Catholicisme

Histoire d’une âme, partie 1, chapitre 19

Ô Seigneur tout-puissant ! dès ma plus tendre enfance,

Je puis bien m’appeler l’œuvre de Ton amour ;

Je voudrais, ô mon Dieu, dans ma reconnaissance,

Ah ! je voudrais pouvoir Te payer de retour.

Jésus, mon Bien-Aimé, quel est ce privilège ?

Pauvre petit néant, qu’avais-je fait pour Toi ?

Et je me vois ici, suivant le blanc cortège

Des vierges de Ta cour, aimable et divin Roi !



Hélas ! je ne suis rien que la faiblesse même :

Tu le sais bien, mon Dieu, je n’ai pas de vertus !

Mais Tu le sais aussi, pour moi, le bien suprême

Qui me charma toujours… c’est Toi, mon doux Jésus !

Lorsqu’en mon jeune cœur s’alluma cette flamme

Qui se nomme l’amour… tu vins la réclamer.

Et Toi seul, ô Jésus, pus contenter mon âme,

Car jusqu’à l’infini j’avais besoin d’aimer !



Comme un petit agneau loin de la bergerie,

Gaîment je folâtrais, ignorant le danger ;

Mais, ô Reine des cieux, ma Bergère chérie,

Ton invisible main savait me protéger !

Ainsi, tout en jouant au bord des précipices,

Déjà Tu me montrais le sommet du Carmel ;

Je comprenais alors les austères délices

Qu’il me faudrait aimer pour m’envoler au ciel.



Seigneur, si Tu chéris la pureté de l’Ange,

De ce brillant esprit qui nage dans l’azur,

N’aimes-tu pas aussi, s’élevant de la fange,

Le lis que Ton amour a su conserver pur ?

S’il est heureux, mon Dieu, l’Ange à l’aile vermeille

Qui paraît devant Toi tout blanc de pureté,

Ma robe, dès ce monde, à la sienne est pareille,

Puisque j’ai le trésor de la virginité !

Source Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme (1898), fr.wikisource.org · Sommaire