Catholicisme

Histoire d’une âme, partie 2, chapitre 1

Mon doux Jésus, sur le sein de Ta Mère

Tu m’apparais tout rayonnant d’amour ;

Daigne à mon cœur révéler le mystère

Qui t’exila du céleste séjour.

Ah ! laisse-moi me cacher sous le voile

Qui te dérobe à tout regard mortel.

Près de toi seule, ô matinale étoile,

Mon âme trouve un avant-goût du ciel !



Quand, au réveil d’une nouvelle aurore,

Du soleil d’or on voit les premiers feux,

La tendre fleur qui commence d’éclore

Attend d’en haut un baume précieux :

C’est du matin la perle étincelante,

Mystérieuse et pleine de fraîcheur,

Qui, produisant une sève abondante,

Tout doucement fait entr’ouvrir la fleur.



C’est Toi, Jésus, la Fleur à peine éclose.

Je Te contemple à ton premier éveil ;

C’est Toi, Jésus, la ravissante rose,

Le frais bouton, gracieux et vermeil.
Les bras si purs de ta Mère chérie

Forment pour Toi : berceau, trône royal.

Ton doux soleil, c’est le sein de Marie,

Et ta rosée est le lait virginal !



Mon Bien-Aimé, mon divin petit Frère,

En ton regard je vois tout l’avenir :

Bientôt pour moi tu quitteras ta Mère ;

Déjà l’amour te presse de souffrir !

Mais sur la croix, ô Fleur épanouie !

Je reconnais Ton parfum matinal ;

Je reconnais les perles de Marie :

Ton sang divin c’est le lait virginal !



Cette rosée, elle est au sanctuaire,

L’Ange voudrait s’en abreuver aussi ;

Offrant à Dieu sa sublime prière,

Comme saint Jean il redit : « Le Voici ! »

Oui, le voici ce Verbe fait Hostie,

Prêtre éternel, Agneau sacerdotal !

Le Fils de Dieu, c’est le Fils de Marie…

Le Pain de l’Ange est le lait virginal !



Le Séraphin se nourrit de la gloire,

Du pur amour et du bonheur parfait ;

Moi, faible enfant, je ne vois au ciboire

Que la couleur, la figure du lait.

Mais c’est le lait qui convient à l’enfance,

Du Cœur divin, l’Amour est sans égal…

Ô tendre Amour, insondable puissance !

Ma blanche Hostie est le lait virginal !

Source Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme (1898), fr.wikisource.org · Sommaire