces divines

Que la terre ne connaît plus…

Oh ! que votre âme virginale

Lui fasse oublier ses douleurs ;

Et, pour sa couronne royale,

Offrez-lui les vierges, vos sœurs.

Approchez tout près de Son trône…

Pour charmer ses yeux ravissants,

Devant Lui, tressez sa couronne :

Formez-la de beaux lis brillants !
Ma sœur, les petits poupons

Aiment beaucoup les bonbons ;

Remplissez-en donc bien vite,

De Jésus la blanche main.

À ce don, l’Enfant divin

Par son regard vous invite.



Les pralines du Carmel

Qui charment le Roi du ciel,

Ce sont tous Vos sacrifices.

Ma sœur, Votre austérité,

Votre grande pauvreté,

De Jésus font les délices !
À vous le petit Jésus

Ne demande rien de plus

Qu’une très douce caresse.

Donnez-lui tout votre amour ;

Et vous saurez en retour

La charité qui le presse.



Si quelqu’une de vos sœurs

Venait à verser des pleurs,

Aussitôt, avec tendresse,

Suppliez l’Enfant divin,

Que, de Sa petite main,

Doucement Il la caresse.
Sur terre Il est peu de cœurs

Qui n’aspirent aux faveurs

De Jésus, le Roi de gloire ;

Mais, s’il vient à s’endormir,

Ils cessent de Le servir,

En Lui ne voulant plus croire.



Si vous saviez le plaisir

Que l’Enfant trouve à dormir

Sans craindre qu’on le réveille,

Vous serviriez de berceau

À Jésus, le doux Agneau,

Souriant lorsqu’il sommeille !
Voyez que l’aimable Enfant,

De son petit doigt charmant,

Vous montre la paille sèche.

Ah ! comprenez son amour,

Et garnissez en ce jour,

De langes, la pauvre crèche.



Excusant toujours vos sœurs,

Vous gagnerez les faveurs

De Jésus, le Roi des Anges ;

C’est l’ardente charité,

L’aimable simplicité

Qu’il réclame pour ses langes.
Ma sœur, le petit Jésus,

Le doux foyer des élus,

Tremble de froid dans l’étable…

Cependant, au beau ciel bleu,

Des Anges, flammes de feu,

Servent le Verbe adorable !
Mais, sur la terre, c’est vous

Le foyer de votre Époux…

Il vous demande vos flammes.

C’est vous qui devez, ma sœur,

Pour réchauffer le Sauveur,

Embraser toutes les âmes !
Vous savez que tout enfant

Préfère un gâteau brillant

À la gloire d’un empire.

Offrez donc au Roi des cieux

Un gâteau délicieux,

Et vous Le verrez sourire.



Savez-vous, du Roi des rois,

Quel est le gâteau de choix ?

C’est la prompte obéissance !

Votre Époux vous ravissez,

Lorsque vous obéissez

Comme lui, dans son enfance.
Aux premiers feux du matin,

Formant son riche butin,

On voit la petite abeille

Voltiger de fleur en fleur,

Visitant avec bonheur

Les corolles qu’elle éveille.



Ainsi, butinez l’amour :

Et revenez chaque jour,

Près de la crèche sacrée,

Offrir au divin Sauveur

Le miel de votre ferveur,

Petite abeille dorée !
Pour charmer le doux Agneau,

Ne gardez plus de troupeau ;

Et, délaissant toute chose,

Ne songez qu’à Le ravir ;

Désirez le bien servir,

Tout le temps qu’il se repose.



Ô ma sœur, dès aujourd’hui,

Abandonnez-vous à Lui,

Et vous dormirez ensemble…

Marie, allant au berceau,

Verra près de son Agneau

Un agneau qui lui ressemble !
L’Enfant divin vous remercie ;

Il est charmé de tous vos dons.

Aussi, dans son Livre de vie,

Il les écrit avec vos noms.



Jésus a trouvé ses délices

En ce Carmel ;

Et pour payer vos sacrifices,

Il a son beau ciel !



Si vous êtes toujours fidèles

À contenter ce doux Trésor,

L’amour vous donnera des ailes

Pour voler d’un sublime essor !



Un jour, dans la sainte patrie,

Après l’exil,

Vous verrez Jésus et Marie :

Ainsi soit-il !

Source Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme (1898), fr.wikisource.org · Sommaire