Catholicisme

Imitation de Jésus-Christ, livre 4, chapitre 6 — CHAPITRE VI.

1. Seigneur, lorsque je considère Votre grandeur et ma
bassesse, je suis saisi de frayeur, et je me confonds en moi-même.
Car si je ne m’approche de Vous, je fuis la vie ; et si je
m’en approche indignement, j’irrite votre colère.
Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil
dans tous mes besoins ?
2. Montrez-moi la voie droite, enseignez-moi quelque
court exercice pour me disposer à la sainte Communion.
Car il m’est important de savoir avec quelle ferveur et
quel respect je dois préparer mon cœur, pour recevoir
avec fruit Votre Sacrement, ou pour Vous offrir ce grand
et divin sacrifice.
S’il est nécessaire de préparer son âme avant la prière, combien
plus avant d’approcher de la divine Eucharistie ? Et c’est pourquoi
l’Apôtre dit : Que l’homme s’éprouve soi-même, et qu’il mange ainsi ce pain, et boive de ce calice : car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son jugement, ne discernant point le corps du Seigneur. Mais, hélas ! mon Dieu, plus je m’éprouve, plus je
me reconnais indigne de m’unir à vous dans le sacrement adorable
de votre corps et de votre Sang : et cependant, si je ne mange votre Chair et ne bois votre Sang, je n’aurai point la vie en moi ; de
sorte que je suis partagé entre le désir de m’asseoir au banquet sacré
où Vous invitez vos fidèles, et la crainte d’entendre ces paroles ter
ribles : Pourquoi êtes-vous entré ici sans être revêtu de la robe nuptiale ? Jetez-le, pieds et mains liés, dans les ténèbres extérieures ; là sont les pleurs et les grincements de dents. Que ferai-je donc ?
Ah ! voici ce que je ferai. Jeme présenterai tel que je suis, dépouillé,
nu, misérable, devant mon Seigneur et mon Dieu, et je Lui dirai :
Ayez pitié de moi, Seigneur, et daignez me revêtir Vous-même du
vêtement pur, qui me rendra digne d’être admis dans la salle du
festin. Si vous ne venez à mon secours, si vous ne suppléez à mon
indigence, je serai, ô mon divin Maître, à jamais exclu de votre
Table sainte ; mais Vous laisserez tomber sur ce pauvre un regard de
compassion ; Vous viendrez à lui dans Votre bonté, dans votre mi
séricorde immense, et Votre main s’étendra pour couvrir sa nudité :
oui, Seigneur, j’ai espéré en Vous, et je ne serai point confondu éternellement.

Source L'Imitation de Jésus-Christ, trad. F. de Lamennais, fr.wikisource.org · Sommaire