Catholicisme

Histoire d’une âme, partie 3, chapitre 7

Oh ! souviens-toi, Jeanne, de ta patrie,

De tes vallons tout émaillés de fleurs.

Rappelle-toi la riante prairie

Que tu quittas pour essuyer mes pleurs.

Ô Jeanne, souviens-toi que tu sauvas la France.

Comme un ange des cieux tu guéris ma souffrance,

Écoute dans la nuit

La France qui gémit :

Rappelle-toi !



Rappelle-toi tes brillantes victoires,

Les jours bénis de Reims et d’Orléans ;

Rappelle-toi que tu couvris de gloire,

Au nom de Dieu, le royaume des Francs.

Maintenant, loin de toi, je souffre et je soupire.

Viens encor me sauver, Jeanne, douce martyre !

Daigne briser mes fers…

Des maux que j’ai soufferts,

Oh ! souviens-toi !



Je viens à toi, les bras chargés de chaînes,

Le front voilé, les yeux baignés de pleurs ;

Je ne suis plus grande parmi les reines,

Et mes enfants m’abreuvent de douleurs !

Dieu n’est plus rien pour eux ! Ils délaissent leur Mère !

Ô Jeanne, prends pitié de ma tristesse amère !

Reviens, « fille au grand cœur ».

Ange libérateur,

J’espère en toi !

Source Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme (1898), fr.wikisource.org · Sommaire